Quel rôle pour l’agent immobilier à l’heure de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle va -elle remplacer l’agent immobilier ? Non répond sans hésiter Sophie Sophie Saraga, formatrice en immobilier.

L'immobilier à l'heure de la date et de l'intelligence artificielle.

© adobestock

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Ubérisation et remise en cause de la rémunération de l’agent immobilier

Selon les chiffres issus de la 6è édition du Panorama de l’Immobilier et de la Ville 2022 (EY-Fondation PALLADIO) l’économie immobilière en 2021 pèse un poids considérable dans notre économie financiarisée, soit 11% du PIB en 2021.

Avec 51 500 emplois créés net, les indicateurs sont au vert avec des perspectives de rebonds après les incertitudes dues à la crise de la COVID-19.

Les huit grands domaines des métiers de l’immobilier et de la ville, dont celui de la commercialisation, n’accordent pas la place méritée au métier d’Agent Immobilier. Alors que ce dernier se trouve en prise directe avec un mouvement de fond d’ubérisation de son offre de service, l’agent immobilier doit s’adapter en permanence au marché. Tout un défi.

De plus, tandis qu’il se concentre sur la sécurisation de l’acte, pendant de son devoir d’information, ses honoraires se voient régulièrement mis en cause. Est-ce une manie culturelle ?

Est-ce le monde 3.0 et l’information désormais accessible au grand public qui engendrent cette illusion de la gratuité de son service ?

Non, la rémunération de l’agent immobilier va de soi. Elle ne se remet pas en question à priori.

Agent immobilier et sécurisation des actes

La Loi HOGUET qui encadre le mandat d’Agent depuis cinq décennies, renvoie au principe de bonne foi à tous les stades du contrat, qui préside le droit des contrats, soumis aux dispositions d’ordre public de l’article 1104 du code civil.

En même temps la nécessité des enjeux économiques a justifié la sécurisation des actes.

Or, il s’agissait d’une véritable valorisation du métier que les dérives actuelles du numérique tendent, quelques fois, à remettre en question.

Agent immobilier, un rôle de conseil

Ceci posé, il est une deuxième spécificité de l’Agent : sa connaissance fine du marché local, indispensable à l’information et à la prise de décision des clients vendeurs ou acheteurs.

Son rôle de Conseil va donc plus loin que la simple entremise entre une offre et une demande. Elargi, ce conseil passe de fait par sa capacité à donner un prix de marché aux biens immobilisés au « temps T ».

Il permet cette « liquidité des biens« , garantie de l’efficacité du processus de vente. Un bien qui se vend rapidement, est un bien dont l’évaluation initiale a été la plus réaliste, en rapport avec toutes les caractéristiques que ce dernier possède (emplacement, état de la copropriété, qualités intrinsèques du bien, proximité des services et lieux de consommation). Sur un marché tendu, la chose paraît banale alors qu’elle relève de l’expérience précieuse de l’Agent.

On comprend que les biens sont d’abord un vecteur de caractéristiques, mais plus largement, le prix de la transaction est avant tout celui qu’accorde ce marché (approche hédoniste de l’évaluation).

Agent immobilier, une expertise

Acheteurs et vendeurs, lorsqu’ils sollicitent un Agent, se reposent sur cette expertise fondamentale que seul l’Agent est en mesure d’apporter. Dans les attentes des consommateurs, l’Agent intègre deux dimensions fondamentales : celle objective (quartier, budget, format,…), et celle subjective qui compte autant dans le choix final des consomm’acteurs.

Si l’on élargit la focale, on se rend compte que le choix du logement dépend très largement du lieu de travail.

Cette mobilité résidentielle qui permet « d’amortir les chocs de crise » (Davezies, La Crise qui vient, 2012, page 13) est de tous les enjeux, le plus décisif.

Le Grand PARIS, projet urbain, social et économique d’intérêt national, plus grand chantier européen, en est la preuve au travers du Grand PARIS EXPRESS.

Or, depuis plusieurs années, nous perdons, même partiellement, la niche des primo-accédants. Conséquence directe d’une offre déconnectée de la demande. En effet, les prix atteignent des sommets désormais inaccessibles à une partie de la population qui se voit poussée « hors les murs », (phénomène de gentrification).

Dans ce cas d’espèce, l’Agent immobilier est un acteur central, observateur, et jugulateur de ces excès du marché. Il doit, dans son devoir de Conseil, toute la transparence sur la valeur des biens. Dans cette déconnexion du marché, l’Agent doit résister à cette pression, et devant les clients en souffrance – être ce garant authentique.

Vers des honoraires plus en adéquation avec le marché

Est-ce-que maintenir notre mission ne serait-elle pas d’aller vers une tarification plus en adéquation avec le marché ? J’en veux pour preuve l’étude commandée par le Center for European Law and Politics (2007) qui distingue quatre grands modèles : le modèle traditionnel latin, (dont nous sommes), celui règlementé Néerlandais, celui qui passe par un Avocat comme au Royaume-Uni et le système scandinave d’Agents immobiliers agréés.

Dans un monde où on a glissé depuis les années 2000 « de la notion de valeur d’usage à la notion de valeurs d’échanges » (Alain BECHADE : La Financiarisation de l’immobilier, atout ou risque pour l’investisseur final et son Conseil ? « , Conférence PATRIMONIA 2007), qui s’accompagne et s’accélère par la révolution numérique en marche, notre rôle est encore plus prégnant.

Aussi, les agrégateurs, pourvoyeurs de data, ne remplaceront jamais l’évaluation de l’Agent.

L’avènement de modèles économiques nouveaux aux services dématérialisés et aux frais fixes, est le miroir de ce processus. Elle met à la disposition des Agents une « pratique de production et de diffusion nouvelle » bienvenue.(JUILLIARD Claire, « Produire des données de prix et de loyers à l’heure de la Proptech » conférence Sciences Po: « Cities and Digital Technology Chair 2020 »).

Pour ma part je n’oublie pas les mots de François ASCHER : « … La qualité et la vitesse de retour d’informations sont décisives et donnent naissance à des techniques nouvelles de reporting qui vont bien au-delà des tableaux de bords usuels. La connaissance n’est plus séparée de l’action, elle est dans l’action elle-même« , in Les nouveaux principes de l’urbanisme, 2010.

Il nous faut ainsi nous garder à distance de ce principe effrayant issu des technosciences, à savoir : « l’inertie devient l’horizon prioritaire de l’activité humaine » (Paul VIRILIO, L’Inertie Polaire), et rester vigilant après cette période de confinement domestique, facilité certes par les moyens de télécommunication (télétravail, classes virtuelles, etc…) et l’avènement du Metavers.

Alors, tout comme je n’imagine pas un instant utiliser l’intelligence artificielle pour la rédaction des annonces de ventes, ôtez-vous la croyance illusoire que l’intelligence artificielle est déterminante quant à l’analyse de la valeur de votre bien à un moment donné.

L’intelligence artificielle n’a pas d’intention, elle ne sait pas où elle veut aller.

Et ça me va bien.

Cet article a été rédigé par Sophie Saraga, formatrice en immobilier. MySweet’immo est un site d’information alimenté par les journalistes de la rédaction et les meilleurs professionnels de l’immobilier et du patrimoine. Vous êtes un expert et souhaitez  partager votre vision ou votre analyse avec nos lecteurs ? Contactez-nous : hello@mysweetimmo.com.
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