Paris Fibre

Plomb, amiante, qualité de l’air… attention au risque santé du logement

risques santé du logement

Amiante, plomb, qualité de l’air, DPE… Tous ces sujets, Yannick Ainouche, PDG du réseau EX’IM, les connaît bien. Auteur d’un livre « Demain nos logements », il fait le point sur l’état des logements en France. Et le résultat n’est pas réjouissant.

Fibre d’amiante, monoxyde de carbone qui se dégage d’une installation de gaz, peinture au plomb, risque d’incendie, mauvaise qualité de l’air…, chez soi, même lorsque l’on se croit à l’abri, les risques pour notre santé ne manquent pas ! Voici ce qu’il faut savoir sur le risque santé du logement.

Un parc immobilier insuffisamment rénové accroit le risque santé du logement

Pour cette raison, le législateur a créé il y a quelques années les fameux diagnostics immobiliers obligatoires qui font, aujourd’hui, partie du paysage immobilier. Que l’on vende, que l’on achète, que l’on loue…, il y a forcément un moment où nous avons affaire eux.  Alors, à quoi servent-ils ? A informer l’acquéreur ou le locataire sur certains aspects du logement qu’il projette d’acheter ou de louer. Mais ils nous éclairent aussi sur l’état des logements en France. Et sur ce point, Yannick Ainouche, PDG du réseau EX’IM, réseau de plus de 60 entreprises de spécialistes du diagnostic immobilier et du contrôle des bâtiments, qui intervient également en amont pour détecter les axes d’améliorations du logement, auteur d’un livre « Demain nos logements », est formel : s’il ne fait aucun doute que, grâce à la multiplication des diagnostics immobiliers, nous allons vers une amélioration de la qualité de l’habitat en France, il y a encore du chemin à faire. Et pour cause, le parc immobilier est mal connu, vieillissant et insuffisamment rénové. D’où des risques pour la santé. Sans compter que la qualité de l’air intérieur, mériterait, elle aussi, d’être très surveillée. « Le parc immobilier français n’est pas encore bien connu …, explique Yannick Ainouche. C’est un problème, voilà pourquoi je milite pour une carte d’identité du logement en France afin que chacun d’eux soit répertorié et que nous ayons une bonne vue d’ensemble. Ce que je peux dire cependant : on a bien souvent une plus jolie peinture que de bons câbles électriques ! »

Performance énergétique : cent ans pour passer le parc en A ou B

Electricité, gaz, DPE, amiante, qualité de l’air, plomb…, les points d’amélioration dans les logements ne manquent pas. « De très nombreuses maisons ont été construites entre les deux guerres et après la seconde guerre mondiale, on a donc aujourd’hui un parc qui, dans sa majorité, a plus de 50 ans ! » Ce qui pose de gros problèmes ? Les qualités techniques de l’isolation entraînant une mauvaise performance énergétique. « Si nous devions classer la performance énergétique des logements en France, on serait en D, voire en E, sur une échelle allant de A à G, reprend Yannick Ainouche. Et si nous voulions passer tout le parc en A ou B, au rythme actuel du renouvellement du parc immobilier, il faudrait un siècle.»

De ce côté-là, le législateur veille à améliorer les choses : des aides de rénovation de l’habitat sont accordées et, parce qu’ils sont trop énergivores, les logements de classe énergétique E et F pourraient être exclus de la location à partir de 2026. C’est en effet l’une des mesures que le gouvernement envisage de prendre, dans le cadre du plan de rénovation énergétique des bâtiments, et qui pourrait être dévoilé prochainement. Les pouvoirs publics entendent ainsi lutter contre les passoires thermiques, ces logements très mal isolés et responsables d’une surconsommation énergétique.

Le nombre d’incendies domestiques a doublé en 20 ans

Si la performance énergétique s’améliore, heureusement, la sécurité électrique, avec l’obligation de faire réaliser, depuis le 1er janvier dernier, un diagnostic immobilier de l’état intérieur des installations de gaz et d’électricité dans le cadre d’une location, devrait progresser elle aussi et c’est tant mieux car le nombre d’incendies domestiques a doublé en 20 ans. En cause : le mauvais état des circuits électriques chez les particuliers mais aussi la hausse de la consommation électrique due à l’utilisation des smartphone, des ordinateurs… Sur quelque 35 millions de logements, 20 millions sont donc susceptibles de présenter un risque électrique.

Rien n’est fait pour protéger le particulier de l’amiante

En ce qui concerne l’amiante : la situation est plus inquiétante. L’amiante a été interdite en 1997. Bien plus tard que chez nos voisins européens. Rappelons que l’amiante se révèle très nocive pour la santé en cas d’inhalation de fibres. Sur ce point, Yannick Ainouche tire la sonnette d’alarme : « Toutes les constructions anciennes ont de bonnes chances d’en contenir ! Et en réalité, il y en a partout. Problème : les particuliers n’en ont pas conscience. Avant de poncer, de gratter, de percer ou de décaper, mieux vaut s’assurer que le support n’est pas amianté. Aujourd’hui, la loi impose qu’il y ait un repérage amiante avant travaux lors d’une démolition ou d’une rénovation afin de protéger les ouvriers sur le chantier et les personnes qui vont y vivre mais ces mesures sont rarement appliquées chez les particuliers, ce qui est très grave.»

Des « tupperwares »  énergétiques

Un problème chasse l’autre. Les logements sont de mieux en mieux isolés mais ils ne sont pas suffisamment ventilés, du coup, l’air ne circule plus. Or, nous passons 85 % de nos temps dans des lieux clos où l’air intérieur est, selon l’OMS, quatre à cinq fois plus pollué qu’à l’extérieur ! Asthme, rhinite, conjonctivite…, les maux sont nombreux.  Heureusement, le dossier est sur la table du législateur et la qualité de plus en plus au centre de toutes les préoccupations. Depuis le 1er janvier dernier, la loi impose de surveiller la qualité de l’air intérieur dans toutes les écoles accueillant des élèves de moins de 6 ans. A partir du 1er janvier 2020, tous les collèges et les centres de loisirs seront concernés et, à partir de 2023, tous les établissements recevant du public !

Il reste maintenant aux bailleurs et aux propriétaires à suivre les recommandations des diagnostiqueurs immobiliers et à avoir une conscience sociétale ! Bon à savoir : les travaux de rénovation peuvent bénéficier, dans certains cas, de crédits d’impôts.

© Olivia Delage