Montée des mers : « Organiser le déménagement des constructions les plus exposées »

Pour Stéphane Costa, professeur à l’Université de Caen et référent scientifique de la stratégie nationale de gestion du trait de côte, il est urgent de s’intéresser aux conséquences de la montée des océans loin dans les terres.

Vue aérienne de maisons à Veulettes sur Mer avec la mer au fond

© adobestock

Veulettes sur mer en Normandie.

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Organiser le déménagement des constructions les plus exposées à la montée du niveau des mers est « urgent » car la tâche est immense face à un phénomène qui va se répercuter « loin dans les terres », estime Stéphane Costa, professeur à l’université de Caen et référent scientifique de la stratégie nationale de gestion du trait de côte.

Le changement climatique est-il déjà à l’origine d’une montée du niveau des océans ?

Stéphane Costa : Oui. L’élévation du niveau des mers s’accélère très clairement. Il y a encore 30 ans, elle était en moyenne à l’échelle planétaire de l’ordre d’1,8 mm par an. Aujourd’hui, on est plutôt à 4 voire 5 mm par an sur certains secteurs dans le monde. On est sur une tendance à + 1 m pour 2100. Vous allez avoir des franchissements par la mer, des phénomènes d’érosion exacerbés. Les plages affichent déjà des reculs parfois métriques à plurimétriques en moyenne par an.

Que faire ? Eriger des digues ?

Stéphane Costa : Dans les secteurs très fortement urbanisés on peut investir dans des ouvrages mais c’est pour se donner du temps. Car ces ouvrages impliquent de lourdement investir pour les mettre en place, pour les entretenir et ils font à terme disparaître la plage qui est le meilleur tampon protecteur contre l’assaut des houles. L’idée est plutôt de sortir des zones à risques. Ce repli est difficile financièrement mais aussi juridiquement, socialement et donc politiquement. On déplace des populations. Il y a des réticences. Mais la nature ne va pas nous laisser le choix. Est-ce qu’il faut attendre des dégâts voire des morts ou anticiper ? Réparer coûtera beaucoup plus cher que déplacer. Avec le milliard et demi qu’a coûté la tempête Xynthia, on pourrait faire pas mal de choses.

Ce déplacement des populations est-il urgent ?

Stéphane Costa : L’organisation du déplacement d’une commune ou d’une partie d’une commune demande du temps. Il y a donc urgence. Et cette élévation du niveau des mers va se répercuter loin à l’intérieur des terres. Le niveau de la mer sera plus haut que la nappe phréatique donc on peut avoir des intrusions salines qui vont fortement perturber la qualité des masses d’eau. Surtout, les écoulements fluviaux vont être bloqués par un niveau marin plus haut, ce qui va créer une sorte de bouchon au niveau des zones estuariennes et donc une accumulation d’eau qui va augmenter la fréquence et l’intensité des inondations continentales à plusieurs dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres. Des collègues de l’université de Rouen ont montré que dans la vallée de la Seine y compris à Rouen de nombreux sites Seveso pouvaient être affectés par ces inondations générant alors des risques technologiques voire sanitaires.