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DOM : des normes constructives inadaptées au contexte local ?

Après la tempête Irma, Elena Azria, directrice du développement du Groupe Océanis s’interroge sur les normes de construction dans les DOM.

Les dégâts causés par la tempête Irma dans les Antilles françaises nous amènent nécessairement à nous ré-interroger sur les normes de construction dans les DOM. L’essentiel des règles applicables sur ces territoires renvoie aux us et coutumes de la métropole, à quelques adaptations près, comme celle de la norme RTAA DOM (Réglementation Thermique, Acoustique et Aération) en 2009.

Ce décalage normatif entre le corpus de textes votés en, et pour la métropole, et la réalité du terrain des DOM est donc criant. Il constitue même un frein flagrant au développement des DOM, notamment en Guyane qui souffre d’un déficit aigu de logements.

Le défi colossal du logement dans les DOM

C’est un fait : les territoires d’Outre-mer sont confrontés à des défis démographiques colossaux sur un foncier disponible exigu et fortement contraint notamment en raison de leurs spécificités climatiques et topographiques. Rien qu’en Guyane, la production annuelle de logements neufs ne ressort qu’à environ 2 000 logements par an quand les besoins sont estimés entre 4 400 et 5 200 unités chaque année ! La population devrait en effet connaître un doublement du nombre de ses habitants d’ici à 2020 (de 250 000 à 500 000) et la pénurie de logements y est criante.

Pourquoi si peu de logements neufs ? En raison des retards d’investissement et de développement cumulés, mais aussi de l’étau normatif, bien souvent inadapté au contexte local. Ce décalage est pointé jusque dans un rapport du Sénat publié en juin dernier : « Le BTP outre-mer au pied du mur normatif : faire d’un obstacle un atout »*.

Pas de doute à avoir : il faut construire en phase avec son environnement, dans tous les sens du terme. Construire durablement et de manière cohérente avec son territoire, ses spécificités et ses contraintes, et valoriser au maximum les ressources locales et les démarches innovantes.

Construire en phase avec son environnement

La seule norme de construction de métropole qui ait été véritablement adaptée aux spécificités de l’outre-Mer est la norme RTAADOM : la norme Réglementation Thermique, l’Acoustique et l’Aération.

Les exigences requises en métropole dans ces domaines pour les constructions neuves sont en effet largement inadaptées en outre-mer, caractérisé par un climat tropical humide, voire équatorial en Guyane. Dans les départements d’outre-mer, la protection contre les rayonnements solaires et la ventilation naturelle ont largement influencé les pratiques constructives traditionnelles locales. Et cette norme s’en inspire.

L’idée étant d’y favoriser l’aération et la ventilation « naturelles » pour éviter d’avoir recours à la climatisation. Même si la RTAADOM ne concerne que les caractéristiques techniques des constructions, le Groupe Océanic est convaincu de l’importance du choix des sites de construction et de la disposition des plans masse. L’objectif ? Optimiser la ventilation naturelle grâce aux alizées qui soufflent toute l’année en Guyane. Il faut avoir une approche globale de la conception des programmes de construction, depuis la sélection du foncier et de son implantation jusqu’à leur réalisation.
La Guyane étant encore à date un vaste territoire peu construit, cette démarche doit y être encouragée auprès des constructeurs.

Ce que ne suggère pas non plus la réglementation RTAADOM (mais fait partie des recommandations du rapport du Sénat*, et de nos propres convictions de constructeur), c’est le recours aux matériaux locaux. Ces matériaux sont les plus adaptés aux climats des DOM, à leurs variations de température et d’hygrométrie. Ils sont également résistants à l’attaque des termites, très présentes dans ces territoires.

Si le recours à des matériaux locaux n’est pas obligatoire, il s’avère que d’expérience, et malgré un surcoût initial à l’achat, il s’agit de la solution la plus résistante et la plus durable en matière de construction. Le rapport du Sénat encourage les textes à évoluer dans ce sens, pour soutenir le développement de filières de produits de construction locaux, notamment de matériaux biosourcés.

Sur le volet énergétique, la RTAADOM encourage l’exploitation d’une source d’énergie quasi-illimitée sur ces territoires : le soleil. Elle exige une production d’eau chaude sanitaire solaire pour une part au moins égale à 50 % des besoins des logements. Le taux d’ensoleillement exceptionnel des DOM permet toutefois d’aller au-delà si l’on souhaite en tirer pleinement parti.

S’y ajoute une attention accrue à l’application des règles parasismiques et anticycloniques, notamment dans les logements collectifs sociaux (les écoles, les établissements de santé et les bâtiments de gestion de crise) et surtout aux Antilles en raison de leur exposition à un fort aléa sismique. Le territoire guyanais, de par son climat équatorial, n’est que peu concerné par ces aléas.

Si plusieurs mesures incitatives de l’Etat soutiennent notre action de constructeur outre-Mer, comme les programmes de défiscalisation Girardin à destination des investisseurs particuliers mais aussi des entreprises, en permettant notamment à ces dernières de diminuer ou supprimer leur impôt sur les sociétés, un allègement (ou une réelle adaptation) des normes de la construction outre-Mer est incontournable afin de ne pas constituer un frein au développement économique et social de nos territoires.

*Rapport d’information du Sénat « Le BTP outre-mer au pied du mur normatif : faire d’un obstacle un atout » publié le jeudi 29 juin 2017 et rédigé par Éric DOLIGÉ, Karine CLAIREAUX et Vivette LOPEZ.

 


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