Dans l’immobilier de bureaux, la chasse au gaspillage est ouverte

Doudounes, réduction des horaires… La flambée des prix de l’énergie force à la sobriété énergétique dans les bureaux, témoignent des professionnels au Salon de l’immobilier d’entreprise (SIMI), qui se tient jusqu’à jeudi à Paris.

© adobestock

 0

Les achats d’énergie par les entreprises n’étant généralement pas couverts par le bouclier tarifaire, celles-ci subissent de plein fouet l’explosion des prix du fait de la guerre en Ukraine et de l’arrêt d’une partie du parc nucléaire français.

« Depuis que ça flambe, il y a une prise de conscience qui a été très marquée« , rapporte Eric Donnet, directeur général de Groupama Immobilier.

Au SIMI, il porte comme ses collègues une doudoune bordeaux, offerte aux salariés du groupe pour les inciter à travailler dans des bureaux chauffés à 19 degrés, la température de consigne nationale.

Et il énumère les actions mises en place par la filiale de l’assureur, qui gère plusieurs immeubles de bureaux à Paris: réduction des horaires des cantines, détecteurs de présence pour limiter l’éclairage…

Créatifs sur les solutions

« On a eu une multiplication des coûts de l’énergie entre 4 et 10 sur les derniers mois« , souligne Ella Etienne-Denoy, directrice ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) chez le géant de l’immobilier d’entreprise CBRE.

« L’appel du gouvernement à la sobriété, relayé par le Medef, a joué sur le fait que les entreprises utilisatrices ressentent une urgence à agir sur la question des économies d’énergie, parce qu’on leur a expliqué que ce qui auparavant était insignifiant sur le coût allait devenir particulièrement prégnant« , explique-t-elle.

Elle observe, par exemple, davantage de demandes pour la production d’énergie sur site, avec des panneaux solaires ou la géothermie peu profonde.

« Quand ça commence à devenir une contrainte, on commence à redevenir créatifs sur les solutions« , relève-t-elle.

D’autres sociétés foncières, comme BNP Paribas Real Estate, ont opté pour l’intégration de l’intelligence artificielle dans la gestion technique des bâtiments, afin de gagner en efficacité.

La filiale de la banque française a aussi recours au système Ecowatt, mis en place par le gestionnaire du réseau électrique RTE, qui avertit des moments de tension. Si le signal passe à l’orange ou au rouge, il est possible de désactiver automatiquement des fonctionnalités non essentielles: des salles de sport, certains ascenseurs…

« Les crises font mal à court terme, mais à long terme sont très bénéfiques« , juge le directeur de la gestion immobilière du groupe, Csongor Csukas.

La panique

Et les entreprises demandeuses sont de plus en plus nombreuses.

« Les locataires qui, jusqu’à présent, s’intéressaient à la question le faisaient soit parce que ça représentait déjà un gros poste de dépense pour eux, soit parce qu’ils avaient une fibre environnementale. Là, tous types de locataires confondus se mettent sérieusement à s’y intéresser« , témoigne Vincent Bryant, président de Deepki, société technologique spécialisée dans la transition énergétique de l’immobilier d’entreprise.

« Les entreprises ont toutes répondu à cet appel à la sobriété, mais je pense que plus qu’un mouvement d’obéissance, c’est plutôt une inquiétude face au coût« , estime Odile Batsere, directrice RSE (responsabilité sociétale des entreprises) de la foncière Société de la Tour Eiffel.

C’est particulièrement vrai pour les PME, qui ont moins anticipé que les grands groupes l’évolution de la réglementation.

Le décret tertiaire, publié en 2019, impose en effet aux entreprises d’avoir réduit de 40%, en 2030, leur consommation d’énergie par rapport à 2010 dans leurs bureaux de plus de 1.000 m2; puis de 50% en 2040 et 60% en 2050. Et dès cette année, elles doivent déclarer leurs données de consommation énergétique.

« Quand on a indiqué, au sortir de l’été, que les locataires avaient la responsabilité de déclarer eux-mêmes les consommations sur leurs parties privatives, c’était la panique« , se souvient Anne-Claire Barberi, directrice RSE du gestionnaire d’actifs immobiliers Perial.

Pour les propriétaires des bâtiments, l’enjeu est aussi financier: l’inaction risque de rendre les bureaux moins attractifs et donc de leur faire perdre de leur valeur.

Et « si un utilisateur est dans un bureau où il a une facture délirante« , note Ella Etienne-Denoy, « ça précipite aussi les décisions de déménagement« .

Par My Sweet Immo avec AFP