Saga de l’été 2018 : Arcachon, le développement de la Côte d’Argent

Suite de la saga de l’été avec le Crédit Foncier et sa série « Petites histoires des grandes vacances » qui nous emmène à la découverte des lieux emblématiques des grandes vacances à la française. Voici : Arcachon, le développement de la Côte d’Argent.

Afin d’accueillir les premiers vacanciers désireux de profiter de la mode des bains de mer qui émerge au XIXe siècle, les responsables politiques de l’époque lancent un vaste programme d’aménagement des littoraux. Assainissement des Landes, fixation des dunes de sable, organisation des transports, tout est mis en œuvre pour faciliter l’accès à la côte aquitaine. Les frères Pereire, l’empereur Napoléon III et son épouse Eugénie vont jouer un rôle considérable dans la renommée et l’essor d’Arcachon.

Le baptême du littoral aquitain

Au XIXe siècle, la majorité des côtes françaises vont gagner leur nom telles que la Côte d’Opale dans le Pas-de-Calais, l’ensemble des côtes bretonnes comme la Côte d’Émeraude, les côtes du Languedoc et la Côte d’Azur dans le Var. Le sud de la côte atlantique française n’obtiendra son nom qu’une vingtaine d’années plus tard, lorsque le 20 mars 1905, sur la plage de Mimizan-les-Bains, à l’hôtel Lespès, Maurice Martin, journaliste et grand sportif, évoque le premier la Côte d’Argent, « cette frange argentée au pied des dunes immaculées » qui s’étend de l’estuaire de la Gironde, au Verdon, à celui de l’Adour, à Tarnos. Au nord, de l’autre côté de la Gironde, à partir de Royan, c’est la Côte de Beauté. Au sud, d’Anglet jusqu’au bout du Pays Basque espagnol, on parle de Côte Basque.

L’aménagement de la côte d’argent

Mais la promotion du littoral aquitain avait déjà commencé un demi-siècle auparavant sur ordre de Napoléon III qui lança l’assainissement des Landes de Gascogne en 1857. Ce chantier pharaonique consistait d’abord à assécher les zones marécageuses de la région en la couvrant de pins parasols, espèce qui pouvait convenir à la nature du sol et qui, comme tous les conifères, avait le mérite de pousser très vite. C’est ainsi que la forêt des Landes, avec au départ 200 hectares de pins naturels, devint rapidement la plus vaste forêt artificielle d’Europe Occidentale s’étendant sur plus d’un million d’hectares, au sud du département de la Gironde et dans le département des Landes.

La Côte d’Argent est aussi le littoral de la plus haute dune d’Europe. Du haut de ses 110 mètres, la dune du Pilat, à La Teste de Buch, domine 200 kilomètres de dunes tout le long de l’Atlantique. Dès 1786, Nicolas de Brémontier entreprit de fixer ces sables mouvants. Près d’un siècle plus tard, en 1876, la totalité des dunes du golfe de Gascogne, 88 000 hectares, était stabilisée. On pouvait alors sérieusement aménager les accès et rendre carrossables les chemins sablonneux. Après ce qui avait été engagé sur la Côte d’Azur, on commença à goudronner les routes vers le littoral aquitain à partir de 1905.

Arcachon à l’initiative des frères Pereire

Mais auparavant, les chemins de fer avaient commencé à couvrir la France et la Compagnie du chemin de fer du même nom exploitait déjà la ligne de Bordeaux à La Teste depuis 1841. La compagnie fut rachetée ensuite par la Compagnie des chemins de fer du Midi des frères Pereire, propriétaires de 11 000 hectares de landes, qui prolongèrent la ligne vers le nord, du centre de La Teste vers la pointe du bassin, dans le quartier d’Arcachon qui bénéficia alors de l’explosion de sa fréquentation par les touristes. Et dès 1857, Arcachon fut détachée de La Teste pour devenir, par décret impérial, commune de plein exercice.

En 1863, toujours sous l’influence des frères Pereire, l’architecte Paul Régnauld construisit le casino Mauresque d’Arcachon. Inspiré de l’Alhambra de Grenade et de la Mosquée de Cordoue, il devint un lieu très fréquenté et réputé à travers toute l’Europe. Il disparaît en 1977 dans un incendie. Le casino actuel se tient dans l’ancien château Deganne, construit en 1853 par Adalbert Deganne mais vendu en 1903 à Eugène Debousset et reconverti en casino. En 1863, Napoléon III et l’impératrice Eugénie, à l’invitation des frères Pereire, passèrent leur second séjour à Arcachon après celui de 1857, gâché par une météo exécrable.

Les quatre saisons d’Arcachon

Quatre quartiers sont construits à Arcachon qui devient rapidement la Ville des quatre saisons. La Ville d’Été naît au début du XIXe siècle en front de mer avec l’essor des bains de mer vivifiants où se pressent résidents et touristes. Dès 1823, François Legallais, épris d’Arcachon, construisit un premier hôtel. Quant à la Ville d’Automne, elle voit le jour autour du port de pêche et des nombreuses cabanes de pêcheurs qui ont contribué à l’attractivité de la ville. La Ville de Printemps est érigée autour de la source des Abatilles. En 1923, Louis Lemarié découvre à 472 mètres de profondeur la source Sainte Anne des Abatilles. La source thermale, exploitée à partir de 1925, est reconnue par le corps médical pour ses qualités thérapeutiques.

