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Saga de l’été : Chenonceau : les secrets du tourisme culturel

Même à la rentrée, la saga de l’été, initiée par le Crédit Foncier avec sa série « Petites histoires des grandes vacances » qui nous emmène à la découverte des lieux emblématiques des grandes vacances à la française, continue. Cette semaine : Chenonceau : les secrets du tourisme culturel.

Le tourisme culturel désigne une forme de tourisme qui vise à faire découvrir le patrimoine culturel et le mode de vie d’une région ainsi que celui de ses habitants. En France, l’offre culturelle et patrimoniale est abondante et diversifiée. Elle est, par la même, perçue comme une destination riche culturellement, ce qui en fait un de ses grands points forts. Le Val de Loire, région classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2000 grâce à ses châteaux de la Loire est l’un des fer-de-lance de cette attractivité culturelle française.

Les racines du tourisme culturel

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les jeunes aristocrates anglais, puis plus largement européens à partir des années 1760, s’embarquaient pour ce qu’on appelle « le Grand Tour », destiné à parfaire leur éducation et élever leurs centres d’intérêt. Ce voyage, véritable pèlerinage intellectuel, durait de quelques mois à quelques années et devait leur permettre de connaître la politique, la culture, l’art et l’histoire des pays européens. Le mot « touriste », qui fait son apparition dans la langue française en 1803, provient d’ailleurs du mot d’origine française, « tour », mais dans son acception anglaise : circuit, voyage, tournée. Ces riches voyageurs anglais se dénommaient eux-mêmes « tourists ».

Jusqu’au début du XXe siècle, le tourisme n’est alors réservé qu’à une petite catégorie de voyageurs privilégiés. Le tourisme est un loisir de luxe et les équipements pour recevoir ces premiers touristes sont rares et dispersés. Parler de tourisme culturel est alors un pléonasme, puisqu’il était culturel par nature. Mais depuis, les thématiques du voyage d’agrément se sont multipliées : tourisme balnéaire, tourisme de santé, tourisme sportif, etc. Le phénomène touristique devient un phénomène de masse à partir des années 1960 et revêt alors d’importants enjeux économiques. Le tourisme culturel lui, a continué à prospérer, diversifiant ses thèmes, ses destinations et ses clientèles. Sur les rives de la Loire, au long de la «Vallée des Rois», les châteaux de la Loire, joyaux de la Renaissance et terrain d’expérience pour de nombreux artistes (comme Léonard de Vinci), sont devenus à cet égard un élément majeur du tourisme culturel français.

Ainsi, le château d’Azay-le-Rideau, qui accueillait 6 000 à 7 000 visiteurs par an avant 1914, selon Jean Vassort dans son ouvrage « Les châteaux de la Loire au fil des siècles » (2012), en reçoit plus de 280 000 en 2017, d’après le Centre des monuments nationaux. Lieu le plus visité des châteaux de la Loire avec Chambord, Chenonceau est un monument incontournable du tourisme culturel français, de par sa conception originale, la richesse de ses collections, mais aussi et surtout par sa destinée singulière, intimement liée à la gent féminine.

Chenonceau, le Château des Dames

La première est Catherine Briçonnet, épouse de Thomas Bohier, intendant général des Finances. En 1513, l’ancienne construction des Marques est presque complètement rasée et Catherine dirige, en l’absence de son mari, les travaux qui donneront à Chenonceau l’apparence qu’il conserve, en grande partie, encore aujourd’hui. À la mort de Thomas Bohier en 1524, Chenonceau intègre le Domaine Royal à cause de malversations de ce dernier envers le trésor royal. Une seconde femme s’apprête alors à faire son entrée dans l’histoire du château lorsque Henri II, fils de Francois Ier, offre Chenonceau à sa favorite Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, en 1547. Celle-ci transformera profondément Chenonceau, notamment par la création de jardins et la construction d’un pont qui enjambe le Cher.

À la mort d’Henri II en 1559, son épouse légitime, l’emblématique Catherine de Médicis, devient Régente. Jalouse et en position de force face à sa rivale, elle chasse Diane de la cour et lui reprend Chenonceau. Avec Catherine de Médicis, le château devient un lieu de pouvoir et au milieu des fêtes qu’elle y donne, elle dirige le royaume de France depuis son cabinet de travail, le Cabinet Vert. Elle fait aussi édifier en 1577, sur le pont de Diane, la splendide galerie aux arches qui enjambe le Cher, donnant à Chenonceau cet aspect si particulier. Le 5 janvier 1589, Catherine de Médicis décède. Elle lègue son château à la femme de son fils Henri III, assassiné la même année, et fait entrer une autre personnalité féminine dans le destin de Chenonceau. Louise de Lorraine est une veuve éplorée, elle reste recluse une grande partie de la journée dans sa chambre, qu’elle aménage de façon lugubre. Elle va faire de Chenonceau un lieu de recueillement et de solitude.

