« Après Lisbonne et Porto, les Français découvrent les petits secrets du Portugal », Ana Mendes Godinho, Secrétaire d’Etat au Tourisme

Ana Mendes Godinho, secrétaire d’état au Tourisme au ministère portugais de l’Economie, est passée par le stand de MySweetImmo au Salon de l’immobilier et du Tourisme Portugais. L’occasion de répondre aux questions d’Ariane Artinian.

Comment  la destination Portugal a t-elle été marketée ?

Il y a plusieurs centaines d’années les portugais ont découvert le monde par la mer, aujourd’hui on découvre le Portugal par les airs ! Ce qu’on a fait c’est de créer les conditions pour être compétitifs dans plusieurs pays. Cela a mis le Portugal au coeur des échanges internationaux. On est certains que la meilleure façon de promouvoir notre pays, c’est de le montrer. En effet, les personnes qui découvrent le Portugal deviennent les meilleurs promoteurs du pays, et racontent son authenticité, ses airs sophistiqués, novateurs, etc. Ce qu’on sent c’est que ceux qui voient le Portugal, transmettent ensuite et font bouger le pays.

Le volet fiscal a contribué aussi à l’attractivité du Portugal ?

Oui ça je peux dire que ça a aidé il y a dix ans. Mais je pense que maintenant ce n’est pas cela qui motive les personnes. C’est le lieu où il faut être, à portée de main pour tous ! En effet, sur place vous êtes très bien accueillis, tout le monde parle français, anglais, espagnol, la gastronomie est phénoménale, la qualité de vie est excellente en comparaison du prix, la sécurité est là et le climat méditerranéen est fantastique pendant toute l’année. Les visiteurs trouvent un pays qui n’est pas surpeuplé, très authentique, une nature extraordinaire et un patrimoine. Savez-vous d’ailleurs que 30% de notre territoire est protégé ? Cela signifie qu’on ne peut pas y toucher. Il n’y a pas de tourisme de masse, c’est notre positionnement et il ne changera pas. Nous avons une stratégie pour le tourisme, pour les dix prochaines années, basée sur la durabilité.

La contrepartie du succès, c’est la hausse des prix …

Oui, mais nous avons gagné des marchés qui reconnaissent que le Portugal est différent. Depuis 13 ans, notre marché a eu la capacité d’attirer de nouvelles personnes, de nouveaux marchés, qui voient le Portugal comme un pays du futur et cela se traduit en chiffres. Par exemple, nos recettes touristiques ont augmenté de 45% durant les trois dernières années. Cela signifie que nous attirons des investisseurs issus d’autres nationalités, par exemple des américains, des canadiens ou des brésiliens. Nous avons des stars aussi qui s’installent chez nous : Madonna par exemple, Michael Fassbender (Inglorious Basterds, 300, Assassin’s Creed ndlr), Monica Bellucci, ou encore Louboutin. D’ailleurs savez-vous que Louboutin va ouvrir un hôtel au Portugal ? Les investissements affluent de plus en plus dans les régions qui sont traditionnellement les moins touristiques.

C’est à dire que ce ne sont plus seulement Lisbonne ou Porto qui récoltent tout ?

Je dirais que Porto et Lisbonne sont déjà consolidées. Ce qu’on sent maintenant c’est que les visiteurs sont en train de découvrir les petits secrets du Portugal. Par exemple Melides, ou encore l’Alentejo, c’est magnifique. Vous connaissez ?

Pas encore…

Pour moi c’est le paradis. Alentejo, mais aussi les villages historiques au centre, le village de schiste, les pierres noires… tout cela devient peu à peu le tourisme du futur au Portugal. Ainsi, les visiteurs vivent en harmonie avec les populations locales, les traditions, l’artisanat, etc. C’est une particularité du Portugal.

Alors vous n’êtes pas inquiète pour la stabilité des recettes touristiques ?

Non, je pense que nous avons conquis une position très stable dans nos recettes, nous avons crée une confiance pour les investisseurs. Notre économie a été en crise en 2011/2012, notre taux de chômage était de 17%, maintenant il est de 6%. Le tourisme a eu un rôle très important dans cette remontée de notre économie. Et cela est basé sur deux aspects : confiance et stabilité pour les investisseurs, et en même temps on a contrôlé les déficits et les budgets publics. Le mieux c’est que nous avons fait tout cela, sans austérité. C’est un vrai message pour le monde.

