Propriété privée

Les climatiseurs sont-ils un danger pour la planète ?

La réponse est sans appel : oui, l’air conditionné est un fléau à la fois en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de consommation énergétique. Il y a urgence à agir : le nombre de climatiseurs devrait atteindre 5,6 milliards d’ici à 2050 contre 1,6 aujourd’hui.

Sous l’effet de la hausse des températures, la demande en air conditionné explose. Conséquence : l’utilisation de climatiseurs se généralise. Tout le monde veut la clim chez soi, dans sa voiture, au cinéma, dans les centres commerciaux, dans les transports … Plus personne ne semble supporter la moindre hausse de température. Aux Etats-Unis, au Japon, plus de 90% des habitations bénéficient de l’air conditionné. Avec l’augmentation de leurs revenus, les pays émergents, comme l’Inde, l’Indonésie, la Thaïlande ou le Brésil s’équipent à leur tour, à tour de bras.

Un luxe qui fait mal

Et pourtant, s’il a longtemps été considéré comme un progrès, un confort, l’air conditionné, une invention du Dr Willis H. Carrier en 1902, est aujourd’hui montré du doigt. C’est un luxe qui fait mal, très mal à la planète, un fléau à la fois en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de consommation énergétique (très coûteux).

Très énergivores, ironie du sort, les climatiseurs qui refroidissent l‘air contribuent en fait sérieusement au réchauffement climatique. Et ce n’est pas tout… En expulsant l’air chaud de l’intérieur vers l’extérieur, ces appareils réchauffent les villes. Bientôt, toutes les agglomérations du monde suffoqueront à cause de la clim, comme c’est déjà le cas à Hong-Kong.

5,6 milliards de climatiseurs à travers le monde d’ici 2050

Le problème, c’est que ce n’est pas prêt d’aller en s’arrangeant… Plus il fera chaud et plus les gens s’équiperont. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le nombre de climatiseurs atteindra 5,6 milliards d’ici 2050, contre 1,6 aujourd’hui (135 millions d’unités vendues chaque année, trois fois plus qu’en 1990), soit 10 nouveaux climatiseurs vendus toutes les secondes pour les 30 prochaines années. A titre d’exemple, en Chine, aujourd’hui, les ventes explosent. Elles sont huit fois plus importantes qu’aux États-Unis.

Les climatiseurs consomment énormément d’électricité

Dans un rapport intitulé “L’avenir du refroidissement” publié récemment, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) met en garde contre les dangers pour la planète du recours au froid artificiel. L’utilisation croissante d’appareils destinés à refroidir l’air représente aujourd’hui près de 20% de l’électricité totale utilisée dans les bâtiments du monde entier. Elle sera l’un des principaux moteurs de la demande mondiale en électricité au cours des trois prochaines décennies. La demande énergétique des climatiseurs va plus que tripler d’ici à 2050, nécessitant une nouvelle capacité électrique équivalente à la capacité électrique totale des États-Unis, de l’Union européenne et du Japon. Le rapport pointe du doigt la hausse vertigineuse des émissions de dioxyde de carbone (CO²) liées à la climatisation. Celles-ci devraient doubler entre 2016 et 2050.

Des normes de performance énergétique plus strictes

Heureusement, on peut encore agir… Il faut savoir que l’efficacité des appareils peut varier considérablement. Par exemple, les climatiseurs vendus au Japon et dans l’Union Européenne sont généralement 25% plus efficaces que ceux vendus aux Etats-Unis et en Chine. Comme il semble évident que peu de gens sont prêts à renoncer à la clim, on peut au moins, selon l’AIE, améliorer l’efficacité des appareils grâce à des normes de performance énergétique plus strictes. Celles-ci pourraient ainsi contribuer à réduire de moitié la croissance énergétique résultant de la climatisation.

Le monde va subir une crise du froid

C’est ce que prédit Fatih Birol, le directeur de l’agence : « la demande croissante en électricité pour la climatisation est l’un des angles morts du débat actuel sur l’énergie. Il est essentiel que la performance de ces appareils soit une priorité. Les normes applicables sont aujourd’hui beaucoup plus basses que celles qu’elles devraient être. L’établissement de normes d’efficacité plus élevées est une mesure simple que peuvent prendre les gouvernements pour réduire le besoin de nouvelles centrales électriques, réduire les émissions et réduire les coûts en même temps.»

© Olivia Delage
Era France