Permis de construire : En hausse de 15% en 2025, mais encore loin des niveaux d’avant-crise
Les permis de construire ont progressé en 2025, selon le ministère du Logement, mais la construction de logements reste très inférieure aux niveaux observés avant la crise.
Nouveau
© adobestock
Le nombre de permis de construire accordés pour des logements a progressé de 15 % en 2025 et celui des logements mis en chantier de 5 %, mais ces chiffres restent encore loin des niveaux habituels d’avant-crise et des nouveaux objectifs affichés par le gouvernement.
Selon la première estimation divulguée vendredi par le ministère de la Ville et du Logement, 379.222 logements ont obtenu un permis de construire l’an passé, et 274.611 ont commencé à être construits.
Des permis en hausse en 2025, mais une reprise encore fragile
Ces niveaux sont encore bien inférieurs à la moyenne des cinq années précédentes : –8,8 % pour les permis et –21,3 % pour les mises en chantier. Ce début de reprise constitue « une bonne nouvelle » pour l’économiste Pierre Madec, spécialiste du logement à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), mais le déficit de logements continue de se creuser. « Depuis début 2022, il y a plusieurs centaines de milliers de logements qu’on n’a pas construits et qui manquent », rappelle-t-il.
La construction neuve est confrontée à une grave crise depuis trois ans du fait de l’augmentation des coûts de construction, de la hausse des taux d’intérêt qui a bloqué les projets d’achat immobilier de nombreux ménages et de l’arrêt du soutien à l’investissement locatif. Pour contrer la crise qui touche tous les pans du logement, le gouvernement a annoncé la semaine dernière un plan jugé « ambitieux », avec pour objectif de construire 400.000 nouveaux logements par an. « Ce n’est pas une ambition démesurée, c’est juste une ambition de retour à la normale », puisque ce nombre de « 400.000 logements correspond à la moyenne historique des vingt dernières années », nuance Pierre Madec.
Il voit néanmoins « une inflexion du gouvernement » après plus de dix ans sans mesure de relance de la construction.
Si les permis de construire de 2025 semblent proches de l’objectif fixé, les mises en chantier en sont encore très loin, selon ces données qui ne sont que partielles. « On ne veut pas insulter l’avenir, donc les promoteurs déposent des permis de construire pour une reprise éventuelle, mais on n’a pas augmenté nos mises en vente » de logements, souligne Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI). Il avait déjà alerté sur un nombre de logements mis en vente historiquement bas entre juillet et septembre 2025.
« Faire 130.000 logements de plus, c’est un effort considérable », qui va nécessiter du temps et une mobilisation du secteur et des élus, selon Bernard Coloos, du groupe logement du centre de réflexion Terra Nova.
Un « signal positif » du gouvernement, mais des effets encore incertains
Parmi les mesures de relance, le gouvernement a glissé dans le projet de budget pour 2026 un nouveau dispositif d’investissement locatif, en remplacement du dispositif Pinel, qui pourrait prendre le nom du ministre du Logement Vincent Jeanbrun.
Il s’agit d’un « statut du bailleur privé » amélioré par rapport à la première version du budget, visant à encourager les particuliers à investir dans un logement pour le louer via des avantages fiscaux.
Ce dispositif va « permettre de construire près de 50.000 logements en plus par an », selon Vincent Jeanbrun, et devrait générer plus de 500 millions d’euros de recettes fiscales. Son coût à long terme n’a cependant pas été évalué.
« La vraie reprise aura lieu grâce au statut du bailleur privé », veut se convaincre Pascal Boulanger. Les ventes aux investisseurs seront un « élément déclencheur pour lancer la construction d’immeubles » qui peinent souvent à atteindre le seuil des 50 % vendus pour démarrer le chantier, complète-t-il.
Pour Bernard Coloos, « le statut du bailleur privé est indéniablement positif pour la construction neuve » et il prévoit de « sentir ses effets dans les mises en chantier l’année prochaine », où l’élection présidentielle pourrait néanmoins freiner la dynamique.
Le « signal est positif » pour Pierre Madec également. « Dans les bons points, il y a le conditionnement des avantages fiscaux à des plafonds de loyers ». En revanche, l’étendue du dispositif à tout le territoire sans différence pose question : « le ciblage aurait pu être meilleur », résume l’économiste.
« Je ne suis pas certain que ce mécanisme suffise, même si on remplit l’objectif de 50.000 logements à des investisseurs, pour avoir 400.000 logements mis en chantier », conclut Pierre Madec.
