« Logement et territoire », Michel Mouillart, Professeur d’Economie à l’Université de Paris Ouest, FRICS

Comment redonner vie aux territoires délaissés ? C’est le thème des entretiens d’Inxauseta organisés le 25 août à Bunus par Michel Mouillart.

Métropolisation, littoralisation  et équilibre des territoires

L’unité de la République a été défaite sur le terrain du développement humain, économique et social.

Au cours des 50 dernières années, la métropolisation et la littoralisation ont bouleversé l’équilibre des territoires et la population s’est redistribuée. Les territoires de montagne, les plaines et les plateaux du centre et du nord-est ainsi que les zones rurales du sud-ouest ont vu leur population décliner. La « diagonale des faibles densités » qui a souffert du départ d’une partie de sa population a en outre perdu une part importante de son tissu économique : la cessation d’activité de nombreuses exploitations agricoles a laissé se répandre la désolation des friches agricoles, la fermeture des petites (et souvent des moyennes) unités industrielles a plongé des populations dans la détresse, la régression des industries anciennes s’est traduite par l’abandon des populations loin de l’ère du (tout) numérique, …

Les grandes vallées fluviales et les littoraux qui ont profité de la migration des populations ont bénéficié de la concentration des activités économiques et des richesses. Certes, l’urbanisation de la population française n’est pas récente. Pour autant, les transformations se sont accélérées au cours des trente dernières années : la population des unités urbaines a augmenté de plus de 20 %, la superficie des villes s’est étendue, leur peuplement s’est densifié … Et l’économie nationale est maintenant dominée par un système urbain composé de Paris et de 14 unités urbaines de plus de 400 000 habitants.

L’unité de la République a été défaite sur le terrain du développement humain, économique et social.

La répartition des villes et des territoires entre ceux qui ont connu l’essor démographique et les autres coïncide avec la géographie de croissance économique et de l’emploi, de la richesse des populations et de la présence (ou de la proximité) des équipements collectifs (santé, éducation et culture). L’unité de la République a été défaite sur le terrain du développement humain, économique et social.

Et à côté des métropoles, les territoires ruraux et les territoires intermédiaires peinent à financer leurs projets de développement. Les contrats de projets Etat-Régions qui comportent un volet territorial fixant les priorités sur la politique de la ville, la mutation économique et le déficit des services publics ont bien prévu des dotations spécifiques dédiées aux territoires ruraux et à leur développement, mais leurs montants ont été réduits par rapport à la précédente génération de contrats : 70 % des moyens alloués dans le cadre des contrats financent des projets urbains.

L’équilibre des territoires au coeur des Entretiens d’Inxausta

Peut-il encore y avoir une place pour les territoires ruraux et les petites villes ou les territoires intermédiaires ?

Aussi cette année, les Entretiens d’Inxauseta ont choisi d’aborder cette question de l’équilibre des territoires, en replaçant le logement au cœur de la réflexion, puisque sans logement, pas d’emploi, pas de développement, pas de croissance démographique, … Peut-il encore y avoir une place pour les territoires ruraux et les petites villes ou les territoires intermédiaires, ces presque 17 000 communes qui comptent aussi au sein de la République mais que les politiques publiques ont souvent délaissé (abandonné ?) depuis longtemps déjà ?

Déjà en 2001, les Entretiens d’Inxauseta s’étaient interrogés sur le renouveau de l’agriculture de pays et sur sa place dans notre société de demain. Mais dès 2002, le « Plan Marshall » des banlieues avait mobilisé les énergies, ce grand projet porté par Jean-Louis Borloo et qui devait pour toujours « casser la spirale de la ségrégation sociale et territoriale que connaissent de nombreux quartiers où vivent près de 6 millions d’habitants, l’union sacrée de tous les partenaires, collectivités locales, organismes d’Hlm, partenaires sociaux….. » et donc mettre en œuvre « un programme de reconstruction urbaine d’une ampleur sans précédent depuis l’après-guerre ».

Redonner vie par une action sur et par le logement à ces territoires qui ne demanderaient pas mieux que de « digitaliser les process dans les étables et les bergeries »

Cette année, le projet se veut plus modeste ne concernant que près de 12 millions de personnes, même s’il ne bouderait pas l’annonce d’un « Plan Marshall » des territoires délaissés, d’« un programme sans précédent depuis longtemps » de revitalisation de cette France qui se considère abandonnée, de la fin de l’éradication de tous ceux qui ne créent pas des start-ups dans les incubateurs de la modernité des métropoles. Il cherche seulement à savoir comment redonner vie par une action sur et par le logement à ces territoires qui ne demanderaient pas mieux que de « digitaliser les process dans les étables et les bergeries » … si notamment les zones blanches étaient éradiquées ou si l’internet à haut débit était partout déployé.

(1) En 2012, l’INSEE avait identifié 1 666 bassins de vie, 1 287 d’entre eux étant des bassins de vie dits ruraux.

(2) On rappellera à cet égard que le « Rapport d’information sur les nouvelles technologies au service de la modernisation des territoires » du Sénat (19 avril 2017) précise qu’une petite commune (rurale, éventuellement) de moins de 2 000 habitants traversée par un réseau de fibre optique « créée en moyenne 6.81 emplois, contre 5.91 pour une même commune non desservie par un réseau numérique ». 

© SweetRédaction
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