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Pierre Vinour : Les héros de Sans adieu sont des r...

Pierre Vinour : Les héros de Sans adieu sont des résistants

Retrouvez Pierre Vinour le producteur de Sans Adieu au micro d’Ariane Artinian sur Radio.Immo.

« Sans Adieu » : formule auvergnate qui sous-entend qu’on ne souhaite pas se dire au revoir, parce qu’on sait que la séparation ne sera pas définitive. Le nom de ce documentaire, réalisé par Christophe Agou et produit par Pierre Vinour sonne comme une lettre d’amour. A son réalisateur d’abord, Christophe Agou, décédé le 16 septembre 2015 juste après la fin du tournage. Mais également à la France rurale. Celle de Claudette, 75 ans taulière de son exploitation dont elle aimerait se débarrasser, ou encore Jeannot. Ils sont tous les deux mais pas que, les personnages de « Sans Adieu », et ont vécu sous l’objectif de Christophe Agou pendant douze ans. Ce documentaire bercé d’émotion raconte le territoire, l’attachement à ses biens, et le besoin d’avoir son chez-soi et de le défendre. Sortie sur les écrans le mercredi 25 novembre. Ecoutez l’interview de Pierre Vinour au micro d’Ariane Artinian sur Radio.Immo. 

Comment avez-vous abordé ce film ?

Avant le film, un livre de photos

Pierre Vinour : Ce film a été réalisé par un photographe de renom, qui a  vécu pendant 20 ans à New-York. En parallèle de sa carrière de photographe de presse, il a édité 3 livres dont j’ai pris connaissance. Notamment le dernier qui s’appelle « Face au silence », édité en 2010, en dix langues, et qui a eu le grand prix des éditeurs européens de photographie. Ce livre traitaient des paysans isolés, seuls, qui vivent dans la campagne de Montbrison (Loire). C’est à ce moment là que j’ai décidé d’aller voir Christophe, lors d’un de ses passages en France, dans la Loire. On s’est rencontrés en mai 2011 et je lui ai demandé s’il y avait moyen de faire un film à partir de ses personnages.

Le film nous embarque pendant 1h37 dans leur quotidien ? 

P.V : L’idée de faire un film est venue très naturellement, et on a commencé à y travailler en 2011. Christophe a voulu voir des gens simples. Les villages où il est allé sont vraiment tout petits. A cheval entre la partie Rhône-Alpes et la partie Auvergnate. Il a voulu s’immerger avec des gens qu’il ne connaissait pas, sur sa terre natale qu’il avait quitté depuis longtemps. Il n’y avait plus ses racines donc il s’est servi de passeurs, son oncle par exemple, pour rencontrer des gens qu’il ne connaissait pas et la magie a opéré. Il est tombé amoureux de ces personnages. Il les a d’abord photographié, puis filmé.

Qui sont-ils ces personnages ?

Le film parle de dignité et d’humanité. Les personnages sont des résistants qui se battent avec dignité pour leurs biens

P.V : Ils sont avant tout des résistants. Ce sont des gens qui se battent contre les institutions et les administrations, et pire que tout, ils ont des biens mais ces biens ils ne peuvent pas en disposer vraiment. Donc ils se battent pour la succession de leur bien, pour la transmission de leur savoir-faire, et même si c’est un combat perdu d’avance, ils continuent, avec une dignité extrêmement puissante et toujours une grosse dose d’humanité. On est très rapidement en empathie avec eux. Il y a peu de films qui traitent ce thème là.  De l’intérieur comme ça, arriver à rentrer dans leur intimité comme Christophe a su le faire… Mais vu qu’il a tourné douze ans avec eux, il est devenu ami avec eux. Qu’il ait sa caméra ou pas. Pour les personnages c’était pareil, il était là et invisible à la fois.

Le film se passe dans des fermes, des lieux que l’on n’a pas l’habitude de voir …

P.V : En fait la campagne quand on y va, on en sait pas grand chose tant qu’on a pas franchi la porte des fermes les plus reculées. Quand on ose le faire, on peut tomber sur des surprises, des rencontres qui peuvent être assez étonnantes, voire merveilleuses, que Christophe a fait.

