Logement : Hugues Joubert (AVENTIM) appelle à un plan quinquennal pour relancer la production
À l’approche des élections municipales, Hugues Joubert, président d’AVENTIM, pose un regard d’expert sur une question de pilotage qui se pose à de nombreux territoires : le décalage entre l’évolution des usages et le rythme des projets d’aménagement.
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© AVENTIM
Hugues Joubert, président d’AVENTIM
Pour Hugues Joubert, président d’AVENTIM, la France traverse une crise du logement « à la fois sociale et économique ». Face à la chute de la construction et la complexité des procédures, il plaide pour un plan quinquennal et un contrat public-privé pour raccourcir les délais de construction et atteindre l’objectif des 2 millions de logements prévus par le Plan Jeanbrun.
MySweetImmo : Comment analysez-vous la crise actuelle du logement ?
Hugues Joubert : La crise actuelle ne se limite pas au secteur immobilier. C’est une crise à la fois sociale et économique. La France fait face à un déficit de logements et à une chute marquée de la production depuis trois à quatre ans. Cette baisse est préoccupante.
Elle pèse sur le moral des ménages et sur la mobilité professionnelle. Dans les zones où l’offre de logements est insuffisante, les entreprises rencontrent des difficultés à recruter parce que les salariés ne parviennent pas à se loger. J’associe logement et développement économique. Si les Français ne sont pas bien logés, il est difficile d’avoir un développement économique. Les deux vont de pair.
MySweetImmo : Pourquoi la production a-t-elle autant reculé ?
Hugues Joubert : L’immobilier neuf a subi de plein fouet la hausse des taux d’intérêt, la hausse des prix et la fin du dispositif fiscal Pinel, qui soutenait l’investissement locatif. De nombreux programmes n’ont pas pu voir le jour faute de demande.
Aujourd’hui, la situation évolue. Les taux baissent, les prix se stabilisent et un nouveau dispositif fiscal fondé sur l’amortissement doit relancer l’investissement privé. Toutes les conditions sont réunies pour relancer la demande. Il faut rassurer les ménages et relancer la production. Les opérateurs sont prêts.
MySweetImmo : Le plan Jeanbrun, qui prévoit 2 millions de logements, peut-il relancer l’immobilier neuf ?
Hugues Joubert : Il y a une prise de conscience politique. Le logement doit devenir une priorité nationale car il constitue un enjeu social et un levier de développement économique pour les territoires. Quand le logement va, tout va. Quand il ne va pas, les entreprises du bâtiment sont en difficulté.
La question est désormais opérationnelle. Comment mettre en œuvre le plan Jeanbrun au niveau local ? Comment déposer les permis de construire, raccourcir les délais et instaurer une coopération efficace entre acteurs publics et privés ?
Certains projets mettent trois, quatre, cinq, parfois sept ans à voir le jour. Il est crucial de raccourcir ces cycles. Je ne conteste pas la nécessité d’un cadre réglementaire exigeant, notamment environnemental. Les opérations du groupe AVENTIM respectent la réglementation RE2020, qui encadre la performance énergétique des bâtiments, avec des niveaux supérieurs aux seuils actuels.
En revanche, la multiplication des règles et la longueur des procédures fragilisent les opérations. Les recours en justice contre les permis constituent un facteur d’incertitude. Je ne dis pas qu’il faut supprimer les recours, mais il faut raccourcir les délais de prise de décision. Une décision de justice devrait intervenir en quatre ou cinq mois pour que les opérations immobilières puissent sortir en 3 ans et non en 7 ans. Un recours de deux ans crée une insécurité juridique qui décourage les investisseurs et retarde la livraison de logements.
MySweetImmo : Quelles solutions proposez-vous pour relancer durablement la production ?
Hugues Joubert : La France a besoin d’un cadre stable. Il faut un plan quinquennal sur le logement afin de donner de la visibilité aux acteurs. Les changements fréquents de cap, notamment fiscaux, détruisent la confiance.
Il faut aussi repenser la coopération entre acteurs publics et privés. Quand les attentes évoluent en 18 mois et que nos projets durent parfois huit ans, nous créons du décalage. Le choc de simplification doit réduire cet écart pour que l’action publique et l’action privée avancent au même rythme.
Un contrat opposable entre le public et le privé serait à envisager pour atteindre les objectifs de 2 millions de logements. Ce contrat définirait des objectifs par territoire et par type de biens : logements en accession, logements sociaux, bureaux ou résidences gérées, comme les résidences étudiantes ou seniors.
