Emprunter sans CDI, même avec des taux records, est toujours mission impossible !

Si les taux de crédit atteignent de nouveaux records, ces conditions exceptionnelles ne profitent pas pour autant à tous les emprunteurs. Ceux qui ne sont pas en CDI restent majoritairement exclus du crédit. Les travailleurs non-salarié (TNS) et, notamment les auto-entrepreneurs, ont aussi plus de mal qu’on ne le croit à emprunter …

Alors que le nombre d’embauches en CDD ne cesse d’augmenter (passant de 76 % en 1993 à 87 % en 2017 selon la DARES), la part des emprunteurs en CDD, elle, régresse dans un environnement de taux pourtant exceptionnel et sensé resolvabiliser les emprunteurs.

Seulement 1,3 % des emprunteurs en CDD au 31 mai 2019 (1,7 % en 2018)

C’est toutefois loin d’être le cas pour tous les emprunteurs comme en témoigne les chiffres des crédits finalisés chez Vousfinancer au 31 mai 2019 : seul 1,3 % des emprunteurs sont en CDD en 2019, un chiffre en baisse par rapport à l’année dernière (1,7 % en 2018) et bien loin de la réalité du marché du travail en France (12 % des employés en France sont en CDD, avec deux freins majeurs pour les banques :  83 % des CDD sont signés sur des durées inférieures à un mois (contre 57 % en 1998), et seuls 20 % des CDD deviennent des CDI au bout d’un an contre 50 % en 1982 (source : France Stratégie).

Plus facile d’emprunter à deux, avec un conjoint en CDI

Lorsqu’il y a deux emprunteurs, la part des CDD est légèrement plus élevée chez les co-emprunteurs qui bénéficient du fait qu’ils empruntent avec une personne en CDI. Ainsi 3,3 % des co-emprunteurs sont en CDD, mais 77 % sont tout de même en CDI et ce chiffre est également en baisse (4,90 % en 2018). Les prêts accordés à deux CDD sont quasiment une exception, puisque 0,3 % des emprunteurs seulement sont concernés !

Ces chiffres évoluent très peu dans le temps, et dans le mauvais sens ! « En regardant l’évolution des chiffres ces dernières années, on se rend compte que l’accès au crédit des CDD s’est dégradé en 2019, et qu’il est finalement plus compliqué en période de taux bas d’emprunter avec un dossier ‘hors norme’… Ce qui est paradoxal car les taux de crédit atteignent actuellement de nouveaux records et les banques ont la volonté de prêter ! Mais dans un contexte de forte demande de crédit, elles ont la possibilité de choisir et privilégier les dossiers les plus faciles et les moins risqués ! C’est finalement le niveau très bas des taux qui incitent les banques à la prudence car les marges ne permettent actuellement pas de couvrir le cout du risque », explique Jérôme Robin, directeur général de Vousfinancer.

Mais les autres professions « hors CDI » sont également touchées

Parmi les autres catégories minoritaires chez les emprunteurs on trouve également les TNS (travailleurs non-salariés, auto-entrepreneurs, chef d’entreprise, artisans commerçants et professions libérales, mais qui elles n’ont pas ces difficultés à emprunter) mieux représentés que les CDD, mais également en repli cette année : 5,1 % des emprunteurs sont des indépendants contre 6 % en 2018, alors que les retraités eux, progressent ! (3,3 % des emprunteurs seuls, contre 2 % en 2018).

« Dans un contexte où les durées moyennes de prêt ne cessent de s’allonger, les banques ont besoin d’avoir une visibilité sur la pérennité et la régularité des revenus qui permettront à l’emprunteur de rembourser sa mensualité, c’est ce qui fait qu’en France le taux de défaut sur les crédits immobilier est l’un des plus faibles d’Europe (0,1%). Conséquence : malgré l’allongement des durées de prêts, l’âge moyen du premier achat immobilier ne fait qu’augmenter. Il est actuellement de 33 ans, contre 32 ans en 2016… alors que l’entrée sur le marché du travail intervient à 22 ans et demi en moyenne ! On voit donc bien qu’aujourd’hui l’emploi est le frein majeur à l’accès à la propriété des jeunes actifs », analyse Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer.

Difficiles pour les courtiers de financer les profils hors CDI, mais pas impossible !

44 % des courtiers Vousfinancer pensent que la situation ne s’est pas améliorée en 2019, malgré le contexte de taux bas et 46 % estiment même qu’au contraire, les banques privilégient actuellement les meilleurs dossiers… Seuls 10 % des agences considèrent que les banques sont plus flexibles. Et s’il est globalement jugé plus compliqué de financer cette année les profils « hors CDI », il existe des différences importantes selon les dossiers et les catégories d’emprunteurs.

