« Il serait temps que les femmes investissent dans l’immobilier », Alexandre Fitussi

Alexandre Fitussi, co-fondateur de Beanstock, start-up spécialisée dans l’investissement locatif, fait le constat que les femmes se lancent encore rarement dans l’investissement immobilier, voire s’intéressent peu aux placements en général.

Alexandre Fitussi

© adobestock

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En France, les femmes sont sous-représentées dans l’investissement locatif. Si l’on inclut celles qui investissent en couple, elles ne représentent qu’un tiers des bailleurs. Si on se limite aux femmes qui investissent seules uniquement, ce ratio tombe à une sur cinq.

Ce constat sur l’investissement locatif s’applique également au monde des business angels. Lorsque avec Emma Malha mon associée, nous avons voulu lancer notre première opération de levée de fonds, nous avions des dizaines de candidats masculins à l’investissement dans ce tour, mais aucune femme. Nous avons alors activé notre réseau et rencontré quelques femmes. Trop peu sans doute.

Mais le résultat est sans appel : aucune d’entre elles n’a été convaincue par cette opportunité. Une tendance qui semble généralisée à toutes les classes d’actifs. Selon l’application d’investissements boursiers eToro, seuls 11% de ses utilisateurs sont des femmes. 

Comment expliquer cette réalité ? Certains articles, pour les plus sobres, jettent la pierre sur les écarts de salaire. D’autres, plus imaginatifs, prétendent que c’est parce que les produits financiers sont créés par des hommes pour des hommes. Selon cette hypothèse, les femmes auraient des sensibilités différentes à certains sujets (environnement, diversité, etc.) et ne se retrouveraient pas forcément dans l’offre proposée.  D’autres vont plus loin et se risquent à des constats moins politiquement corrects : les femmes sont plus prudentes car moins égoïstes que les hommes et donc plus attentives aux actifs sans risque comme les comptes d’épargne.

Sur ces trois angles d’analyse, je ne m’aventurerai pas à donner mon avis. Je vous laisse en décider. En revanche, j’aimerais en apporter un de plus.

  • Les femmes continuent toujours d’entendre qu’elles sont des femmes, tout au long de leur carrière. Elles restent un « sujet » en soi. Dans les affaires professionnelles, les hommes, eux, existent rarement en tant que groupe. Or, l’investissement est un sujet fondamentalement individuel.
  • Les femmes doivent surmonter des siècles de machisme professionnel. « Chaque combat en son temps », pourrait-on répondre. On peut être très heureux de voir des femmes occuper certains postes de direction ou rejoindre les bancs de certaines grandes écoles traditionnellement monopolisés par les hommes, mais chacun voit bien que cette lutte est toujours un sujet d’actualité.

Parvenir à l’égalité des rémunérations et la parité au sein des conseils d’administration, des grandes écoles et des partis politiques sont des causes très nobles. Mais elles relèvent exactement des mêmes problèmes auxquels sont confrontées les femmes vis-à-vis de l’investissement et de la nécessité pour elles de se constituer un patrimoine et accroître leur épargne. Il est urgent d’ajouter ce combat à cette (longue) liste.

Nous serions d’accord pour dire qu’il est très regrettable de nommer une exigence aussi évidente « combat » ou « lutte ». Mais nous en sommes là. Ce combat commence dès aujourd’hui.

Cependant, je conclurai cette chronique avec une bonne nouvelle : 45% des investisseurs de Beanstock sont des femmes. Il reste encore du chemin à parcourir, mais nous approchons de la parité. Et ce n’est que le début.