Logement : Record historique des expulsions locatives en 2025

Selon la Chambre nationale des commissaires de justice, 30.500 ménages ont été expulsés en 2025. Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, dénonce un durcissement des décisions.

Document avec la mention “avis d’expulsion” illustrant la hausse record des expulsions locatives en France en 2025

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Les expulsions locatives atteignent un niveau inédit en 2025 avec 30.500 ménages concernés. Au-delà des impayés, les professionnels pointent un durcissement des décisions de justice, qui modifie concrètement l’issue des procédures.

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30.500 expulsions : un niveau inédit

Les expulsions locatives ont atteint un niveau record en 2025. Selon la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ), 30.500 ménages ont été contraints de quitter leur logement après une décision de justice, soit une hausse de 27 % par rapport à 2024.

Dans le même temps, les impayés progressent plus modérément. Les commissaires de justice ont délivré 175.000 commandements de payer à des locataires en 2025, en hausse de 2,4 %. Cette étape marque le point de départ d’une procédure pouvant aboutir à une expulsion.

Après une année 2024 déjà marquée par une hausse de 87 %, la tendance se confirme dans un contexte de crise du logement et de rattrapage de dossiers d’impayés issus de la période Covid.

Des décisions de justice plus sévères

Pour Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, la hausse des expulsions ne s’explique pas d’abord par une explosion des impayés. « Il n’y a pas tellement de hausse des commandements à payer, mais vraiment un durcissement de la procédure de justice, liée à la réforme Kasbarian-Bergé », souligne-t-il.

Il qualifie le niveau atteint d’« hyper alarmant » et y voit la conséquence de « décisions de justice plus sévères et des expulsions avec le concours de la force publique plus systématiques ».

Concrètement, davantage de procédures aboutissent aujourd’hui à une expulsion effective, là où elles pouvaient auparavant être suspendues ou aménagées.

« On voit sur le terrain depuis plusieurs années moins de sursis, moins de tolérance pour les personnes âgées, malades, avec des enfants en bas âge, ou sans solution de logement, qui sont expulsées quand même », déplore-t-il.

Des impayés encore limités au regard du parc locatif

La CNCJ invite à replacer ces chiffres dans leur contexte. Benoît Santoire, président de l’institution, évoque une « hausse sensible des procédures de recouvrement des loyers impayés », tout en rappelant qu’elle concerne un parc de « 15 millions de logements en location ».

Selon lui, la proportion d’impayés reste « assez faible compte tenu du nombre de locataires ».

Au total, 63.700 requêtes d’expulsion par la force publique ont été formulées en 2025, un niveau équivalent à celui de 2024.

Entre le premier impayé et l’expulsion, la procédure dure au minimum huit mois, mais se rapproche le plus souvent de deux ans en raison des délais d’audiencement, précise Benoît Santoire.

Lois récentes et tensions accrues sur le terrain

Les professionnels observent également les effets des évolutions législatives récentes. Benoît Santoire indique voir « de plus en plus sur le terrain l’application de la loi narcotrafic » d’avril 2025, qui permet au préfet de saisir un juge afin d’expulser des occupants troublant l’ordre public.

Par ailleurs, plusieurs décrets d’application de la loi Kasbarian de 2023, dite « anti-squat », ont été publiés pour accélérer les procédures et clarifier l’indemnisation des propriétaires.

Autre indicateur de tension, les « départs à la cloche de bois » ont progressé de 11,7 % en un an. En 2025, environ 6.000 constats d’abandon de logement ont été réalisés.

Les commissaires de justice proposent enfin plusieurs mesures pour fluidifier les relations entre bailleurs et locataires et accélérer le recouvrement des loyers et charges.

Par MySweetImmo avec AFP