« Je suis réaliste sur les grands risques environnementaux mais je crois aux jeunes et au génie humain ! », Jacques Rougerie, architecte

L’architecte océanographe Jacques Rougerie évoque la ville de demain, les risques environnementaux, l’habitat dans l’espace, la nécessité de retrouver une harmonie entre l’homme et la nature… Entretien avec Ariane Artinian.

Jacques Rougerie est un homme audacieux : spécialiste de l’habitat sous-marin, ses longues années d’expérience et d’observation ne l’ont pas rendu particulièrement pessimiste ou désabusé sur l’état du monde, de l’environnement et de la nature. Même s’il sait qu’il faut agir, et vite, il dit croire au génie de la génération qui s’apprête à prendre le pouvoir.

Comment un architecte comme vous envisage la ville de demain ?

C’est une question complexe, et ce d’autant plus que nous sommes en pleine mutation de nos sociétés. Je vois la transformation de nos cadres de vie et de l’architecture avec optimisme. Je suis certes pragmatique et réaliste sur les grands enjeux, les grands défis et les grands risques que nous courrons, mais je crois au génie humain, et je crois beaucoup aux jeunes. Ils ont conscience des problèmes écologiques, et ils ont envie de bâtir le futur. Tous ceux qui prendront le pouvoir, qui seront aux commandes dans 10 ou 20 ans, ont envie de retrouver la foi dans ce que le progrès peut nous apporter. Ils ne sont pas pour autant des « baba-cool », ils ont très bien vu les dégâts que ce progrès pouvait causer !

Notre monde est en train de bouger. Il n’est plus question de ne considérer que la vision d’un architecte, d’un bâtisseur… Nos disciplines sont en train de devenir transversales, et l’immense liberté des jeunes leur donne une vision planétaire de ce que sera le monde de demain

À quoi ce monde ressemblera-t-il ?

Il y aura tout d’abord un respect beaucoup plus accru envers la nature. Comme si nous redécouvrions aujourd’hui ce que Léonard de Vinci enseignait déjà à ses étudiants il y a 500 ans : le génie du vivant, la complexité extraordinaire de la nature, dont viendront les prochaines formes de progrès.

La nature, aujourd’hui, est quand même profondément abîmée…

C’est encore une question de confiance : aujourd’hui encore, il est vrai que nous sommes des guerriers, des belliqueux. Mais nous le sommes beaucoup moins qu’il y a un siècle ! Nous avons pris consciences, tardivement, des dérives que nous étions incapables de voir quand le progrès et la révolution industrielle ont déferlé sur l’Europe. Les jeunes veulent donc agir, mais sans pour autant revenir en arrière. Et ils parviendront à créer les outils nécessaires qui sauveront la nature, sans abandonner le progrès que nous connaissons depuis 150 ans.

Comment, concrètement, peut-on s’y prendre pour changer le monde ?

Il faut faire preuve de beaucoup d’audace, mais je constate que tous les décideurs immobiliers de ce monde semblent avoir pris la mesure de l’enjeu. Je l’ai constaté lors du congrès que la Fiabci a organisé à Dubaï, et dont le thème était la « ville joyeuse » et la ville de demain : chacun rivalise d’idée. En Ukraine, avec GREM nous envisageons de lancer un méga-projet destiné au tourisme spatial, on se dit que ce dont on se moque aujourd’hui sera probablement une réalité très présente dans vingt ans.  On  vie une époque formidable !

© SweetRédaction