Baromètre des préférences des salariés 2022 : Le travail hybride au cœur la promesse employeur  

Le Baromètre des préférences salariés 2022 de JLL décrypte les nouvelles attentes des salariés en matière de travail et les moyens à disposition des entreprises pour y répondre.

Femme en télétravail à la maison

© adobestock

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Selon la dernière enquête menée par JLL auprès de plus de 4000 salariés de bureaux, les deux années d’expérimentation du télétravail ont permis, entre joies et désillusions, d’aboutir à un point d’équilibre autour du modèle de travail hybride, fondé sur l’alternance entre différents lieux de travail. Aujourd’hui plébiscité par 60% des salariés de bureaux, le travail hybride n’est pourtant pas une solution universelle et reste un exercice d’équilibriste pour embarquer l’ensemble des collaborateurs. Une occasion unique pour l’employeur d’être à l’écoute des besoins et aspirations de ses salariés. JLL explore ainsi les nouvelles attentes des travailleurs et des nouveaux leviers employeurs pour épauler les collaborateurs dans l’organisation hybride.

Le travail hybride, une pratique désormais installée…

C’est un fait, la quasi-totalité des salariés du tertiaire qui souhaitent télétravailler le peuvent désormais. 
En effet, 60% de répondants aspirent à télétravailler et 56% pratiquent réellement le télétravail aujourd’hui. Ils ne seraient donc que 4% à ne pas pouvoir en profiter alors qu’ils le souhaiteraient.

En France, le bureau conserve une place de choix dans le nouveau panorama hybride :

  • Un retour plus marqué au bureau : 91% des répondants se rendent au moins 1 fois par semaine au bureau (vs.73% globalement).
  • Moins de recours aux tiers-lieux qu’ailleurs : alors que l’usage de tiers-lieux a augmenté de 8% par rapport à mars 2021 à travers le monde, la France reste en retard avec seulement 21% des répondants concernés par un recours hebdomadaire vs. 36% au niveau global.
  • Une fréquence de travail à distance plus réduite : au cours d’une semaine de travail-type, les Français souhaitent travailler un peu plus de 3 jours au bureau (vs. 2,5 à l’international).

Partout dans le monde, si le travail hybride est perçu comme un élément non négociable du travail de demain, le bureau est également reconnu comme un élément central de la nouvelle routine de travail :

  • 69% des employés de bureaux considèrent que le travail hybride sera fondamental pour retenir les talents à l’avenir,
  • 66% pensent que l’employeur devra soutenir le travail hybride, 
  • 60% pensent aussi que le bureau conservera un rôle central dans leur vie professionnelle. 

« Pour la plupart des travailleurs, l’organisation hybride est un nouvel acquis social dont l’équilibre est encore incertain. Les salariés attendent de leurs employeurs qu’ils s’engagent plus fortement pour soutenir les nouveaux modes de travail et qu’ils reconsidèrent leur périmètre de responsabilités afin d’offrir à chacun toutes les conditions requises à son bien-être et à sa performance. »  déclare Flore Pradère, Directrice Recherche et Prospective Bureaux chez JLL.

Soutien au travail hybride : ce qu’attendent les salariés et ce qui est proposé par l’employeur 

En France, le niveau d’enthousiasme suscité par les changements en cours est moins fort qu’ailleurs et l’engouement pour l’employeur est plus ténu : 

  • 23% des salariés français interrogés se sentent enthousiastes face aux changements à l’œuvre dans le monde du travail aujourd’hui (contre 36% au niveau global),
  • 41% seulement sont convaincus que leur entreprise est un lieu où il fait bon travailler (contre 48% au global),
  • 17% envisagent de quitter leur employeur dans l’année à venir (contre 24% au niveau global).

Si le travail hybride est là pour durer, il pose la question du rôle de l’employeur dans la facilitation de ce nouveau mode de travail. Dans ce contexte, l’employeur a une occasion unique de montrer qu’il est réellement à l’écoute des besoins et des aspirations de ses salariés. En France, la prise en charge totale du transport (53%), les avantages écologiques comme un véhicule de société électrique, un vélo, une politique ambitieuse de compensation des émissions carbone (36%) et l’accès à des espaces extérieurs (28%) revêtent plus d’importance qu’ailleurs.Les plus grands écarts entre ce qui est attendu et les facilités dont bénéficient aujourd’hui les salariés lorsqu’ils sont en télétravail résident dans :

  • Le soutien financier : 49% aimeraient pouvoir bénéficier d’une prime de télétravail,
  • L’équipement technologique : une tendance particulièrement marquée en France avec 65% des travailleurs qui attendent une prise en charge de leurs achats liés au travail à distance. Pourtant, moins de 4 employés sur 10 en bénéficient,
  • Le mobilier de bureau.