Après la mort de Louise en 1601 s’ouvre une longue période de vide et de dégradations pour Chenonceau. Mais c’est encore une femme, près d’un siècle plus tard, qui sort Chenonceau de sa torpeur. En 1733, Claude Dupin, fermier général, achète le château au duc de Bourbon. Sa seconde femme, Louise Dupin, dame des Lumières et éprise de culture et de théâtre, s’emploie à redonner vie au château. Elle y tint salon et y reçut notamment Voltaire, Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Buffon et Rousseau. Sans que rien ne le confirme de façon officielle, l’office de tourisme de la ville de Chenonceaux attribue à Louise Dupin la différence d’orthographe entre la ville et le château. Louise Dupin aurait retiré le « x » à sa propriété en 1792 pour distinguer le château, fort symbole monarchique, de la ville, passée sous la République.

Chenonceau et le Crédit Foncier

En avril 1864, Chenonceau passe aux mains d’une autre femme, d’origine écossaise, Marguerite Pelouze née Wilson. À la mort de son mari, elle engage immédiatement des travaux pharaoniques et fait de sa demeure un lieu de villégiature prestigieux.

Mais un scandale financier entraîne sa ruine à la suite des malversations de son frère Daniel Wilson, alors député radical d’Indre-et-Loire, et impliqué dans le scandale des décorations, consistant en l’octroi tarifé de Légions d’Honneur et autres distinctions, grâce à sa proximité avec le quatrième président de la République, Jules Grévy qui fut acculé à la démission.

Chenonceau est saisi et adjugé début 1889 au Crédit Foncier. C’est ainsi que l’établissement en devint propriétaire pendant deux ans, le temps de lui trouver un acquéreur à un prix raisonnable.

Et en même temps…

Chambord

Édifié à partir de 1519 en Loir-et-Cher à la demande de François Ier, Chambord n’est pas conçu pour être une résidence permanente. Le château est bâti plutôt comme un symbole du pouvoir royal et afin de cultiver l’image du prince architecte. Véritable chef-d’œuvre architectural, le plan du château et ses décors ont été conçus autour d’un axe central : le fameux escalier à double révolution, inspiré par Léonard de Vinci.

Cheverny

Édifié durant le règne de Louis XIII en 1635, le château de Cheverny, en Loir-et-Cher, appartient depuis six siècles, à la famille Hurault. En effet, les terres du château furent achetées en 1490 par Henri Hurault, trésorier militaire du roi Louis XI, dont le propriétaire actuel, le marquis de Vibraye, est le descendant. Le château est remarquablement conservé : on y retrouve en effet l’agencement d’époque et un ensemble exceptionnel de mobilier, d’objets et de souvenirs de famille.

Amboise

Pendant la Renaissance, sous le règne des rois de France, Charles VIII, Louis XII et François Ier, la forteresse médiévale d’Amboise devient une résidence royale. De nombreux artistes européens y séjournent, comme Léonard de Vinci, installé au Clos-Lucé, non loin de là. Il y mourut en 1519. Le château fut aussi le théâtre de la « conjuration d’Amboise » en 1560, une tentative d’enlèvement manquée de la personne du roi François II, prélude aux guerres de religion.

En toute indiscrétion

À cheval

Durant la première partie de l’Occupation, avant l’invasion de la zone sud en novembre 1942, Chenonceau se retrouve à cheval sur la ligne de démarcation, avec un côté en zone occupée et l’autre en zone libre.

Un château de légende

On surnomme le château d’Ussé, « le château de la Belle au bois dormant », car il est connu pour avoir été mis en scène par Charles Perrault, dans son célèbre conte du même nom.

Tout ça… pour ça !

Chambord a été construit par et pour François Ier. Pourtant, ce dernier n’y passera, en tout, que 72 jours !

Question de taille

Le château de Brissac n’est sans doute pas le plus connu des châteaux de la Loire, mais avec ses sept étages et ses 48 mètres, il détient le record du château le plus haut de France.

Le regard de Pascal Bonnefille, Directeur de la publication d’Immoweek

Visiter un château privé ? À la fin du XIXe siècle, en France, la question est encore incongrue.
À Chenonceau, la décision est prise par le Crédit Foncier, devenu propriétaire en 1889, d’ouvrir la merveille du Val de Loire pour vingt sous ! Les visiteurs peuvent donc admirer cette merveille du patrimoine français, qui doit tant aux femmes : il a été construit sur les ruines d’un château médiéval, enrichi par la belle Diane de Poitiers, agrandi par Catherine de Médicis puis véritablement sauvé par Louise Dupin lors de la Révolution et enfin restauré au XIXe siècle par Marguerite Pelouze. Mais l’établissement financier n’a pas vocation à conserver ce fleuron du patrimoine français et le revend, avec une belle plus-value deux ans plus tard à un flamboyant cubain, banquier lui-même. La famille Terry conservera le château jusqu’en 1913, date de l’achat par la famille Menier, aujourd’hui encore propriétaire. Et cette famille de la bourgeoisie industrielle française (le chocolat éponyme eut son heure de gloire) va véritablement transformer la belle endormie et en faire le château privé le plus visité de France. Il est juste aujourd’hui de saluer l’action de Laure Menier, qui dirige cette « maison » avec détermination et talent : une femme à nouveau, qui rend le surnom de « château des Dames » toujours valable au XXIe siècle. On se joindra donc avec joie aux près de 800 000 visiteurs qui apprécient le château, la galerie sur le Cher, les jardins… La phrase de George Sand « Chenonceau est une merveille » reste d’une criante actualité.

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