«La vieillesse ? C’est l’art d’accommoder les restes ! », Jean Piat

Monstre sacré du théâtre, sociétaire honoraire de la comédie française, homme de télévision avec les Rois Maudits, Jean Piat s’est éteint chez lui dans sa 94ème année. Retour sur une interview dans laquelle il évoquait la vieillesse. Avec beaucoup humour et élégance.

Quelques mois après la disparition de sa compagne Françoise Dorin, Jean Piat, lui a emboité le pas le 18 septembre, à quelque jours de son 94ème anniversaire. En 2011, il jouait « Vous avez âge? », une pièce écrite par Françoise Dorin, sur les planches du théâtre des Champs-Elysées. Sur scène, il incarnait un comédien à qui l’on propose un portefeuille ministériel , celui de la «vieillesse et de son sort». En coulisse, le jeune homme âgé alors de 85 printemps, posait un regard plein d’humour et d’élégance sur la vieillesse.

Ariane Artinian : Votre performance tous les soirs sur les planches est exceptionnelle…

Jean Piat :  Vous savez, le succès encourage, rend les choses plus faciles. Là, on est porté par l’accueil du public.

L’accueil tient aussi à la qualité, du scenario, de la mise en scène et du jeu…

Jean Piat : Il n’y a pas de triomphe au théâtre sans raison extérieure. Or, il y a une réelle attention portée à la vieillesse en ce moment… Ce spectacle de Françoise Dorin est tombé pile au moment où il y a cette réflexion politique et sociale. On apporte, une réflexion humoristique sur le problème de la vieillesse, et ça tombe dans un instant où l’état d’une part et la société elle même s’interroge sur ces problèmes là.

La pièce porte un regard un peu ironique, mais très positif sur le vieillissement, loin du misérabilisme, de l’antichambre de la mort.

Jean Piat : La vieillesse, de mon point de vue,  c’est l’art d’accommoder les restes. C’est comme en cuisine, quelquefois il vous reste des choses, vous les accommodez de façon très intelligente, et c’est très bon, c’est aussi bon que le repas de midi. J’ai des problèmes de marche à l’heure actuelle. J’ai un de mes amis médecin qui m’a dit, Jean, ce qui compte, c’est de faire en sorte que ça ne s’aggrave pas. Donc de faire toujours un peu de vélo d’appartement, de faire le piscine, pour essayer de garder ce qui reste… C’est aussi important de soigner le moral que de soigner le physique. Le rire est une thérapie, il ne faut pas le négliger !

L’important, c’est l’élan vital, le goût de la vie ?

Jean Piat :  Le rire permet de prendre de la distance. Bien sûr, vieillir c’est emmerdant, mais quand on sait vraiment que c’est ça ou la mort, on trouve ça épatant ! C’est d’ailleurs la dernière phrase de la pièce.  Lorsque l’on fait ce que l’on aime, ce qui est le cas pour beaucoup d’acteurs, le mot retraite n’a pas de signification. J’ai des projets jusqu’en 2020 ! La vieillesse, aussi,  c’est une forme de sagesse. Vous voyez les choses de plus haut. Vous adoptez le points de vue de Cyrus, vous vous dîtes, tiens il s’agitent les petits bonshommes. Le monde, au fond c’est un manège. Il ne faut pas l’empêcher de tourner, ça ne sert à rien du tout.

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