Karl Lagerfeld : l’habit fait le patrimoine

« Je déteste les riches qui vivent au-dessous de leurs moyens », les mots de Karl Lagerfeld prononcés dans l’Express en 1999 résonnent encore aujourd’hui.

Lunettes noires, cheveux nacrés noués en catogan, costume noir et mitaines en cuir… le style de Karl Lagerfeld restera dans les mémoires, reconnaissable entre mille. Le créateur, directeur artistique de la maison Chanel pendant 36 ans, décédé mardi 19 février à l’âge de 85 ans, laisse aussi derrière lui beaucoup de mystère, peu de murs et un chat multimillionnaire. « Elle a sa propre petite fortune, c’est une héritière: s’il m’arrive quelque chose, la personne qui s’en occupera ne sera pas dans la misère », voilà ce que confiait le créateur, allemand de naissance, dans le divan de Marc-Olivier Fogiel en 2015. Toutefois, le droit français ne permet pas de léguer quoi que ce soit à un animal, l’animal n’étant pas considéré comme une personne physique et juridique.

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Toutefois, Karl Lagerfeld précise bien « la personne qui s’en occupera » dans sa réponse au journaliste, ce qui sous-entend qu’il pourrait avoir crée une fondation à qui toute la fortune pourrait revenir et qui pourrait prendre en charge l’animal. Le cas du créateur mondialement connu ne fait pas figure d’exception dans le domaine puisque d’autres animaux ont été désignés comme légataires officiels, par exemple les cinq chiens de la présentatrice américaine Oprah Winfrey, d’ores et déjà désignés comme héritiers de la fortune de la star. Sauf qu’aux Etats-Unis, c’est légal.

Un appartement à son image

Mis à part concernant les affaires privées de sa chatte Choupette et outre ses quelques déclarations surprenantes, Karl Lagerfeld n’était pas très bavard concernant ses lieux de vie et son intimité. Le 19 février 2019, jour de la mort du créateur, le site internet du magazine « AD », spécialisé en design, décoration et lifestyle, a publié un article sur le nid parisien de Karl Lagerfeld. Dans cet article on peut découvrir les photos d’un luxueux appartement situé quai Voltaire, sur la rive gauche. A l’intérieur on peut découvrir un mobilier futuriste aux teintes de blanc, noir, gris, métallisé et une décoration minimaliste.

200 millions de francs de meubles vendus chez Christies

En 2000, le journal Libération raconte l’incroyable vente aux enchères d’une partie du mobilier et oeuvres d’art, « style rococo intellectuel » de Karl Lagerfeld lors de l’inauguration du siège parisien de la société de vente aux enchères britannique Christies. « L’ensemble est estimé à plus de 200 millions de francs » écrit le journal à l’époque (soient environ 30 millions d’euros). L’un des lieux de vie du couturier dans la capitale était l’Hôtel Pozzo Di Borgo, auparavant nommé « Hôtel Soyeux », que Karl Lagerfeld louait en partie, et où il avait notamment fait installer ses appareils de musculation, comme nous le raconte Vanity Fair.

Le Palais Pozzo di Borgo, situé rue de l’Université à Paris, où Karl Lagerfeld avait quelques-uns de ses quartiers.

Outre ses adresses parisiennes, le créateur a également vécu à Monaco, notamment dans les années 1990. La villa « La Vigie » fut notamment son lieu de résidence pendant près de dix ans. Située au coeur d’un parc et sur des hauteurs, la villa offre une vue panoramique sur la Méditerranée, Monaco et la baie de Roquebrune-Cap-Martin. Comme l’indique le site de « Monte-Carlo Société des Bains de Mer », qui en est aujourd’hui propriétaire, la villa est disponible à la location, pour divers évènements. Karl Lagerfeld possédait également une bâtisse à Hambourg, son lieu de naissance en Allemagne, mais il s’en est séparé avant les années 2000. Il a aussi eu un pied à terre à New-York, ou encore à Biarritz dans le sud de la France. « Je déteste les riches qui vivent au-dessous de leurs moyens » avait déclaré Karl Lagerfeld en 1999 au magazine l’Express. On peut dire qu’il a parfaitement suivi ce credo toute sa vie.

La villa La Vigie, située à Monaco, a été la propriété de Karl Lagerfeld pendant dix ans (crédit photo : Monte-Carlo Société des Bains de mer).

Quelques petits soucis fiscaux

Oui, mais chaque génie a une médaille à deux faces. Karl Lagerfeld n’aurait pas toujours eu une fiscalité irréprochable, comme le raconte l’Express en 2016. A cette époque, le ministère de l’Economie s’interroge sur la possible omission d’au moins 20 millions d’euros de revenus dans sa déclaration. De plus, Karl Lagerfeld aurait dissimulé des revenus engrangés par certaines de ses activités, via des sociétés basées en Irlande, pays dont la fiscalité est flexible, et aux Îles Vierges Britanniques. En 1999 déjà, le créateur a fait l’objet d’une enquête pour non paiement d’une partie de ses impôts. Dans Libération, toujours en 2000, le journaliste Vincent Noce écrit, concernant une autre vente aux enchères effectuée par le créateur à Monaco cette fois, que Karl Lagarfeld « s’était déclaré comme résident monégasque, alors que l’administration n’a guère eu de mal à démontrer qu’il passait son temps entre ses différentes résidences françaises ». Bien essayé.

© Andreane Meslard
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