Immobilier Rentrée : « L’heure de vérité, c’est maintenant ! », Jean-Marc Torrollion, FNAIM

Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM, est notre invité. Il fait le bilan immobilier de l’été et évoque le marché immobilier de demain.

C’est la rentrée… Quel est le bilan de l’été ? Comment envisager le marché immobilier de demain ? Pour en parler, Mon Podcast Immo reçoit Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM.

Comment s’est passé cet été 2020 pour vos adhérents ?

Ça s’est plutôt bien passé. L’été a été dans l’ensemble très actif. Il a été actif en location, en transaction. Il a été un peu moins actif en location saisonnière et c’est un vrai souci. Et puis, nous avons, sur le plan des syndics, eu à rattraper le retard dans notre assemblée générale. Nous travaillons d’arrache-pied à le faire. Donc, bonne activité.

Est-ce que bonne activité veut dire que sur le plan économique, tout va bien. Attention, 13900 PGE ont été accordés dans la branche. Sur l’ensemble de nos adhérents, près de 40% ont pris un PGE. Donc mon inquiétude reste grande parce que je sais que l’activité, si elle a été bonne, a affecté nos trésoreries et a déstructuré nos bilans. Donc, en tant que président d’une fédération patronale, je reste très inquiet pour un certain nombre de mes confrères, sur leur pérennité économique.

Comment appréhendez-vous cette rentrée et les prochaines semaines, les prochains mois ?

Je ne peux pas croire que l’immobilier reste une île de prospérité au milieu d’une ambiance économique qui, au fur et à mesure que le temps passe, s’annonce difficile. Même si on sent la valeur refuge, même si beaucoup de liquidités se dirigent vers le placement immobilier, c’est réservé à une certaine catégorie de Français. Nos primo-accédants sont déjà affectés sur le plan de l’accession. Et je crains aussi une détérioration de la solvabilité de nos locataires. Donc je suis prudent et j’invite nos chefs d’entreprise à être extrêmement prudents également. Même si, incontestablement, l’immobilier apparaît aujourd’hui comme étant parmi l’ensemble des valeurs, la valeur qui s’organise.

Vous dites à vos adhérents d’être prudents. Ça passe par quoi, cette prudence ?

Prudence, ça veut dire faire attention à cette structure de frais. Ça veut dire attention aux embauches. Prudence, ça veut dire également qu’il faut peut-être rééchelonner des modèles de développement en essayant de les étaler. Prudence, ça veut dire qu’avant de vouloir rembourser son PGE, il faut peut-être plutôt l’étaler et garder de la trésorerie. Voilà pour moi ce que veut dire la prudence.

Mais moi, j’ai confiance en nos chefs d’entreprise. Je pense qu’il a une agilité du PME et TPE. L’immobilier, c’est un monde de petites entreprises, voir de très petites entreprises. On sait que les dirigeants sont capables de remettre de l’argent dans leurs entreprises. On sait qu’ils peuvent être résilients. On sait que le modèle de nos structures de frais peut permettre d’accepter une baisse d’activité. Mais au fond, je crois aussi que nos forces de vente étaient dimensionnées pour faire 68% de plus d’un million de transactions. Je pense qu’elles seront surdimensionnées pour 68% de 900.000 transactions. On ne sait pas où va être la jauge. Donc, c’est en ce sens que j’invite nos chefs d’entreprise à anticiper des modifications d’activité.

Vous êtes le président de la FNAIM. Comment avez-vous accueilli les mesures mises en place par le gouvernement pour faire face à cette situation particulière ?

Les mesures qui ont été mises en place par le gouvernement pour accompagner nos entreprises ont été bonnes. Tous ceux qui ont tiré un bilan au 30 juin, un compte de résultat au 30 juin, ont pu remarquer s’ils ont utilisé les mesures de chômage partiel, qu’ils ont réussi à préserver leurs marges et qu’ils ont réussi à préserver à peu près la structure financière de leurs entreprises. Et ce n’est pas propre à l’immobilier. Je pense que c’est propre à toutes nos entreprises.

Sauf que c’est maintenant l’heure de vérité. Cette notion de chômage partiel n’existe plus. Nos structures de coûts fonctionnent à plein régime. Face à ces structures de coûts qui fonctionnent à plein régime, il faut que l’activité réponde. Elle a partiellement répondu, d’une façon satisfaisante ces derniers temps. Mais, le 30 juin, j’ai fait un sondage auprès de nos adhérents 30% avait constaté une baisse d’activité, 33% considéraient que l’activité était stable, ce qui est déjà très bien par rapport au mois de mars. Et on avait 38% qui considéraient que l’activité était en hausse. Il y a de très gros contrastes dans la perception de l’activité en France et je pense que ces contrastes vont s’accentuer. On est loin d’avoir une homogénéité dans la perception de l’évolution du marché. C’est ce qui fait d’ailleurs toute la difficulté dans les prévisions.

On rentre maintenant dans le point dur : c’est la rentrée. C’est la situation économique d’un certain nombre de secteurs qui va affecter la solvabilité de nos acquéreurs et de nos locataires. Je crois que le degré de confiance des banquiers dans l’immobilier va être déterminant. Mais on sait aussi que le financement de l’immobilier passe par une appréciation du risque sur la qualité de nos emprunteurs. Et ce risque est apprécié aussi en fonction du secteur dans lequel il travaille. Et on sait qu’il y a des secteurs aujourd’hui qui sont sinistrés où ceux qui y travaillent ne peuvent pas obtenir de prêt.

Aujourd’hui, si on a une forte résistance, elle est due uniquement à une certaine catégorie d’acquéreurs. Elle n’est pas due aux primo-accédants qui sont, à mon sens, affectés dans la capacité qu’ils ont aujourd’hui à acheter de l’immobilier.

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