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Savez-vous qui étaient les frères Pereire ?

Découvrez qui étaient Isaac et Emile Pereire, les argentiers du Second Empire.

Les frères Pereire vont jouer un rôle important dans le développement de l’activité économique et de commerce sous le Second Empire.

L’histoire des deux frères

Émile et Isaac Pereire étaient les fils d’un courtier et assureur maritime bordelais, lui-même fils de l’interprète de Louis XV, un portugais qui francisa son nom de Pereira en Pereire à son installation en France en 1741.

En 1822, l’aîné des deux frères (Emile) rejoignit son oncle, banquier à Paris, qui l’initia à la finance. Le cadet, Isaac, rejoignit son oncle et son frère dès l’année suivante alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Les deux neveux se révélèrent si doués qu’ils purent, avec le soutien des Rothschild et des Bavarois Eichthal, fonder en 1835 la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain.

Durant la Monarchie de Juillet, ils n’eurent aucun mal à suivre le célèbre conseil de Guizot, « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ! », mais c’est sous le Second Empire que les frères Pereire auront apporté une contribution déterminante à la vertigineuse expansion économique qui a radicalement transformé la France durant cette période.

Le Second Empire, une période prospère

Fondateur en 1852, de ce qui allait devenir le Crédit Foncier, le prince-président, futur Napoléon III, allait conduire une politique volontariste stimulant les intérêts privés pour doter la France des infrastructures indispensables à son adaptation à la révolution industrielle. Après le Crédit Foncier, de nombreuses grandes banques virent le jour dans les décennies 1850 et 1860, contribuant à l’aménagement du réseau ferroviaire, à la construction de stations balnéaires et thermales, ou à la rénovation de Paris de fond en comble sous la houlette du préfet Haussmann.

Le financement des travaux d’Haussmann

Dans ce gigantesque mouvement d’émergence d’une France urbaine et industrielle, les frères Pereire fondèrent le Crédit mobilier en 1852, avant d’acquérir l’Etablissement thermal de Vichy, d’investir dans les nouvelles compagnies d’assurance, les Houillères de Lorraine (mines de chardon), et de créer la célèbre « Transat », Compagnie générale transatlantique.

Pendant ce temps, Napoléon III nomma Georges-Eugène Haussmann à la préfecture de la Seine à la tête de laquelle il restera dix-sept ans, le temps de remodeler entièrement Paris.

Le financement de ces travaux titanesques sera pris en charge par la Caisse des travaux de Paris, chargée « du service spécial de trésorerie des grands travaux de la ville ». Cette source de financement public restait cependant insuffisante mais les projets haussmanniens se heurtaient aux réticences des financiers déjà largement engagés dans l’industrie et les infrastructures. Cette frilosité de « la Haute Banque » laisse un boulevard aux frères Pereire, soutenus par Napoléon III et Haussmann. Ils lancent la « Société générale de Crédit mobilier » en 1852 pour financer l’industrie, le commerce et les grands travaux d’utilité publique.

C’est ainsi que le Crédit mobilier finança, entre autres, l’aménagement de la plaine Monceau, dans le VIIIe arrondissement ou la construction de lotissements dans le XVIIe. C’est aussi le Crédit mobilier qui s’engagea dans la construction des bâtiments prestigieux qui donnèrent à la ville d’Arcachon l’aspect qu’elle a encore aujourd’hui.

Les frères Pereire qui avaient tracé la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux trouvèrent de la sorte, avec cette ville nouvelle d’Arcachon, le moyen de rentabiliser la ligne douze mois sur douze.

Les frères Pereire touchés par la fièvre immobilière

L’incursion des frères Pereire dans l’immobilier ne fut pas du goût des banquiers traditionnels du secteur, notamment leur ancien partenaire James de Rothschild qui eut ce mot : « La différence entre un Rothschild et un Pereire, c’est que le premier demeurerait à jamais un banquier qui travaille avec son argent tandis que l’autre est fondamentalement un banquier travaillant avec l’argent des particuliers ». La Banque de France n’est pas non plus l’amie des frères Pereire qui avaient tenté de lancer un institut d’émission concurrent à celle-ci.

Un investissement effréné finit par mettre le Crédit mobilier dans des difficultés telles que la Banque de France et les Rothschild durent voler à son secours mais, naturellement, à la condition que les frères Pereire en fussent évincés. Ce qui arriva en 1867.

Les frères Pereire, toujours proches du régime bonapartiste, furent l’un et l’autre, députés jusqu’à la chute du Second Empire en 1870.

 

 

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