« La libéralisation des honoraires ne sert ni les professionnels de l’immobilier, ni les consommateurs », François Moerlen

Pour François Moerlen, la libéralisation des honoraires de transaction instituée par l’arrêté du 26 janvier constitue un recul pour les professionnels de l’immobilier. Tribune.

François Moerlen
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L’arrêté du 26 janvier autorise des honoraires à la carte

L’arrête du 26 Janvier 2022, relatif à l’information des consommateurs, institue la liberté d’honoraires de transaction, au travers de l’affichage d’un barème maximum, en dessous duquel l’intermédiaire peut appliquer un tarif à la carte.

Si, par réflexe libéral, on peut saluer l’intention d’introduire davantage de liberté et de concurrence dans l’activité de transaction immobilière, on peut aussi s’interroger sur les conséquences de l’absence de règles dans la fixation des tarifs des professionnels. En réalité, cette décision est la conséquence directe de l’adaptation à la pratique, récemment condamnée par le tribunal de commerce de Paris, qui jugeait IAD coupable de concurrence déloyale, au travers de l’application d’un barème différent par chacun de ses agents commerciaux mandataires.

L’administration vient ainsi se dédouaner du contrôle qu’elle était dans l’impossibilité de réaliser sur la multitude des mandataires qui exercent à domicile, et sont de fait incontrôlables. On peut s’interroger sur les conséquences de cette mesure, qui n’a de libérale que l’apparence: en réalité, elle supprime toute notion de valeur à la prestation qui lui est rattachée. Ainsi, l’estimation, la constitution du dossier de vente, la visite, la négociation, la rédaction et l’accompagnement à la vente, auront un coût différent pour deux clients de la même agence.

Vers des négociations de gré à gré avec le client

On entre ainsi dans une relation de négociation de gré à gré entre le professionnel et le client. Les plus avisé, le plus malin, le plus stratège sera le gagnant de ce jeu de dupe. Qui sera le perdant ? Le propriétaire du bien le plus difficile à vendre, le Rez de chaussé mal exposé, le mal classé, celui situé dans un quartier défavorisé. Lui, se verra impose le barème maximum des honoraires, car moins attractif et moins rentable pour le professionnel.

Quant au métier, on peut s’interroger sur l’image et le sens d’une profession sans prix : la prestation de l’agent immobilier a-t-elle une valeur, si elle n’a pas de prix ?

Vers une réduction programmée des honoraires de transactions

Mais puisque le législateur le veut ainsi, trouvons une raison de nous réjouir. Si cette orientation marque un certain mépris pour la prestation des agents immobiliers, au moins nous nous battrons à armes égales avec les mandataires et autres plateformes en tous genres. Bien sûr, il faudra repenser nos modèles économiques, avec la réduction programmée des honoraires négociés. Mais on peut penser que la réduction des coûts de l’intermediation encouragera les propriétaires à nous confier la vente de leurs biens, et que le marché de particulier disparaîtra à notre profit.

On peut aussi compter sur la force du maillage territorial des agences physiques, de leur expertise, de leur niveau de compétence, et de leur capacité d’adaptation, pour reprendre la main sur la concurrence déloyale qu’ils subissent au quotidien. Et la complémentarité des métiers, syndic, Gerance et transaction, couplée a l’innovation numérique feront le reste.

Si cet arrêté est un affront, pour tous ceux, dont je fais partie, qui pensent que nous sommes une profession règlementée, nous devons relever le gant et profiter du mois qu’il nous reste pour repenser nos offres, adapter nos pratiques et former nos équipes pour apporter la preuve que les agents immobiliers sont les seuls acteurs capables de sécuriser la plus importante décision d’achat de nos concitoyens: celle d’une acquisition immobilière.