Immobilier et crise sanitaire : Se loger en France en 2020, un besoin non essentiel !

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© adobestock

Jean-Luc Brulard, agent immobilier de proximité s’adresse aux gouvernants : « De grâce, permettez, au plus grand nombre de pouvoir visiter, afin de pouvoir se loger sans plus attendre. »

J’écris cette tribune en ce mercredi 11 novembre, reconfiné à mon domicile, comme beaucoup, et avec 3 sentiments majeurs :

  • Un faible espoir que le 1er Ministre annoncera demain soir des dispositions adaptées pour permettre à tous les gens qui en ont besoin de pouvoir se loger au plus vite,
  • La tristesse de voir une nouvelle fois, notre Agence immobilière, notre commerce de proximité, fermé et notre impossibilité d’assurer notre activité au service de nos clients,
  • Mais aussi une forme de désespérance à constater que se loger n’est pas, dans l’esprit de nos gouvernants un besoin essentiel !

En effet, si aujourd’hui nous pouvons accomplir la plupart de nos tâches, à domicile ou pour les quelques déplacements autorisés, les visites, maillon essentiel de la chaîne du logement, en vente ou location sont interdites : autant dire impossible d’accomplir notre mission et, pour les clients de concrétiser leur achat, leur vente ou leur location.

Car, prétendre que les moyens digitaux, visites virtuelles etc…, permettent de maintenir l’activité c’est faire preuve de mauvaise foi, ou bien d’une surprenante ignorance : peut-être que nos gouvernants et hauts-fonctionnaires s’installent dans leur spacieux logement de fonction dans les beaux immeubles bourgeois parisiens sans les avoir visités au préalable, mais tel n’est pas le cas de tous les autres, les simples citoyens qui doivent payer et s’endetter pour se loger durablement.

Se loger, c’est avant tout un projet de vie, qui s’inscrit dans un cadre de vie : personne ne s’engage sans avoir visiter physiquement le logement auquel il aspire : il a besoin de le voir, de l’écouter, de la sentir, et même de le ressentir. Qui me contredira ?

Et prétendre qu’une visite, organisée par un professionnel dans le respect des règles sanitaires (car il en est responsable, contrairement au simple particulier), avec une ou deux personnes (et pourquoi pas en l’absence du propriétaire le temps de la visite, on sait faire), contribuerait à faciliter la transmission de ce fichu virus serait purement spécieux. Qui me contredira ?

Sans verser dans un quelconque discours complotiste, je n’en suis pas moins convaincu que, mis à part les commerces de première nécessité dont l’ouverture est évidente, un certain nombre d’activités autorisées, sont comme toujours le résultat de négociations discrètes, et du poids de certains lobbies.

Mais, pire encore à mes yeux, qualifier le besoin de se loger comme non essentiel c’est illustrer la place que tient le logement – et le droit au logement – dans l’esprit de nos gouvernants et ce, depuis quelques décennies… expliquant ainsi la vraie raison du mal-logement, les millions de situations que le rapport de la Fondation Abbé Pierre nous rappelle chaque année.

Ainsi dans notre beau pays qui se revendique des Droits de l’Homme et des Lumières :

  • On peut toujours aller acheter un téléphone portable, mais se loger est non essentiel,
  • On peut toujours aller acheter ses outils de jardinage (pour ceux qui ont la chance d’avoir un jardin), mais se loger est non essentiel,
  • On peut construire, mais pas se loger,
  • Les banques sont ouvertes : les affaires d’argent sont essentielles, mais pas se loger,

La liste est longue, trop longue, scandaleusement longue….

Alors, Mesdames et Messieurs les Gouvernants, c’est non seulement une question de cohérence mais, au-delà, une vision de notre société qui est en jeu.

Il n’est pas trop tard : si vous redressez la barre, si vous admettez de revoir votre hiérarchie des priorités, on ne vous en voudra pas ; on admettra que ces quelques semaines supplémentaires d’interruption de la chaîne du logement, sont le fait de l’ignorance, ou d’un simple faux pas lié à l’urgence.

Mais si vous persistez à empêcher, à retarder, la possibilité de se loger, nous serons nombreux à vous le reprocher, comme un choix de société assumé, comme une volonté de faire, encore une fois, passer le logement au second plan.

De grâce, permettez, même dans des conditions contraintes parce que sécurisées, au plus grand nombre de pouvoir visiter, afin de pouvoir se loger sans plus attendre.

 

Jean-Luc Brulard est Agent immobilier de proximité, MRICS
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