Quel rôle ont ces habitats dans le film ?

P.V : Le film est tourné intégralement sur  le territoire des personnages dans le Forez. On ne les voit quasiment jamais en dehors de leurs fermes ou de leur propre territoire. Et il est tout petit, 20 km2 à peu près.

Peu d’interaction avec le monde extérieur d’ailleurs dans le film ?

P.V : Non, les seules interactions ce sont par le téléphone…

Des menaces ?

P.V : Oui voilà, avec les banques, avec la compagnie des eaux, tout ça. Mais Christophe a pris le parti de rester sur leur propre territoire parce que finalement c’est là où il se défendent le mieux, c’est là où ils s’expriment le mieux et puis c’est un territoire qui leur correspond.

Est-ce que le dénuement est le même en ville ou à la campagne ?

Là, ils ont des  terres, des animaux, des biens

Le dénuement est toujours le dénuement. La seule différence, c’est qu’un prolétaire dans une cité, il n’a pas de bien ou très peu, peut-être sa voiture à la limite mais c’est tout. Là ils ont des terres, ils ont des animaux, ils ont des biens. Mais ils ne peuvent pas en disposer. Si vous mettez Claudette dans une autre maison que la sienne, elle ne tiendra pas longtemps. On ne peut pas les mettre en dehors de l’environnement qui est le leur.

Comment ils ont évolué les personnages depuis le tournage ?

Certains sont morts après le tournage, et quatre ont vu le film. Ils ont bien sûr adoré, ça leur a évoqué plein de souvenirs avec Christophe qui était vraiment devenu leur ami. Des souvenirs malheureux aussi, parce qu’on y voit des évènements qui sont filmés avec une justesse extrême. Par exemple cet épisode de l’enlèvement des vaches à l’époque de la vache folle, et ça les a tellement marqué que forcément ils étaient très émus, mais très heureux de pouvoir dire que Christophe avait fait un travail remarquable car il a filmé leur vraie vie et c’était ça qu’il fallait montrer.

C’est un film engagé ?

Moi je le dis. Christophe avait pour son film une vision très engagée, on en avait beaucoup parlé. Oui je pense qu’il y a un côté politique dans le film.

Du côté du financement, comment cela s’est-il passé ?

C’était compliqué. D’abord parce que c’est un documentaire. Et puis  il a fallu chercher de l’argent avec un réalisateur qui n’était pas toujours présent en France. Nous avons eu des aides au développement, et de la région Auvergne, qui nous a soutenus depuis le début. Lorsque Christophe est décédé, il nous manquait encore une bonne partie du financement. Au lieu de laisser tomber le film, nous avons cherché de l’argent dans le privé, en faisant du financement participatif, via Kickstarter notamment. Et puis j’ai accordé une interview à La Montagne.  Et  le lendemain un miracle a eu lieu : Franck Dondainas, président et fondateur de la société Quartus, m’a contacté pour me rencontrer, et que l’on voit comment il pouvait nous aider.  Et puis il s’est passé quelque chose quand on s’est vu. Moi le producteur/réalisateur enragé, et lui le PDG d’un grand groupe…

 Ca a matché avec Franck Dondainas, le président de Quartus ?

Ma rencontre avec Franck Dondainas, un vrai miracle !

Oui. Peut-être parce qu’il est auvergnat et que je suis limousin. Nous sommes voisins, nous avons parlé tout de suite de notre passion pour le territoire. J »ai tourné beaucoup de films dans le Massif Central, je suis très attaché au territoire en tant que réalisateur. Franck Dondainas nous a soutenu de la meilleure des façon. Je n’aurais pas pu dire oui si ça n’avait été qu’une banque ou un distributeur de billets pour moi. Ce film ne pouvait pas se faire dans cette optique là.

Propos recueillis par Ariane Artinian/BazikPress

 


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