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Coworking et immobilier : un couple heureux !

Olivier Colcombet, directeur général de Digit RE Group revient sur les vertus du coworking pour les les professionnels de l’immobilier.

Il aura fallu quelques années pour que le concept s’impose en France, venu des pays anglo-saxons comme son nom l’indique : le coworking bouleverse notre conception du travail, en substituant des logiques de partage de l’espace et du temps aux logiques établies, fondées sur l’individu, l’individualisation, si ce n’est l’individualisme.

De quoi s’agit-il ? De faire prévaloir cette envie non pas passagère, du moment, mais profonde à la mise en commun. On entend que le digital, en permettant la constitution de réseaux, de plateformes et autres concepts collectifs, aurait déclenché cette aspiration. Ce n’est pas si sûr : les outils numériques ont évidemment catalysé ce mouvement, parce qu’ils l’ont facilité techniquement. Rien ne se serait fait si l’aspiration des personnes et des communautés n’avait été présente au fond. Il faut plutôt parler de révélation que d’invention. Quoi qu’il en soit, le résultat est là.

On travaille plus volontiers ensemble que séparément. Là où les deux moments se succédaient dans la conception managériale et organisationnelle précédente -chacun œuvrait de son côté et on mettait bout à bout les contributions ensuite-, le partage est premier et intervient à tous les stades ensuite. Il permet notamment à toutes les compétences de s’associer en permanence et d’interagir.

La motivation s’en ressent aussi favorablement : là où on rivalisait, on s’entraide, ce qui n’exclut pas le challenge et la saine émulation, au-delà de la compétition entre pairs dans une même entreprise.

En tout cas, cette évolution de l’univers du travail est assez forte et ressemble tellement à un bouleversement, une mutation pour que les pouvoirs publics s’en émeuvent. Le gouvernement, en la personne de Julien Denormandie, Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Cohésion des Territoires, a confié il y a peu à un expert la création d’une mission sur l’avenir des espaces collaboratifs : Patrick Lévy-Waitz a créé la Fondation « Travailler autrement », qu’il préside, et il est un spécialiste reconnu de la réflexion et de l’innovation dans ce domaine. En l’occurrence, en tant que responsable d’une grande organisation syndicale française, c’est par la modernisation des relations sociales qu’il est entré dans ces problématiques.

Notre groupe, Digit RE Group, acteur leader des services immobiliers, transaction, gestion ou encore financement, a appliqué à ses activités les logiques du coworking et nous avons inventé Coworkimmo, des espaces collaboratifs dédiés à l’immobilier. Pourquoi ces métiers sont-ils non seulement adaptés au partage mais le sont-ils plus encore que la plupart ? Pour trois raisons essentielles. D’abord, l’immobilier est en grande partie exercé par des indépendants, négociateurs agents commerciaux. Aujourd’hui, des réseaux nationaux ou régionaux organisent leur travail, mais beaucoup sont encore attachés à des agences immobilières locales. Cette indépendance fait bon ménage avec l’activité de conseil immobilier elle-même : le commercial a besoin d’un haut degré de liberté pour s’épanouir et donner le meilleur de son énergie. En outre, l’immobilier ne constitue par un marché, homogène, mais l’addition de micro-marchés, dont il faut avoir une connaissance précise et intime : le négociateur indépendant est ancré sur son territoire et en maîtrise les prix, les logiques, les données sociologiques et économiques. Enfin, apporter une réponse à la problématique immobilière d’un ménage ou d’une entreprise exige la réunion de talents et de compétences complémentaires.

C’est toute une chaîne de valeur qui se mobilise : le négociateur devient un ensemblier, travaillant avec un diagnostiqueur, un notaire, un courtier en financement, parfois un home stager pour valoriser le bien ou encore un déménageur et des artisans pour rénover et adapter.

Il s’ajoute à cela que le client immobilier, locataire, investisseur, accédant, se sent accueilli et rassuré, justement parce que le lieu est neutre et non intrusif : qu’on le veuille ou non, une agence physique, une banque, le lieu portant quelque enseigne que ce soit ne bénéficie pas de cet atout, justement fait pour promouvoir une marque et la présenter comme tout sauf neutre.

Dans les espaces Coworkimmo que nous avons créés, à Lyon, Annemasse, Paris et Bordeaux, tous les objectifs sont atteints : le conseiller indépendant reçoit dans un espace où chacun se sent chez soi, sans hiérarchie ni précellence. Toutes les parties prenantes peuvent s’y rencontrer. Le sérieux y cohabite avec le ludique et le convivial, ce qu’aucun bureau n’offrira jamais, et qui a un effet rassérénant décisif pour les actes anxiogènes. Tout cela en outre se fait dans une ambiance ouverte.

Certes, le coworking méritait que des esprits avisés mesurent les conséquences de cette nouvelle façon de travailler sur les espaces eux-mêmes, sur l’architecture des immeubles et sans doute sur l’urbanisme même. Le coworking immobilier va au-delà : il est une sorte de mise en abyme du partage collaboratif au travail. Tout porte à croire que les ménages voudront de plus en plus des immeubles où l’on prend mieux les décisions immobilières les plus engageantes.

 

© SweetRédaction