« Les global cities d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les villes-monde d’hier », Saskia Sassen, sociologue et économiste

Professeur à l’université Columbia et à la London School of Economics, Saskia Sassen est l’une des spécialistes les plus réputées des global cities. Qui, mieux qu’elle, pouvait expliquer ce phénomène au micro d’Andréane Meslard ?

Les 14 et 15 février 2019, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris organisait le tout premier forum des Global Cities Makers. Réinventer l’alimentation, les transports, l’approvisionnement, le travail ou la gestion des déchets dans la ville de demain… voilà un programme alléchant, mais qui mérite tout d’abord une question : c’est quoi, une global city…?

Saskia Sassen est toute disposée à nous apporter la réponse : cette sociologue d’origine néerlandaise est l’une des spécialiste les plus renommée de ce phénomène, auteur notamment de The Global City : New-York, London, Tokyo. Dans un français fluide, elle explique d’abord que le terme de global city désigne à la fois une ville en tant que telle, mais aussi les éléments qui la constituent : « Une global city est non seulement un terme générique, mais il peut aussi définir les caractéristiques qui font des grandes métropoles des villes-monde », explique-t-elle. D’après Saskia Sassen, on peut aussi définir une global city comme étant une ville qui accueille à la fois des lieux de pouvoir, mais aussi des classes moyennes et des citoyens pauvres.

Dubaï, l’exemple parfait

Instinctivement, on pourrait croire qu’une global city aujourd’hui est une ville qui rayonnait déjà sur le monde il y a plusieurs siècles. Il n’en est rien. Ainsi, pour Saskia Sassen, l’exemple de la global city absolue est… Dubaï ! « C’est un exemple très intéressant, développe-t-elle. Dubaï est une ville globale et uniquement globale, elle a été construite dans ce seul but, on on a donc l’exemple d’un espace qui n’était rien et où tout a été construit en poursuivant cet objectif ! »

La chronologie des global cities est d’ailleurs fondamentale : « Ce concept n’a rien à voir avec celui des villes-monde, une idée qui existe depuis des millénaires, assène la sociologue. Les termes de global city sont apparus il y a une trentaine d’années, mais cela ne fait que quinze ans qu’ils se démocratisent et que les gens savent les définir ». Ainsi, selon Saskia Sassen, une global city ne peut exister que dans le cadre d’une économie de marché libérale et dérégulée : « Une global city, ce sont des multiplicités de petites entreprises, de pôles très spécialisés de la connaissance, et que l’on peut acheter ! »

Bonne nouvelle, elle insiste enfin sur le fait que les liens entre les global cities ne sont pas uniquement économiques : la culture, et le fait de la partager et de la faire voyager entre une ville et une autre, peut par exemple contribuer à faire émerger une global city : « Il y a des régions pauvres de l’Inde qui sont ainsi connectées à Los Angeles, conclut la sociologue, juste parce qu’on y trouve le même type de musiciens ! »

 

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