Immobilier : Face à l’exode des habitants, la mairie de Paris accélère

Chasse aux loyers abusifs, futur plan local d’urbanisme (PLU), développement des loyers dits « abordables »: confrontée à un exode de ses habitants, la mairie de Paris multiplie les armes afin de créer du logement ou maîtriser les loyers dans la capitale.

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Entre 2014 et 2020, 12.400 habitants en moins par an: « les Parisiens sont toujours plus nombreux à déménager », et ces départs « sont notamment motivés par le coût élevé du logement » et « l’offre réduite de logements de grande taille pour les familles« , affirme l’Insee dans un rapport publié fin décembre.

« La situation serait bien plus difficile sans notre politique« , rétorque à l’AFP Ian Brossat, l’adjoint communiste de la maire (PS) Anne Hidalgo, pour qui le logement reste une « priorité absolue ».

Encadrement des loyers: « serrer la vis »

Nouveauté de la rentrée, la ville peut contrôler à la place du préfet l’encadrement des loyers en vigueur depuis juillet 2019 dans la capitale.

Concrètement, la mairie a lancé une plateforme où les locataires pourront signaler un loyer trop élevé, ensuite instruit par la mairie qui mettra le propriétaire en demeure afin qu’il diminue le loyer et restitue les trop-perçus. Sans mise en conformité, la mairie pourra lui infliger une amende.

Mais pour l’élu LR Jean-Baptiste Olivier, ce renforcement des contrôles, ajouté à la hausse de la taxe foncière et à l’interdiction progressive de louer les passoires thermiques, prévue par la loi, risque d’engendrer un « effet pervers » avec « moins de logements sur le marché« .

Mesures anti-Airbnb: objectif atteint

Depuis janvier 2022, tout changement d’usage d’un commerce en meublé touristique est soumis à autorisation de la mairie et les logements transformés en locations touristiques doivent faire l’objet d’une double, voire d’une triple compensation en surface.

Un an plus tard, M. Brossat fait le bilan d’un « effet extrêmement dissuasif« , avec le rejet d’une grande majorité des demandes de changement de commerces en meublés touristiques.

Les préemptions vont continuer

En décembre, le compte foncier logement de la ville pour 2023 a été abondé de 148 à 200 millions d’euros afin « d’augmenter la capacité à acquérir des immeubles et à faire du logement social par ce biais », résume Ian Brossat.

Solution à la raréfaction des emprises disponibles dans la capitale, les préemptions ne sont pas du tout du goût de l’opposition de droite, Jean-Baptiste Olivier jugeant qu’il s’agit d’une « erreur politique grave » dans une ville lourdement endettée.

En préemptant, « on réduit les possibilités de logements privés, (…) le prix du mètre carré va augmenter et ce sera de plus en plus la ville des très aisés« , vitupère l’élu de droite. « Il faudrait mieux réhabiliter l’existant et revoir les systèmes de chauffage qui en ont bien besoin« , ajoute M. Olivier.

Un PLU façonné « logement public »

Ayant quasiment atteint son objectif de 25% de logement social pour 2025, la mairie se fixe désormais, à l’horizon 2035, 30% de logement social et 10% de logement « abordable », c’est à dire « 20% en-deçà du prix du marché, pour les classes moyennes », selon Ian Brossat.

Pour cela, il compte renforcer encore l’obligation pour tout nouvel immeuble de logements d’intégrer au moins 30% de logement social.

Les futurs immeubles de bureaux seraient aussi obligés d’intégrer « une part de logements (…), et sur celle-ci, une part de logements sociaux« , affirme-t-il.

La majorité de gauche compte aussi instituer des « zones de grand déficit de logement social »: les nouveaux immeubles de logements créés dans les micro-quartiers comptant « moins de 10% de logements sociaux » devront être consacrés à 50% au logement social.

L’élu communiste mise enfin sur les « réserves », des immeubles du secteur tertiaire où la mairie pourra inciter le propriétaire, à l’occasion d’un nouveau permis de construire, à « la transformation en logement, notamment social ».

Le BRS, balbutiant mais symbolique

Avec 90 nouveaux logements commercialisés en 2023, le bail réel solidaire (BRS), qui permet à un particulier de devenir propriétaire du bâti mais pas du foncier, n’en est qu’à ses débuts.

Mais avec un millier de logements en projet, « l’idée est de monter en puissance« , souligne Ian Brossat, partisan de ces logements vendus à moitié prix, et qui veut développer cette catégorie dans le nord-est parisien, excédentaire en logements sociaux.

Par My Sweet Immo avec AFP