Mais le quartier le plus réputé reste celui de la Ville d’Hiver construit par les frères Pereire en 1862, sur les hauteurs de la ville, à l’abri du vent. La clientèle aisée y vient pour se prémunir du froid hivernal et profiter des vertus thérapeutiques du climat. La Ville d’Hiver est devenue un haut-lieu de villégiature pour curistes et convalescents. Grâce à cette clientèle aisée, près de 300 villas sortent de terre, dès le milieu du XIXe siècle, de styles très différents, du néo-classique à l’art déco, selon les goûts de leurs propriétaires. Depuis cette époque, Arcachon a vu défiler des personnalités aussi diverses que l’impératrice Sissi, le prince de Galles, futur Edouard VII, le président de la République Mac-Mahon, Claude Debussy, Sarah Bernhardt, Coco Chanel, Salvador Dali et son épouse Gala, Edouard Manet, Samuel Beckett. C’est aussi à Arcachon, que le très jeune roi de la Deuxième Restauration espagnole, le déjà veuf Alphonse  XII fait la connaissance de sa seconde épouse, Marie-Christine d’Autriche, en 1879.

Et en même temps…

Biarritz

La fameuse station du Pays Basque est apparue avec les bains de mer à la fin du XVIIIe siècle. Si Napoléon s’y baigne en 1808, c’est surtout grâce à son neveu Napoléon III et Eugénie de Montijo que Biarritz devient une station balnéaire réputée. L’impératrice, très attachée à la ville, y avait déjà séjourné pendant son enfance. Le couple impérial y passa treize étés entre 1854 et 1868 ; dès leur premier séjour, Napoléon fit construire la villa Eugénie.

Lège-Cap-Ferret

La commune créée sous la Révolution, formée par une accumulation de bancs de sable, constitue une presqu’île séparant l’océan Atlantique du Bassin d’Arcachon. Tandis que le Cap Ferret marque la pointe de la presqu’île, le relief de Lège culmine à 5 mètres au-dessus de la mer. L’essor de la station balnéaire commence dans les années 1860 avec l’ostréiculture, mais ce n’est qu’à partir de 1950, avec l’aménagement d’une route et de la liaison maritime avec Arcachon que le tourisme décolle.

Saint-Jean-de-Luz

La célèbre commune du Pays Basque à la frontière espagnole, a longtemps été l’objet de querelles entre les deux pays voisins, à tel point qu’un incendie n’épargna qu’une seule maison de la ville en 1558. Mais le traité des Pyrénées en 1659 et le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche à Saint-Jean-de-Luz marquent véritablement l’essor de la commune. Par la suite, les nombreuses visites de Napoléon III dans la région ainsi que l’arrivée des voies ferrées développent considérablement le tourisme.

Biscarosse

La station balnéaire, connue pour ses plages de surf, tient son nom du basque biscar, les collines. En effet si ses dunes de sable datent du 4e millénaire av. J.-C., elle tient son heure de gloire en devenant la capitale de l’hydraviation après avoir accueilli en 1930 près de 120 gigantesques hydravions français venus s’entrainer sur le lac de Biscarosse.

Les petites indiscrétions

La vie sentimentale de mademoiselle Coco. Durant son idylle avec le duc de Westminster, l’illustre et avant-gardiste Gabrielle Chanel passe beaucoup de temps au château de Woolsack à Mimizan sur la Côte d’Argent. Elle achète même une maison de vacances à Mimizan et en fait bénéficier ses « cousettes » (jeunes apprenties de la couture) et mannequins pour se détendre.

Le bassin d’Arcachon, égérie des artistes. Arcachon a été la muse de célèbres peintres  ; tandis qu’Edouard Manet vint recouvrer la santé avec l’air salvateur de la région en 1871, Dali et son épouse Gala se réfugièrent à Arcachon pour fuir la guerre pendant dix mois entre 1939 et 1940. Inspirés par la région, les deux artistes y ont peint plusieurs de leurs toiles.

1 000 bornes au départ d’Arcachon. En 1954, Edmond Dujardin, éditeur de matériel pour les auto-écoles et passionné de voitures était loin de s’imaginer le succès qui l’attendait, en créant le célèbre jeu de société «  1 000 bornes  » dans sa villa d’Arcachon.

Un généreux donateur. Daniel Ofla Osiris, riche banquier originaire de Bordeaux, voyait les choses en grand. Après avoir acheté pas moins de 7 villas à Arcachon, il voulut transformer l’une d’elles en fondation gérée par l’Institut de France. Malheureusement, le projet échoua, ce qui ne l’empêcha pas de faire un don de 30 millions de francs (soit 76 millions d’euros environ) à l’Institut. Son immense générosité fit de lui le plus grand donateur du XIXe siècle !

Le regard d’Alexandra François-Cuxac, Présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers de France (FPI)

Le Second Empire, en toile de fond de révolution industrielle, a été une période d’importants changements sur tous les plans: économique, politique, social, immobilier… Et l’aménagement du territoire n’a pas été en reste. Sur ce dernier plan, le régime s’est caractérisé par d’importants travaux comme ceux de l’assainissement des Landes ou la fixation des dunes de sables avec notamment l’immense dune du Pilat. C’est ainsi que la Côte d’Argent va devenir plus facile d’accès. Les frères Pereire, célèbres banquiers et hommes d’affaires de l’époque, vont jouer un rôle considérable dans ce développement : fondateurs de la Compagnie des chemins de fer du Midi, ils sont aussi principalement à l’origine de la station balnéaire d’Arcachon avec la construction de splendides bâtiments dans la ville d’Hiver. La Côte d’Argent est toujours appréciée : experts de surf à Hossegor et Lacanau, escaladeurs habiles de la dune du Pilat, promeneurs curieux jusqu’à la pointe du Cap Ferret, grimpeurs chevronnés des 327 marches du phare de Corduan, le plus vieux de France, ou encore amateurs des eaux turquoises du lac de Biscarosse et des immenses plages d’Arcachon, les 270 kilomètres du littoral aquitain  accueillent chaque année des milliers de touristes.

© SweetRédaction
Era France