« Pouvoir visiter un logement à louer ou à vendre : un enjeu vital et un principe fondamental », Danielle Dubrac

Danielle Dubrac

Le Gouvernement refuse de reconsidérer l’interdiction de visiter des logements. Intolérable pour Danielle Dubrac, Présidente du syndicat, Alain Millet, Président-adjoint en charge de la transaction, et Denis Geniteau, Président-adjoint en charge de la gestion locative ! Pour les Français, visiter, bouger, est question de vie. Et pour tout un secteur d’activité, question de survie !

Bien sûr, on pourrait brandir la menace avérée de la catastrophe économique. On y serait fondé parce que le secteur de la vente et de la location immobilière emploie quelque 100 000 personnes dans tout le pays, que l’interdiction de visiter les logements prive tout simplement d’activité et de revenus.

Beaucoup de professionnels de l’immobilier ne s’en relèveront pas

Déjà paralysés au cours du premier confinement, à l’instar de tous les commerces et services, beaucoup d’entre eux ne s’en relèveront pas : ce n’est pas la reprise enregistrée entre juin et septembre, après deux mois blancs, qui va les sauver. On anticipait avant le reconfinement le risque de disparition de 3 000 agences immobilières sur les 28 000 existantes, pour la plupart artisanales et familiales : cette sombre prévision va devoir être revue à la hausse.

Les négociateurs, forces vives de ces entreprises, dont la rétribution dépend de la production, sont pour 80% d’entre eux des agents commerciaux, travailleurs non-salariés : ils ne percevront pas le chômage partiel. L’aide exceptionnelle de 1 500€ ne leur est pas adaptée : percevant leurs commissions jusqu’à six mois après une transaction, lors de la signature devant notaire, ils auront reçu au troisième trimestre le fruit de leur travail du premier et ne pourront justifier d’une baisse de revenus suffisante, alors que ceux des prochains mois seront au plus bas. On pourrait légitimement émouvoir l’opinion et les décideurs publics sur leur sort. On pourrait encore mettre en avant que pour chaque emménagement, ce sont en moyenne 20 000€ de travaux commandés dans les deux ans qui suivent aux entreprises du bâtiment, et qui manqueront à leur chiffre d’affaires.

Interdire les visites, c’est compromettre leur mobilité

On pourrait choisir ces arguments, mais d’autres sont infiniment plus lourds. Pour alarmante que soit la situation des professionnels immobiliers, elle ne constitue pas l’enjeu majeur. Interdire les visites, c’est surtout sacrifier la satisfaction des besoins des ménages et compromettre leur mobilité. Voilà le plus terrible !

Comment le gouvernement peut-il sérieusement considérer que changer de logement ne relève pas de l’essentiel ? Si l’acquisition d’une résidence secondaire ou un investissement locatif peuvent légitimement être jugés inessentiels, on ne recherche une nouvelle résidence principale que parce que des événements de la vie vous y conduisent : union, séparation, naissance, décès, retraite, mutation. Les changements d’emploi sont à eux seuls à l’origine de 40% de ces démarches. Ce sont aussi des situations de détresse qui motivent de déménager, dans la plus extrême urgence : les violences conjugales ou encore les difficultés financières, phénomènes aggravés par la crise sanitaire, rendent nécessaire de pouvoir trouver sans délai un nouveau logement.

Entraver ce droit fondamental, ne serait-ce que durant quelques semaines, mènera à des tensions sociales que l’exécutif ne mesure pas. Il semble assimiler l’achat ou la location d’un logement à un acte superfétatoire… Les évidences que l’exécutif refuse de regarder en face rendent intolérable le refus du gouvernement de reconsidérer l’interdiction de visiter des logements.

Les professionnels sauraient respecter un protocole sanitaire exigeant

La communauté immobilière n’est pas inconsciente. Elle estime le péril sanitaire à sa juste dangerosité. Il reste que les professionnels de la transaction et de la location, dont l’activité est strictement règlementée, engagent leur responsabilité dans tout ce qu’ils font. Ils sauraient respecter un protocole sanitaire exigeant et un process rigoureux, avec des rendez-vous individuels assortis de convocations. Des signatures seraient recueillies pour attester de l’identité des personnes en présence et autoriser la traçabilité indispensable à la lutte contre le virus. On serait en somme dans la logique du click and collect en usage dans la distribution, que le ministre de l’économie a présentée comme protectrice de la santé des personnes et des entreprises.

Pour le gouvernement, il s’agit d’ajouter une case sur une attestation. Pour les Français, il est question de vie. Et pour tout un secteur d’activité déterminant pour l’économie du pays, il est question de survie.

 

 

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