« La reprise a été spectaculaire. Mais, est-ce un feu de paille ou une reprise durable ? », Laurent Vimont, Century 21

Laurent Vimont, président de Century 21 est l’invité d’Alexis Thiebaut au micro de Mon Podcast Immo.

Mon podcast Immo se tourne vers l’avenir. Quel visage aura demain le secteur de l’immobilier en France ? Quelles leçons les grands acteurs ont-ils tiré de cette crise ? Qu’est ce qui va changer ? Laurent Vimont, président de Century 21 a répondu aux questions d’Alexis Thiebaut.

Comment se passe le déconfinement chez Century 21 ?

Plutôt très bien. La reprise a été spectaculaire. Depuis le 11 mai, on a enregistré un nombre de ventes, d’estimations et de mandats extrêmement important. Pour l’instant, je suis favorablement surpris par ce qui se passe. Je m’attendais à une reprise plus progressive. Nous avons eu la bonne idée pendant le confinement de mettre le réseau sous tension avec des plans d’action hebdomadaires. Et le résultat, c’est que la semaine d’avant le déconfinement, les agences ont pu prendre des rendez-vous et que ces rendez-vous se sont transformés en transactions. Reprise forte donc. Toutefois, une seule question se pose : est-ce un feu de paille ou une reprise durable ?

Le bilan de ce confinement

D’abord, je constate que l’or noir de la profession, les data, ont une véritable valeur si elles sont exploitées quotidiennement par les agences, les conseillers… Et dès l’instant où ces bases de données sont travaillées correctement, elles permettent de redémarrer très vite, car elles permettent d’identifier des clients qui ont des projets, des clients que l’on va rappeler à chaud et qui sont prêts à passer à l’acte. Nous avons passé beaucoup de temps à convaincre chaque agence qu’il était extrêmement important de faire ce travail de tri et de « transformer les pépins en pépites ». Toutes les agences qui ont passé du temps à remettre ces bases à niveau ont eu des performances absolument incroyables.

Ce que la crise a changé au métier

Ce confinement m’a convaincu un peu plus que le digital sans le physique n’est rien. Ce métier est un métier dans lequel le digital et le physique sont indissociables. Si on fait le bilan des deux mois, globalement, il ne s’est quasiment rien passé, malgré les visites virtuelles, malgré les signatures à distance, etc. C’est un métier de contact absolu. Et ces contacts, on peut les optimiser, mieux les organiser grâce au digital. Mais le principal enseignement, c’est que tous les grands sachants du digital m’avaient expliqué qu’on n’avait pas tout compris, qu’on était l’ancien monde. Bizarrement, l’ancien monde ne se porte pas si mal que ça.

Tout va recommencer comme avant ?

J’ai peur que ça recommence comme avant. Parfois en pire. Parce que les habitudes ont la vie dure et que, une fois déconfiné, chacun reprend le rythme de sa vie avec ses qualités et ses défauts. Moi, je ne pense pas qu’il y ait un « après covid » dans l’exercice du métier. Il y a une prise de conscience qui est éphémère, mais globalement, j’ai le sentiment que les choses vont redémarrer comme avant. J’ai bien peur que les mauvais gestes ou mauvais comportements reviennent assez rapidement.

Quelles leçons vous tirer de cette crise ?

D’abord, que nous avons une équipe fantastique et que je suis entouré de gens absolument incroyables. On a produit en l’espace de huit semaines un travail titanesque, que ce soit sur les plans d’action, sur les notes réalisées, sur le chômage partiel, le télétravail… Et puis, le réseau a été guidé, accompagné et soutenu par une équipe de consultants formidable qui a appelé chaque jour tous les patrons d’agence. Cela m’a conforté dans l’idée que j’avais une équipe extraordinaire qui n’a ménagé ni son temps, ni sa sueur, ni ses heures pour être à côté de nos partenaires.

Après, à titre personnel, je ne suis pas convaincu que travailler le télétravail remplace tout. J’ai une équipe que j’ai besoin de voir, avec qui j’ai besoin de discuter en face à face. On a repris nos bonnes habitudes de réunions physiques parce que les visio, c’était épuisant. Même si c’est moins long qu’une vraie réunion, cela reste fatiguant et ça ne remplace pas pour moi la réunion traditionnelle. On fera surement évoluer nos réunions, des réunions moins longues avec moins de personnes.

À titre personnel, ce fut une expérience intéressante parce que cela m’a permis de réfléchir, de laisser vaquer mon imagination, ce que je ne faisais plus assez depuis des années, de me régénérer et de repartir avec plein d’idées nouvelles en tête. Par ailleurs, je crois que cette crise va permettre de faire le tri : ceux qui n’ont pas le niveau, ceux qui n’ont pas la vocation, ceux qui n’ont pas l’envie, ceux qui sont là un peu par hasard vont devoir changer de métier.

Quel regard portez-vous sur l’action en justice initiée par le CSN contre la FNAIM ?

Ce n’est pas le moment. Je sais qu’il y a eu entre Jean-Marc Torollion et Jean-Christophe Humbert un contentieux ouvert, que les choses ont été faites peut-être de façon un peu maladroite, et que l’on a vexé nos amis notaires qui se sont peut-être un peu vengé avec cette procédure. Mais ce n’est pas le moment que la famille immobilière expose un contentieux au grand public. Il faut au contraire se serrer les coudes. Ce n’est pas le moment de se battre. Il faut de l’unité et je trouve dommage que soit porté sur la place publique ce conflit qui ne fait grandir absolument personne, alors que nos clients ont besoin de nous. Ils ont besoin de toute la chaîne immobilière, de la promotion en passant par la transaction, la gestion, le syndic, les métiers de l’immobilier et de nos amis notaires. Je trouve dommage qu’on en arrive à exposer sur la place publique à un conflit sur un insigne. C’est la réponse du berger à la bergère.

Alexis Thiebaut : Journaliste
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