Municipales 2026 : La surtaxe des résidences secondaires s’invite dans la campagne
À Argelès-sur-Mer, 700 propriétaires de résidences secondaires se sont inscrits sur les listes électorales, selon Bernard Olivier, président d’un collectif local, pour contester une surtaxe pouvant atteindre 60%.
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- Les communes classées en zone tendue peuvent majorer jusqu’à 60 % la part communale de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, conformément au cadre légal en vigueur.
- À Argelès-sur-Mer, 700 propriétaires de résidences secondaires se sont inscrits sur les listes électorales pour contester la surtaxe, selon Bernard Olivier, président d’un collectif local.
- À Merlimont, la majoration représente en moyenne 168 euros par résidence secondaire, indique Mary Bonvoisin, maire de la commune.
- À Lège-Cap-Ferret, la population passe de 8.000 habitants permanents à 100.000 personnes en été, ce qui justifie la surtaxe selon Jean-Paul Lebas, collectif des habitants permanents.
À l’approche des municipales 2026, la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires devient un sujet de campagne dans plusieurs communes touristiques. Des propriétaires s’organisent pour peser dans le scrutin. En face, des élus et des habitants permanents défendent une mesure qu’ils jugent nécessaire pour réguler le marché immobilier local.
Une fiscalité locale devenue enjeu immobilier
Dans les communes classées en zone tendue, c’est-à-dire où l’offre de logements est insuffisante par rapport à la demande, le conseil municipal peut majorer la taxe d’habitation sur les résidences secondaires jusqu’à 60 % de la part communale.
Dans les stations balnéaires ou de montagne, la multiplication des résidences secondaires et des locations saisonnières contribue à faire grimper les prix de l’immobilier. Les actifs locaux rencontrent des difficultés croissantes pour se loger toute l’année.
Pour certains propriétaires, la mesure est vécue comme une sanction. « Je ne connais pas une taxe qui soit imposée à des personnes qui n’ont pas pu choisir l’élu qui impose cela », déclare Bernard Olivier, président d’un collectif de propriétaires de résidences secondaires à Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales.
Des inscriptions sur les listes électorales pour peser dans le vote
Ne votant pas dans leur commune de villégiature lorsqu’ils sont domiciliés ailleurs, certains propriétaires cherchent désormais à peser directement dans le scrutin municipal.
Mireille Sertout, présidente d’une fédération de résidents de stations de montagne, conseille ainsi à ses adhérents « d’inscrire au moins une personne par foyer sur la liste électorale » de la commune concernée afin « d’être visible » et d’obtenir un droit de vote.
À Argelès-sur-Mer, commune d’un peu plus de 10.000 habitants, Bernard Olivier estime que 700 résidents occasionnels se sont inscrits sur les listes électorales, motivés par le rejet de la surtaxe.
Selon lui, des collectifs se sont créés dans « plusieurs dizaines de communes ». « Il y a un ras-le-bol partout », affirme Mireille Sertout, qui a organisé en décembre une réunion à Paris réunissant des collectifs de communes de montagne et du littoral.
Certains propriétaires envisagent également de se porter candidats aux municipales.
À Merlimont, un débat très concret sur les finances locales
Sur la Côte d’Opale, Merlimont, dans le Pas-de-Calais, compte 70 % de résidences secondaires parmi ses 5.000 logements. La commune accueille 3.400 habitants permanents.
La maire sortante, Mary Bonvoisin, candidate à un troisième mandat, défend la majoration. « On n’a rien contre les résidences secondaires, au contraire. Mais si on a été classé en zone tendue, c’est bien qu’il y a un vrai déséquilibre », explique-t-elle.
Elle rappelle que la surtaxe représente « en moyenne 168 euros par résidence secondaire » dans sa commune. « Les propriétaires ne sont pas matraqués fiscalement », ajoute-t-elle.
Face à elle, une liste concurrente avait été constituée par Thierry Pamart, propriétaire d’une résidence secondaire depuis 30 ans et installé définitivement dans la commune depuis trois ans. Pour raisons de santé, il s’est retiré au profit d’Alain Boulanger, habitant de Merlimont depuis 31 ans.
La liste comprend 30 % de propriétaires de résidences secondaires, dont la plupart prévoient de s’installer à Merlimont dans les prochaines années. Son programme prévoit de « baisser progressivement la majoration de la taxe d’habitation » en fonction du niveau d’endettement de la commune, ainsi que des mesures concernant les services publics et le logement des travailleurs saisonniers.
Les résidences secondaires coûtent-elles à la collectivité ?
Les collectifs de propriétaires contestent l’argument budgétaire. « On finance la collectivité alors qu’on représente moins de dépenses car on est moins là », estime Bernard Olivier, qui s’était aussi lancé dans la course aux municipales à Argelès-sur-Mer avant de se rallier à une autre candidate.
Cette analyse est rejetée par Jean-Paul Lebas, membre du collectif national des habitants permanents. « Les résidences secondaires coûtent cher à la collectivité qui doit dimensionner ses infrastructures à un niveau nettement supérieur à sa population », affirme-t-il.
À Lège-Cap-Ferret, en Gironde, la commune passe de 8.000 habitants permanents à 100.000 personnes en été. « En termes de gestion des eaux usées, par exemple, c’est très important », souligne-t-il, estimant que cela « légitime la surtaxe ».
Il conclut : « Ce mouvement des résidences secondaires n’est pas légitime, c’est une réaction égoïste d’enfants gâtés ».
À quelques mois du scrutin, la fiscalité des résidences secondaires dépasse ainsi la simple question d’impôt local. Elle révèle un débat plus large sur l’équilibre entre attractivité touristique, finances communales et accès au logement pour les habitants à l’année.
