Crédit immobilier : L’heure de la revanche des plans d’épargne logement est-elle venue ?

Peu intéressant ces dernières années, le plan d’épargne logement (PEL) a longtemps été mis de côté comme moyen de financer un crédit, son objet initial. Mais ce placement est en passe de prendre sa revanche à la faveur de la remontée des taux.

modèle réduit de maison posé sur une calculatrice

© adobestock

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Le marché immobilier est confronté depuis le début de l’année à une remontée rapide des taux d’emprunt, dans le sillage des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE): de 1,10% en moyenne fin décembre dernier à 1,68% en septembre, au dernier pointage de la Banque de France.

Pas partie pour s’arrêter – la profession constate déjà 2,05% en octobre – cette remontée va tôt ou tard rendre attractif le taux de crédit adossé aux PEL signés depuis août 2016, à 2,20%.

« Compte-tenu de la remontée des taux, la garantie de pouvoir se financer à 2,20% dans cinq à dix ans est une option intéressante« , admet auprès de l’AFP Pierre-Yves Godard, directeur commercial du Crédit Agricole Nord de France.

Le Plan d’épargne logement (PEL) est un produit hybride : il sert à constituer une épargne destinée à l’achat d’un bien immobilier ou à la réalisation de travaux, puis au financement de ce projet.

Il affiche donc deux taux: un premier définissant la rémunération de l’épargne qui y est déposée (1% brut depuis le 1er août 2016) et un second bloquant un taux d’emprunt, de 1,20% supérieur (depuis le 1er février 2015), pour les 15 années à venir.

Objectif détourné

« Depuis 10 ans, le PEL n’avait plus beaucoup d’intérêt sur son côté crédit », puisque les taux du marché immobilier étaient bas par ailleurs, relève Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, interrogé par l’AFP.

A tel point que la vénérable Cour des Comptes estimait en septembre que le PEL était « détourné de l’objectif historique d’accession à la propriété pour devenir un produit d’épargne de long terme« .

Contrairement à d’autres produits réglementés comme le Livret A, les taux d’un PEL restent ceux en vigueur le jour de la signature, permettant au détenteur de « bloquer » un taux.

Ils sont cependant recalculés chaque année par la Banque de France, au plus tard le 5 décembre.

« Le nouveau taux est applicable le premier jour du mois suivant sa publication« , précise la banque centrale. Si elle a bien lieu dans la foulée, le nouveau taux s’appliquera donc au 1er janvier.

Selon les premières estimations, le rendement de l’épargne d’un PEL pourrait retrouver les 2% et celui du taux du crédit devrait donc passer la barre des 3%.

Haro sur les vieux PEL

Le PEL est cependant soumis à des règles strictes. Le montant maximum de l’emprunt est de 92.000 euros, et il ne peut se faire qu’au minimum trois ans après l’ouverture du contrat.

Le montant empruntable peut être inférieur puisqu’il est aussi fonction des intérêts obtenus. La prime d’Etat, longtemps associée à ce plan, a par ailleurs été supprimée pour les contrats souscrits depuis 2018.

A fin 2021, le nombre de PEL s’élevait à 12,2 millions, selon les données de la Banque de France, pour un encours total de 296,1 milliards d’euros.

Si les PEL signés avant la revalorisation à venir des taux pourraient bientôt devenir avantageux côté crédit, les plus anciens le sont toujours côté épargne, au grand dam des banquiers et de la Cour des Comptes.

« Ceux qui ont des vieux PEL n’ont pas du tout l’intérêt de les fermer« , estime M. Crevel. Les PEL ouverts avant 1994 offrent par exemple des rendements supérieurs à 4%.

Dans un rapport publié début septembre, la Cour des Comptes associait les vieux PEL à une « véritable rente, au bénéfice notamment de détenteurs âgés détenant des encours élevés« , recommandant même « de réfléchir à un dispositif de suppression« .