Réunion de crise en Angleterre, alors que les taux immobiliers s’envolent

Le Chancelier de l’Echiquier britannique, Kwasi Kwarteng, a rencontré jeudi les principales institutions bancaires du Royaume-Uni, sur fond d’inquiétudes sur les taux d’emprunt immobiliers, qui ont flambé depuis les turbulences financières déclenchées par le coûteux plan budgétaire gouvernemental.

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Les taux des prêts immobiliers au Royaume-Uni après avoir tourné autour de 2% ces dernières années, ont nettement augmenté depuis plusieurs mois, poussés notamment par les hausses de taux de la Banque d'Angleterre pour contrer l'inflation, qui frôle 10% outre-Manche, la plus élevée du G7.

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Le Chancelier s’entretenait jeudi avec certaines des plus grandes banques de détail du pays mais aussi des sociétés de construction et des représentants de néo-banques, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier.

L’inflation la plus élevée du G7

Les taux des prêts immobiliers, après avoir tourné autour de 2% ces dernières années, ont nettement augmenté depuis plusieurs mois, poussés notamment par les hausses de taux de la Banque d’Angleterre pour contrer l’inflation, qui frôle 10% outre-Manche, la plus élevée du G7.

Mais l’annonce par le gouvernement de la conservatrice Liz Truss de vastes mesures de soutien à l’énergie et de baisses d’impôts massives au chiffrage flou a fait paniquer les marchés britanniques fin septembre, faisant grimper encore plus les taux immobiliers.

Ces derniers ont dépassé mercredi 6% en moyenne sur les taux fixés pour deux ans, pour la première fois depuis novembre 2008. Les taux à cinq ans ont aussi dépassé jeudi cette barre symbolique pour la première fois depuis 2010, selon le site de données financières Moneyfacts.

Dans un pays où l’immense majorité des prêts hypothécaires sont fixés pour cinq ans ou moins, de nombreux Britanniques ayant un prêt en cours sont ainsi forcés de renégocier leur contrat et voient leur mensualité bondir, au risque de ne plus pouvoir suivre.

En dépit d’une baisse de la taxe sur les transactions immobilières prévue par le gouvernement, les analystes envisagent aussi une sérieuse correction des prix de l’immobilier.

Les banquiers auraient notamment prévu de demander jeudi à M. Kwarteng l’extension d’une garantie gouvernementale de certains prêts hypothécaires qui aurait dû expirer à la fin de l’année, selon SkyNews.

Tempête

L’annonce du « plan de croissance » du gouvernement, critiqué jusque dans les rangs de la majorité, avait fait plonger la semaine dernière la livre sterling à un plus bas historique, tandis que les taux d’intérêt auxquels l’État britannique s’endette ont flambé.

Le marché avait d’abord repris des couleurs après une intervention de la Banque d’Angleterre, qui craignait pour la stabilité financière du pays.

La dirigeante britannique et son ministre des Finances ont aussi renoncé lundi à la controversée suppression de baisse du taux d’impôts pour la tranche supérieure de revenus.

Mais les inquiétudes sur l’économie britannique sont reparties de plus belle, amenant les agences de notation Fitch et S&P à abaisser la perspective de la note du pays.

La livre, qui avait nettement repris des couleurs depuis son plus bas historique, est repartie en forte baisse, cédait jeudi 1,45% à 1,1149 dollar vers 16H45 GMT.

Sur le marché obligataire, outre la dette à 10 ans, la dette à 30 ans voyait son taux augmenter à 4,36%, malgré l’intervention de la Banque d’Angleterre, mais reste cependant inférieur aux niveaux de la semaine dernière.

La Banque d’Angleterre écrit à la commission du Trésor parlementaire

La Banque d’Angleterre a publié jeudi la lettre d’un de ses membres, Jon Cunliffe, à la commission du Trésor parlementaire, et qui révèle à quel point le Royaume-Uni a frôlé la crise financière la semaine dernière. Un risque qui recommence à hanter les marchés.

L’envolée des taux d’emprunt de l’Etat à long terme faisait courir le risque d’une faillite de plusieurs fonds de pensions et une « vente de 50 milliards de livres de bons de l’Etat à long terme en un temps très bref » détaille M. Cunliffe.

Cela aurait rendu ces actifs « illiquides », provoquant donc une crise financière qui risquait « une contagion des conditions de crédit aux ménages et entreprises », ajoute-t-il.

L’institut monétaire craignait une « spirale qui se serait auto-alimentée et faisait craindre (…) une instabilité financière qui se serait propagée ».

Liz Truss promet de sortir de la tempête

La Première ministre a promis mercredi de sortir le Royaume-Uni « de la tempête » lors d’un discours au cours d’un congrès conservateur marqué par les doutes et les dissensions.

Mais « les problèmes ne cessent de s’accumuler pour l’administration Truss » et la dirigeante n’a rien dit de nouveau pour rassurer les marchés », estime Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Le centre de réflexion Institute for Fiscal Studies (IFS) a calculé jeudi que l’argent économisé d’ici 2025-2026 par les ménages britanniques avec les baisses d’impôts serait en réalité plus qu’effacé par un gel des seuils de l’impôt sur le revenu actuellement en vigueur, qui dope les recettes du Trésor.