Saga de l’été 2018 : Le Touquet Paris-Plage, la naissance des stations balnéaires

Avec sa série « Petites histoires des grandes vacances » , le Crédit Foncier nous emmène à la découverte des lieux emblématiques des grandes vacances à la française. Rendez-vous au Touquet Paris Plage.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, le rivage est en général synonyme de nombreux dangers endémiques : naufrages, débarquements d’ennemis et maladies (malaria). La mer fait peur et suscite l’aversion, voire le dégoût. Mais les regards changent à la suite de découvertes scientifiques sur les vertus supposées de l’eau iodée et de l’air marin, entraînant la vogue des bains de mer à but thérapeutique. La mer devient alors pourvoyeuse de santé, mais de plaisir, il n’est pas encore question. Illustration de ce développement, la naissance du Touquet Paris-Plage, s’inscrit dans ce grand mouvement du XIXe siècle.

Le contexte : Origine et développement des stations balnéaires

En Angleterre, en avance en matière de révolution industrielle, la pratique des bains de mer débute au XVIIIe siècle. En 1753, à Brighton, au sud du pays, un établissement de bains voit le jour à l’initiative du docteur Richard Russel. Devant son succès, le concept s’exporte peu à peu dans le reste de l’Europe.  Du côté français, avant 1810, les territoires sablonneux de la côte atlantique et des côtes de la Manche étaient très
difficiles d’accès. Il n’était pas rare que le sable recouvrît, sous l’effet du vent, tous les alentours. Un décret pris par Napoléon Ier le 14 décembre 1810, va permettre de lancer des opérations de plantation et de stabilisation des dunes. Cependant, les premiers effets de cette nouvelle réglementation ne seront visibles qu’au cours du XIXe siècle, notamment du fait que le temps de fixation des dunes sera très long.

Le milieu du XIXe siècle marque un tournant : en quelques années, les flux de voyageurs vont commencer à s’intensifier. Selon les travaux du professeur Michel Bonneau, dans son article Tourisme et villégiature balnéaire en France et en Belgique vers 1850 (1977), ce sont environ 50 000 Parisiens, qui en 1850 quittent la capitale pour prendre des vacances. Les capacités d’hébergement sauront vite s’adapter à cette nouvelle demande. Les sociétés du littoral entrent alors dans une phase de prospérité, avec une grande période de construction d’équipements portuaires et balnéaires. Les stations existantes gonflent nettement, et une floraison de villes nouvelles à vocation touristique sortent de terre.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce basculement : tout d’abord, le développement du chemin de fer, qui facilite l’accès aux stations de vacances. Nantes devient ainsi accessible de Paris en 13 heures en 1851 contre 34 heures en 1834 ! Cette révolution de la vitesse devient alors le principal argument commercial des compagnies ferroviaires.

La préoccupation de rentabiliser ce nouveau canal de communication explique aussi l’essor de ces stations. Les frères Pereire, propriétaires de la Compagnie des chemins de fer du Midi, vont ainsi prolonger la ligne Bordeaux-La Teste jusqu’à Arcachon en 1860.

Ensuite, la fréquentation par des personnalités de premier plan de ces stations balnéaires, têtes couronnées, artistes, écrivains, célébrités diverses, a aussi pour effet de les dynamiser. On peut citer notamment l’impératrice Eugénie, suivie ensuite d’une bonne partie de l’aristocratie européenne entre 1853 et 1868, qui lancera Biarritz, ou Émile Zola et Alphonse Daudet qui feront connaître Royan.

Des dunes naît le premier lotissement de Paris-Plage…

La proximité des côtes anglaises favorisera la création et le développement des stations du nord de la France. En effet, les aristocrates britanniques, voulant fuir la pression populaire sur leurs côtes, n’hésitent pas à traverser la Manche. C’est d’ailleurs en profitant de cette impulsion, que le premier établissement des bains de France s’ouvre à Dieppe en 1822. Plus au nord, Alphonse Daloz, ancien notaire à Paris, va aussi profiter de cet élan et s’emparer des dunes… au Touquet.  Il y achète en 1837, 1 600 hectares, moyennant la somme de 150 000 francs (soit environ 360 000 euros), pour faire réaliser un terrain de chasse. Après avoir étudié les résultats admirables que l’État avait obtenus dans les Landes de Gascogne, il décida de transformer tout le domaine en forêt, afin de fixer irrévocablement les dunes. En 1876, au cours d’une de ses nombreuses parties de chasse, un de ses convives, Hippolyte de Villemessant, alors directeur du Figaro, subjugué par le lieu, inspirera l’idée de créer ici, à la pointe du Touquet, une plage qui éclipserait un jour toutes celles du littoral.  C’est en 1882 que le premier lotissement, dessiné par le géomètre Raymond Lens, est construit. Alphonse Daloz lui donne le nom évocateur de « Paris-Plage ».

