« Rapprocher nos lieux de travail de nos lieux de vie n’est plus un confort, mais une nécessité », Christophe Burckart, IWG France

Bouchons, jours de pointe… Comment le travail hybride peut-il solutionner les problèmes de mobilité ? L’analyse de Christophe Burckart, directeur général chez IWG France

Christophe Burckart

© DR. Christophe Burckart est directeur général chez IWG France.

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L’année 2021 vient de s’achever et pour attaquer 2022 de façon optimale, il est avant tout nécessaire de dresser quelques bilans. Secouées par la crise sanitaire, nos habitudes de vie ont encore connu de profonds changements cette année passée, en commençant tout simplement par notre façon de travailler, qui s’est vue réinventée depuis le premier confinement. L’avènement du travail hybride a impacté de nombreux aspects de notre vie quotidienne, dont nos déplacements, avec en particulier une évolution de nos trajets domicile-travail. Les périodes alternées de confinements et de reprises économiques ont eu des effets directs sur la fréquentation des routes et des voies ferrées, laissant le système de mobilité francilien particulièrement perturbé.

Le dernier rapport de l’Institut Paris Région, mené notamment en collaboration avec la SNCF, révèle des données préoccupantes en Ile-de-France, qui impactent aussi bien le bien-être des professionnels que notre planète. Premier constat, la reprise des activités privilégie largement la voiture, en dépit des transports en commun. Résultat : 33 % de kilomètres de bouchons supplémentaires en octobre 2021, par rapport à début mars 2020. Ajoutés à la hausse du carburant et aux grèves des transports, les déplacements des franciliens deviennent une problématique des plus épineuses et le retour à la voiture ne constitue pas une solution pérenne.

Après les heures de pointes, les jours de pointe !

Le télétravail a petit à petit évolué vers un modèle de travail hybride, où les professionnels alternent entre travail à distance (à domicile ou depuis un tiers lieu) et travail en entreprise. Mais ce mode organisationnel a fait émerger une nouvelle forme de saturation du trafic : dorénavant, il ne s’agit non plus d’heures de pointe, mais de jours de pointe, le mardi et le jeudi étant les principaux jours noirs selon le rapport. Dans un même temps, les transports ferrés du quotidien se voient sous-utilisés les lundi et vendredi, jours privilégiés pour télétravailler.

Aujourd’hui, l’objectif des différents acteurs territoriaux est de lisser la fréquentation, pour ainsi remédier aux engorgements. Mailler les territoires avec des espaces de travail flexible est une solution déterminante pour y arriver. En mettant à disposition des professionnels, des centres situés en périphéries des grandes métropoles et, plus concrètement, en petite et grande couronne parisienne, les routes et les voies ferrées se verront progressivement libérés et nous pourrons observer un rééquilibrage du trafic. L’entreprise tend à se réorganiser géographiquement en conservant un centre pivot, le point de connexion central, et en s’installant stratégiquement dans des centres satellites situés en bordure des grandes villes. Ce réseau en étoile favorise une meilleure mobilité et apporte des solutions de délestage.

Les territoires locaux ont tout à y gagner : avec le développement de nouvelles communautés professionnelles dans des zones auparavant isolées ou exclusivement résidentielles, les économies et activités locales sont dynamisées. Une offre de transport public pourrait également être déployée entre villes secondaires, pour une mobilité plus horizontale. De tels aménagements sont cruciaux pour améliorer le bien-être des travailleurs, qui ont récemment déclaré à 78,5 %, être plus épanouis dans leur travail depuis qu’ils l’exercent de manière flexible (étude IWG octobre 2021).

En jeu, aussi, la décarbonation de l’Ile-de-France

Mais outre le bien-être des salariés, la décarbonation de la région Ile-de-France est également en jeu ! Avec une conscience écologique en hausse, les Français sont prêts à faire évoluer leurs habitudes pour réduire leur impact environnemental. Selon le rapport de l’Institut Paris Région, c’est même devenu l’un des premiers arguments pour prendre les transports en commun. Et s’il en était de même pour l’utilisation d’espaces de travail flexible ? Ces derniers, en plus de proposer un environnement de travail adéquat à proximité du domicile, permettent de réduire les trajets et ainsi la fréquentation des axes de trafic, tout en dissuadant une utilisation quotidienne de la voiture.

Si nous ne repensons pas profondément nos lieux et modes de travail dès aujourd’hui, notre mobilité se verra sérieusement affectée, ainsi que notre qualité de vie au quotidien. Rapprocher nos lieux de travail de nos lieux de vie n’est plus un confort, mais devient une nécessité. Les pôles économiques doivent se décentraliser et venir côtoyer les zones résidentielles. Il est ainsi essentiel de permettre aux entreprises d’offrir plus de flexibilité à leurs employés et d’étendre leurs limites géographiques. Il en va du bien-être des travailleurs, de la dynamisation de nos économies locales et de la décarbonation de nos territoires.

Christophe Burckart est directeur général chez IWG France.