« Les employeurs doivent prendre conscience que le collaborateur retourne chercher au bureau quelque chose qu’il n’a pas chez lui. C’est-à-dire les interactions sociales et du travail collaboratif, mais aussi une parfaite expérience terchnologique, de la simplicité d’usage et l’accès à des ressources qui existent au bureau et pas forcément à la maison. Un collaborateur qui fait l’effort de venir au bureau ne souhaite pas subir des problèmes techniques ou attendre qu’une salle de réunion se libère. Son expérience doit être parfaitement fluide. » confirme Rémi Calvayrac, Directeur Workplace et Design chez JLL.

Employeurs : soyez attentifs à vos profils de collaborateurs !

Favoriser le travail hybride est une façon pour l’employeur de faire preuve de flexibilité et d’empathie à l’égard de ses collaborateurs. Pour autant, aucun schéma universel n’est valable en matière de déploiement du travail hybride et ce en raison de la diversité des profils de collaborateurs.

Les plus grands adeptes du travail hybride ? Les managers (75% d’entre eux pratiquent le travail hybride), la génération Z (73%), la génération Y (67%) et les aidants (66%). Parmi ce dernier groupe, les parents de jeunes enfants et les personnes s’occupant d’un membre handicapé de la famille sont les plus grands partisans du travail hybride (respectivement 69% et 81%), révélant la capacité de ce mode de travail à concilier impératifs professionnels et personnels.

Attention aux hyper hybrides

Les risques associés aux nouveaux profils de travailleurs « hyper hybrides » qui alternent entre le bureau, leur domicile et le travail dans des tiers-lieux comme les espaces de coworkingEn effet, le fait de devoir s’adapter constamment à de nouveaux environnements de travail soulève des risques importants en termes de bien-être mental. Ces « hyper hybrides » représentent aujourd’hui 20 % des employés de bureaux au niveau global et seulement 12% en France.

« C’est une catégorie à laquelle l’employeur doit faire attention car ces profils sont souvent les plus responsabilisés et les plus enthousiastes mais aussi les plus débordés et stressés. Ils supportent une charge mentale importante du fait de devoir sans cesse s’adapter à de nouveaux contextes. L’employeur responsable de demain sera celui qui aidera ses travailleurs hybrides à ménager des frontières entre vie professionnelle et vie privée, à maintenir des liens sociaux forts et à redéfinir des routines de travail saines », explique Flore Pradère.

L’appétence au télétravail varie en fonction de l’âge et du statut

Un gap générationnel et de statut qui interroge en profondeur la culture managériale. En effet, les groupes des non-managers et des baby-boomers ont une plus faible appétence pour ce mode de travail. Les seniors sont divisés entre adeptes du travail à distance (32% d’entre elles travaillent exclusivement à domicile aujourd’hui) et détracteurs (41% d’entre elles travaillent exclusivement au bureau).

« C’est un élément à ne pas négliger, compte tenu de l’influence des managers et des leaders dans la gestion du changement dans les organisations. Si 41% de ces cadres supérieurs ne pratiquent pas eux-mêmes le télétravail, ils pourraient être réticents à soutenir leurs équipes dans ce nouveau mode d’organisation » selon Flore Pradère. 

La qualité de vie au travail au coeur de la promesse employeur

Dans un monde du travail en mutation, qui invite les salariés à réévaluer leurs modes de vie et de travail, les priorités changent. Ainsi, l’étude de JLL rappelle que près d’un quart des collaborateurs pourraient quitter leur employeur dans l’année autour de sujets en lien avec la qualité de vie au travail.

En France, les priorités des salariés dans leur travail sont :

  • La qualité de vie et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle à 66%,
  • La santé et le bien-être à 59%,
  • Un salaire confortable à 56%,
  • La quête de sens au travail à 47%.

Dans le même temps, le sentiment d’empowerment est plus faible en France qu’ailleurs (31% vs. 39%), probablement en raison d’une culture managériale qui peine encore à adopter les codes du management par la confiance et par les objectifs.

« Depuis le début de la crise, les 16 000 travailleurs du secteur tertiaire que nous avons interrogés ont montré que la qualité de vie restait leur priorité absolue. Il devient urgent pour les employeurs de se pencher sur leur culture managériale et de repenser leur proposition de valeur. Mais cette ambition ne se limite pas à offrir aux salariés un quota hebdomadaire de jours de travail à distance. Elle invite les employeurs à reconsidérer leur responsabilité dans l’établissement d’un monde du travail plus équitable, capable de soutenir tous les styles de travail – à distance et sur site – et attentif à ce que personne ne se sente exclu. C’est une opportunité inédite de réinventer la promesse employeur ! » conclut Flore Pradère.