Selon les agences Vousfinancer les créateurs d’entreprise et les auto-entrepreneurs sont les dossiers les plus complexes à financer actuellement… « Concernant les entrepreneurs, les banques demandent 2 à 3 ans de bilan. Donc si l’entreprise n’a pas au moins 3 ans d’existence, c’est impossible pour son créateur d’emprunter ! Et si l’entreprise a suffisamment d’historique, les banques font une moyenne des trois années d’exercice avec le souci que souvent, la première année étant plus compliquée, les revenus moyens pris en compte sont plus faibles. Elles font en outre une analyse classique sur le secteur d’activité, le secteur géographique, l’ancienneté, le profil du professionnel, le business plan, le prévisionnel d’activité argumenté, afin de limiter les risques, ce qui prend du temps et complexifie la tache du conseiller par rapport à un dossier « plus classique » d’emprunteur salarié en CDI, ce qui explique que ces dossiers ne soient parfois pas prioritaires… », explique Sandrine Allonier.

Concernant le statut d’auto-entrepreneur de plus en plus répandu, la difficulté est la prise en compte des revenus…

Ce statut peut être un frein à deux niveaux : les banques demandent 3 ans d’ancienneté d’activité et ne prennent en compte que le net imposable c’est-à-dire les revenus après l’abattement de 34 à 50 % auquel les autoentrepreneurs ont droit, ce qui limite fortement la capacité d’emprunt.

Vousfinancer a également interrogé ses agences sur le nombre de banques qui acceptent de financer ces dossiers « hors CDI » : la moyenne ressort à 1,8 partenaires bancaires (un quart des agences n’ont qu’un seul partenaire pour ce type de profils, 28 % 2 banques et 22 % seulement 3 banques) avec au maximum 4 banques (6 % des agences) qui accepteraient de financer ce genre de profils… Résultat, près d’un tiers des agences disent avoir eu des refus des banques sur ces profils (31 % des répondants). A l’inverse, seuls 10 % des agences déclarent avoir réussi à financer plusieurs fois ces profils cette année… Elles sont un tiers à y parvenir de façon exceptionnelle !

« En tant que courtier, nous avons identifié les banques les plus enclines à financer certains profils d’emprunteurs ‘hors CDI’ en fonction de leurs spécificités, explique Sandrine Allonier. Certains établissements sont par exemple plus spécialisés dans les intermittents du spectacle, d’autre ont l’habitude d’analyser les dossiers des entrepreneurs, ce qui facilite l’obtention d’un crédit pour ces profils. En outre, le fait que nous leur amenions en parallèle des volumes de dossiers plus classiques et de qualité nous aide souvent à obtenir un accord sur un profil plus compliqué… C’est aussi cela l’avantage de passer par un courtier.»

Quelles solutions pour emprunter sans CDI ?

Bien que plusieurs banques soient totalement fermées aux financements des CDD, certaines acceptent d’étudier les dossiers au cas par cas, en fonction du risque, du secteur d’activité, de l’activité des comptes mais également de l’ancienneté dans la banque. Dans l’hôtellerie, la restauration ou la santé par exemple, le CDD est bien souvent la norme… Dans certaines régions où il y a beaucoup de saisonniers aussi, les banques sont habituées et peuvent être plus flexibles.

Par ailleurs, certains CDD sont acceptés plus facilement. C’est le cas des contrats courts de la fonction publique (d’Etat, territoriale, hospitalière y compris les vacataires et contractuels), perçus comme des CDI pour les établissements bancaires. Ils peuvent même bénéficier d’offres spécifiques en termes de garantie ou encore de taux…

 » S’il s’agit d’une personne régulièrement en CDD notamment en lien avec le secteur d’activité dans lequel elle travaille, les revenus du CDD peuvent être pris en compte car considérés comme récurrents, conseille Sandrine Allonier. Mieux, si l’emprunteur est en CDD depuis plusieurs années et que les comptes sont bien tenus, le dossier pourra être accepté. L’apport aussi peut faire la différence dans ces cas-là. Et si on est en début de carrière avec un 1er emploi en CDD, le mieux est de tenter d’obtenir un crédit dans sa propre banque – ou dans celle de ses parents – à condition d’avoir démontré sa capacité à être un bon client. De même pour les créateurs d’entreprise, souvent la banque professionnelle pourra aussi être la plus à-même de financer l’acquisition du dirigeant. »

 

 

 

 

 

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