Chine : Baisse surprise des taux d’intérêts pour relancer l’économie et l’immobilier

La Banque centrale chinoise a abaissé lundi plusieurs de ses taux directeurs pour soutenir une économie éprouvée par les restrictions anti-Covid et une crise de l’immobilier, après des indicateurs décevants en juillet.

L'enseigne Evergrande a été enlevée du sommet de cet immeuble en partie inoccupé de Shanghai

© HECTOR RETAMAL AFP

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La deuxième économie mondiale avait connu en juin un rebond de l’activité après la levée de nombreuses restrictions sanitaires en particulier à Shanghai, la capitale économique, confinée durant deux mois au printemps.

Mais cette reprise reste fragile et tributaire d’une politique sanitaire dite « zéro Covid », qui pèse sur l’économie avec des confinements et des mises à l’arrêt inopinées d’entreprises dès la découverte de cas positifs.

Pour soutenir l’activité, la Banque centrale a abaissé lundi de manière inattendue ses taux de refinancement des banques (Repo).

Le taux à sept jours a été fixé à 2% (contre 2,10% auparavant), tandis que celui à un an est abaissé à 2,75% (contre 2,85%).

L’objectif est d’accroître les liquidités pour les banques et in fine de les pousser à accorder davantage de crédits pour soutenir l’activité.

« Il n’est toutefois pas certain que cela suffise« , estime l’analyste Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

L' »incertitude » causée par les restrictions anti-Covid et la « perte de confiance » dans le marché immobilier sont les principaux freins à la reprise, fait remarquer M. Evans-Pritchard.

L’ immobilier à la peine

D’autant que la Chine est confrontée ces dernières semaines à un rebond épidémique, certes limité en terme de cas mais qui touche désormais de nombreuses provinces.

Des dizaines de milliers de touristes sont notamment confinés sur l’île tropicale de Hainan (sud), une destination très prisée en Chine à cette période de l’année.

Des restrictions touchent également la ville de Yiwu (est), connue pour son immense marché de marchandises destinées à l’exportation.

Ce rebond épidémique s’ajoute aux difficultés qui pesaient déjà sur l’économie chinoise: consommation atone, tour de vis de Pékin contre plusieurs secteurs dynamiques dont celui de la tech, essoufflement de l’économie mondiale mais aussi crise de l’immobilier.

En juillet, les prix des logements neufs se sont de nouveau contractés (-0,9% sur an), selon des chiffres du Bureau national des statistiques (BNS) portant sur une moyenne dans 70 villes.

Criblés de dettes, nombre de promoteurs peinent à convaincre de nouveaux acheteurs et pour certains à poursuivre leurs chantiers.

Un nombre croissant de propriétaires furieux refusent par ailleurs de payer leurs mensualités, au risque d’aggraver la situation du secteur.

L’immobilier, qui pèse plus du quart du PIB de la Chine, a longtemps servi de moteur à la croissance.

La croissance économique entravée

La détérioration de ce secteur et le risque de nouvelles restrictions liées au Covid entraveront « considérablement » la croissance au second semestre, prévient l’économiste Ting Lu, de la banque Nomura.

Déjà au deuxième trimestre, le pays avait affiché une hausse du PIB de seulement 0,4% sur un an, sa pire performance depuis 2020.

Puis en juillet, les ventes de détail et la production industrielle ont connu un ralentissement inattendu, a annoncé lundi le BNS.

Les ventes de détail, principal indicateur des dépenses des ménages, ont progressé de 2,7% sur un an, contre 3,1% en juin.

Des analystes anticipaient au contraire une accélération (+5%), à la faveur d’une reprise de l’activité dans le pays, lourdement pénalisée au printemps par le confinement de Shanghai.

De son côté, la production industrielle s’est affichée en hausse de 3,8% sur un an, mais ce rythme est inférieur à celui de juin (+3,9%) et aux prévisions des analystes (+4,6%).

De son côté, l’investissement en capital fixe a encore ralenti en juillet (à 5,7%). Il s’agit du cinquième mois consécutif de baisse et un autre signe que les perspectives économiques restent moroses.

Quant au taux de chômage, il a légèrement reculé en juillet, à 5,4% (contre 5,5% en juin). Mais il a fortement augmenté chez les 16-24 ans, à 19,9% (contre 19,3% en juin).