Michel Ohayon, le serial investisseur immobilier de Bordeaux

Homme d’affaires touche-à-tout mais taiseux, Michel Ohayon a construit depuis Bordeaux un empire immobilier et commercial fragilisé par le récent fiasco de Camaïeu et les inquiétudes actuelles des salariés de Go Sport.

© AFP

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La Grande Récré, Gap France, les cafés Legal sont d’autres marques grand public associées au nom du Girondin Michel Ohayon à travers sa société d’investissement, la Financière immobilière bordelaise, et sa filiale Hermione People and Brands (HPB).

L’homme d’affaires âgé de 61 ans qui s’est toujours fait très discret dans les médias – il n’a pas donné suite aux sollicitations de l’AFP – s’est retrouvé malgré lui sous le feu des projecteurs avec la liquidation retentissante de l’enseigne de prêt-à-porter Camaïeu, qui a laissé sur le carreau plus de 2.000 salariés fin septembre.

Ce sont désormais ceux des magasins Go Sport, tout aussi nombreux, qui s’inquiètent de la situation financière de leur entreprise, sur laquelle le tribunal de commerce de Grenoble se penchera lundi.

Arrivé en Gironde enfant depuis Casablanca, fils de marchands de tissus, Michel Ohayon a fait ses gammes dans l’immobilier et l’hôtellerie de luxe.

A Bordeaux, où il ouvre d’abord une boutique de vêtements dans les années 1980, puis investit dans des locaux commerciaux, il devient propriétaire en 1999 du Grand Hôtel, lieu emblématique de la capitale girondine qu’il rénove avant une réouverture en 2007. Sa première prise de guerre, raflée à une grande famille locale.

Directrice du palace jusqu’en 2010, Nathalie Seiler-Hayez y voit « une pierre supplémentaire » apportée au rayonnement de la ville. « C’était extrêmement visionnaire de sa part« : elle ne tarit pas d’éloges envers Michel Ohayon – comme tous ceux qui acceptent de parler de lui.

Adepte du « commerce en dur »

En 2005, l’intéressé avait fait une entrée fracassante dans le Top 500 des plus grandes fortunes de France, avec une fortune estimée à l’époque à 350 millions d’euros. Il pointait en juillet à la 104e place du classement du magazine Challenges, avec 1,1 milliard d’euros.

Également acquéreur du Trianon Palace de Versailles en 2014 ou du Sheraton de Roissy en 2016, Michel Ohayon ne s’est pas cantonné aux hôtels. Il tente dans les années 2000 d’entrer au capital du groupe de casinos Partouche, plus tard du journal Nice Matin. Il s’intéresse à l’oenotourisme avec le rachat d’un château à Saint-Emilion.

La fin des années 2010 marque son appétit pour le secteur de la distribution. En 2018, il acquiert une vingtaine de magasins Galeries Lafayette en régions, avant d’enchaîner les rachats d’entreprises à la barre du tribunal – Camaïeu, Gap, Go Sport – et d’entrer au capital de l’enseigne de jouets La Grande Récré.

« On s’est mis d’accord très vite pour qu’il vienne en soutien« , se rappelle le PDG, Jean-Michel Grunberg, qui voit en Michel Ohayon « quelqu’un qui raisonne et décide plus vite que d’autres dans ces métiers où il y a toujours un risque« .

Il « croit encore que le commerce en dur a un avenir certain », à condition que les magasins « soient des centres attractifs« , abonde son avocat de longue date, Olivier Pardo.

« Trop gourmand »

En 2019, Michel Ohayon défend dans une rare interviexw, accordée au magazine Forbes, la figure de l’entrepreneur qui « n’a jamais été admiré, ni encensé » en France, selon lui, et qui « maintenant cristallise beaucoup de passions, de crispations ».

Cet automne, la liquidation judiciaire de Camaïeu lui a valu, de fait, la colère des salariés.

« C’est quelqu’un qui parle beaucoup mais il n’y a pas grand-chose derrière« , tacle Thierry Siwik, délégué syndical CGT, pour qui « il n’y a pas eu de vraie gestion de Camaïeu ». Évoquant ses rachats successifs, il estime que Michel Ohayon « a été trop gourmand« .

Pour Jean-Michel Grunberg, sans « une situation de crise économique aussi grave », HPB « aurait fait quelque chose de super » dans un domaine du textile « extrêmement bouleversé ».

A l’annonce de la saisine du tribunal de commerce de Grenoble par l’intersyndicale de Go Sport, la maison mère a assuré que la situation de l’entreprise était « saine ».

Mais les salariés, échaudés par le précédent de Camaïeu, s’interrogent sur leur sort : « Même actionnaire, mêmes effets ? ».

Par My Sweet Immo avec AFP