Le Touquet à la mode anglaise

Après la mort de Daloz en 1885, la relève est assurée par un homme d’affaires anglais, Sir John Whitley, adepte des bains de mer. Grâce à l’aide d’un ami banquier, il rachète aux enchères, en 1902, les terrains encore vierges aux descendants d’Alphonse Daloz, soit près de 1 100 hectares. John Whitley lance la même année, la construction d’un second lotissement dessiné par Joseph-Louis Sanguet, puis, pour satisfaire les désirs des Britanniques, plusieurs hôtels très luxueux seront bâtis en très peu de temps. De même, Le Touquet va s’équiper de deux casinos et d’un grand nombre d’installations sportives, John Whitley désirant faire du Touquet un paradis des sports. La prospérité du Touquet devient indissociable de la présence britannique et l’évolution constante de la station se retrouve dans la diversité de son architecture. Tous ces attraits feront ainsi du Touquet une station balnéaire renommée, non seulement en France, mais aussi dans le reste du monde.

Les stations balnéaires : un secteur immobilier particulier

Le marché des stations balnéaires est très particulier, avec comme ressource principale le tourisme. Ce marché est caractérisé par une prédominance des résidences secondaires dont le nombre peut être quatre à cinq fois plus élevé que la moyenne nationale. Cette multiplication des résidences secondaires est révélatrice des capacités d’accueil touristique importantes du littoral métropolitain, qui représentent 40 % de la capacité française, sur 4 % du territoire.

Étretat

Jadis modeste village de pêcheurs, connu pour ses hautes falaises calcaires qui culminent à 90 mètres au-dessus des eaux, Étretat devient une station balnéaire de renom vers 1843. Son paysage pittoresque a été une source d’inspiration pour de nombreux artistes ou intellectuels. Guy de Maupassant, grand amoureux de la région, y fera construire une maison.

Deauville

Premièrement appelée «Dosville», la station naquit par la volonté du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, qui éleva Deauville grâce à l’assèchement de son marais en 1860. Parée de villas, d’un casino, d’un hippodrome et desservie par un chemin de fer, elle attira la noblesse et de nombreuses célébrités, développant ainsi le tourisme estival.

Dieppe

Surnommée « la ville aux quatre ports », Dieppe est la doyenne des stations balnéaires françaises avec la création en 1822 d’un établissement de bains sur ses côtes. C’est la duchesse de Berry qui donnera le véritable coup d’envoi du Dieppe balnéaire, en y multipliant les séjours à partir de 1824.

Le Tréport

La station se développera sous le règne de Louis-Philippe, roi des Français de 1830 à 1848. La famille de ce souverain, résidant régulièrement à Eu, une commune voisine du Tréport, y inaugura la mode des bains de mer. Le roi accueillera même sur sur les quais du Tréport, en 1843, la jeune reine Victoria d’Angleterre, avant son séjour au château d’Eu.

Le Touquet Paris Plage : Les petites indiscrétions

L’impératrice et la mer. En juillet 1850, alors qu’elle se baignait dans une mer houleuse, la future impératrice Eugénie et future épouse de Napoléon III, se retrouva prisonnière des eaux. Deux Basques vinrent alors à son secours et sauvèrent la souveraine. Pour autant, l’impératrice ne renonça pas aux bains de mer et aux plages de Biarritz. Bien au contraire.

Une histoire de nom. La mairie de Paris a intenté un procès en 2006 à la commune du Touquet Paris-Plage, afin de pouvoir utiliser à son seul profit l’appellation «Paris-Plage». Déboutée, la mairie de Paris devra faire ajouter un « s » au nom de son opération, qui devint ainsi « Paris-Plages. »

Terrain miné ! Après la Seconde Guerre mondiale, on recensa au Touquet 106 745 mines, ce qui fit d’elle la commune la plus minée de France.

Ça plane pour Louis. En 1906, Louis Blériot s’installe au Touquet Paris-Plage et réalise ses premiers essais de vol au-dessus des dunes.

Tout schuss. Entre 1938 et 1970, en plus d’être une station balnéaire, Arcachon fut aussi une station de ski ! La neige étant remplacée par un tapis d’aiguilles de pin. La piste de la Ville d’Hiver a servi notamment à l’entraînement au slalom, à la descente et même au saut à ski.

Le regard de Laurent Fléchet, directeur général de Primonial

Alphonse Daloz, ancien notaire parisien, s’installe à la pointe du Touquet et y achète des terrains de chasse en 1838. Il est loin de s’imaginer, à ce moment-là, qu’il participe à un mouvement beaucoup plus vaste et qui se répand sur tout le littoral des côtes de la Manche : la naissance du tourisme balnéaire et des vacances à la mer, lieu qui, jusque-là, était perçu comme hostile.  Les journaux, revues et publicités vont contribuer à diffuser et à amplifier l’engouement pour le tourisme balnéaire. Les artistes ne sont pas en reste, bien que de façon un peu paradoxale : le peintre Eugène-Louis Boudin par exemple, dans son tableau Scène de plage à Trouville (1863), représente un groupe de personnes venues à la plage habillées comme à la ville, ne se baignant pas, préférant discuter comme dans un salon ou contempler la mer. Il fallut attendre quelques années pour que les peintres commencent à représenter les bains de mer, comme Edgar Degas dans son tableau Scène de plage (1875), dans lequel on peut apercevoir des baigneurs en arrière-plan.

 

© mysweetimmo/Shutterstock /Mikael Moune
Era France

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