Pourquoi le Portugal est-il tant apprécié des français ? On a même parfois l’impression que Lisbonne est une grande ville française.

Et ça c’est bien non ? Je dirais que Lisbonne et le Portugal sont, par essence, multiculturels. Mon ADN c’est un ADN de multiculturalisme. Un peu d’Afrique, d’Amérique, d’Europe, d’Asie et pour cela les portugais sont uniques dans le monde. Cela se ressent, jusque dans notre gastronomie, mais aussi dans nos habitudes de vie, notre musique… Est-ce que vous savez que Madonna se dit très impressionnée, à Lisbonne, par l’influence de la musique africaine dans les sons et l’environnement au Portugal ? C’est pour cela qu’avoir des français au Portugal, pour nous c’est totalement naturel. On aime avoir cette ambiance de multiculturalisme, c’est ainsi que notre histoire est faite. Il y a longtemps les portugais venaient en France, maintenant ce sont les français qui découvrent notre pays. Hier à Paris j’étais dans un Uber avec un conducteur portugais. Il m’a dit que tous les français qui entrent dans sa voiture lui disent : mais que fais-tu ici ? Pourquoi as-tu quitté le meilleur pays du monde ? (rires)

Alors vous parlez d’Uber, parlons justement d’Uberisation, et de Airbnb. Comment appréhendez-vous le phénomène à Lisbonne ?

Il y a quelques années les centres historiques de Lisbonne et de Porto étaient totalement vétustes, les immeubles n’étaient plus du tout sécurisés. Ce phénomène du tourisme a changé également nos centres historiques et de manière positive. Cela leur a redonné vie. Ce qu’on a fait avec Airbnb, c’est que l’on a crée une législation très simple, pour Uber également, pour qu’ils puissent être dans l’économie de manière légale. Du coup, nous avions 20 000 registrations de Airbnb  au Portugal en 2015. Maintenant nous en avons 80. Un résultat obtenu par la création de règles simples et d’un travail réalisé en collaboration avec ces plateformes. En même temps nous avons crée la possibilité que les maires puissent définir des limitations pour garantir que l’on maintient l’authenticité des lieux. Un autre chiffre est très intéressant : 75% des logements à louer au Portugal ne sont pas à Lisbonne ou Porto, ils sont partout dans le pays. Ils ont aidé à créer des opportunités dans certaines régions qui n’avaient pas de logements touristiques.

Donc finalement c’est assez bénéfique ?

Totalement bénéfique oui. Je pense qu’il est crucial aujourd’hui de dialoguer et de garantir des réponses rapides aux phénomènes rapides. On ne peut pas fermer la porte au futur et aux nouvelles tendances. C’est le monde d’aujourd’hui. Et c’est l’innovation qui est aussi en train de changer les opportunités pour les pays. L’innovation a changé le Portugal, dans le sens positif du terme.

Est-ce que le statut de résident non-habituel va durer dans le temps ?

Nous avons déjà donné un message de confiance aux investisseurs en ce sens. Nous pensons que c’est un bon modèle. Il pourra y avoir quelques ajustements, mais c’est un modèle qui a fait ses preuves.

Dernière question, pourquoi partez-vous à Cannes ce soir ?

Je pars au Festival de Cannes parce que nous avons deux films, français et américains, qui ont entièrement été filmés au Portugal. En effet, nous avons crée un programme pour convaincre des producteurs internationaux de venir filmer au Portugal. Avec ce programme, on veut que les films soient produits et filmés au Portugal, car d’une part ça peut aider l’industrie nationale à développer plus de films sur place, et d’autre part c’est un instrument intéressant pour promouvoir notre pays. Il y a donc un film français qui s’appelle « En liberté », qui fait partie de la sélection de Cannes, mais également un film américain qui s’appelle « Frankie » avec Isabelle Huppert. Ils ont été filmés un peu partout au Portugal ! Nous avons créé ce programme de film en 2018 et maintenant nous avons 27 films qui sont en train d’être filmés au Portugal, des films internationaux. De plus, nous avons créé un fond qui garantie le remboursement des dépenses faites au Portugal pour les tournages, et nous garantissons aussi que ces fonds soient donnés en 20 jours. C’est une commission qui s’en charge, nous avons alloué un budget exprès.

© Andreane Meslard