Passoires énergétiques : La location bientôt autorisée à nouveau ? Les réactions s’enflamment

Autoriser à nouveau la location des passoires énergétiques sous conditions de travaux : la piste du gouvernement relance un débat sensible entre crise du logement, rénovation énergétique et protection des locataires.

Radiateur ancien dans un logement mal isolée illustrant une passoire energetique

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© adobestock

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Dans un marché locatif où chaque annonce peut susciter des dizaines de candidatures, la moindre réduction de l’offre se fait immédiatement sentir. C’est dans ce contexte sous tension que le gouvernement veut rouvrir la location des logements classés F et G, sous conditions de travaux. Un virage attendu par les bailleurs… mais déjà contesté. Car derrière cette annonce, c’est l’un des dossiers les plus explosifs de la crise du logement qui refait surface : faut-il maintenir ces biens sur le marché pour éviter d’aggraver la pénurie, ou maintenir la pression pour accélérer leur rénovation ? Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être remis en location. Les logements F doivent suivre en 2028. Mais face au risque de voir disparaître des centaines de milliers de biens du parc locatif, l’exécutif change de cap. Les réactions n’ont pas tardé.

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Un retour au pragmatisme pour les professionnels

Du côté des acteurs de l’immobilier, l’assouplissement est globalement bien accueilli. Pour la Fnaim, il répond à une urgence : maintenir de l’offre sur un marché déjà saturé. « On ne peut pas se priver de centaines de milliers de logements dans le contexte actuel de pénurie », souligne Loïc Cantin, président de la Fnaim. La fédération y voit aussi un signal adressé aux investisseurs, alors que le statut du bailleur privé doit évoluer. « L’assouplissement des conditions de travaux est de nature à redonner de la visibilité et de la confiance », poursuit-il.

Même lecture chez Jinka, qui insiste sur la pression locative. Selon une étude de la plateforme, les studios à Paris reçoivent jusqu’à 40 messages par annonce (+82 % en un an). Même les grands appartements familiaux sont désormais concernés. « Interdire de louer des logements sur un mauvais critère est contre-productif, estime son CEO Marc Lebel. On ne résout pas une crise de la location en réduisant l’offre ».

Une réforme jugée trop complexe et déconnectée du terrain

Même constat de départ chez PAP, mais analyse beaucoup plus critique. La plateforme considère que le gouvernement corrige un problème… en en créant un autre. « Reconnaître que l’interdiction était intenable, c’est un premier pas. Mais remplacer une mauvaise loi par une loi compliquée, ce n’est pas une solution », tranche Corinne Jolly. Le dispositif est jugé trop lourd, trop technique, difficile à appliquer. « Cet assouplissement est trop compliqué pour être efficace », insiste la présidente de PAP. Surtout, la plateforme pointe le décalage avec la réalité : manque d’entreprises pour réaliser les travaux, blocages en copropriété, décisions longues et complexes. Résultat, selon elle : des logements retirés… sans être rénovés. « On empile les contraintes sans traiter le fond du problème ».

Un recul pour la rénovation, un risque pour les locataires ?

À l’inverse, les défenseurs de la rénovation énergétique dénoncent un affaiblissement clair de la loi Climat et Résilience. « L’obligation claire est remplacée par une promesse conditionnelle : dans les faits, c’est un recul », estime le collectif Rénovons. Le cœur du problème, selon eux : un dispositif basé sur un engagement, sans garantie de résultat. « Est ici garanti un engagement administratif, pas un résultat énergétique ». Sans contrôle strict, le risque est d’ouvrir la porte à des effets d’aubaine. « Une garantie sans contrôle effectif, ce n’est pas une garantie, c’est une intention ». Et derrière ces arbitrages techniques, une réalité sociale. « On demande aux locataires de patienter des années dans des logements indignes, au nom d’un pari incertain ».

Une équation politique sous tension

Au fond, le gouvernement tente de résoudre une équation presque insoluble. D’un côté, un marché locatif asphyxié, où chaque logement compte. De l’autre, près de 1,4 million de passoires énergétiques encore concernées, avec un impératif de rénovation devenu central dans la politique du logement. L’assouplissement annoncé peut donc être lu de deux façons : un retour au pragmatisme pour les professionnels, une brèche dans la stratégie climatique pour ses détracteurs. Tout dépendra désormais des règles du jeu : quels travaux seront exigés, dans quels délais, avec quels contrôles et quelles sanctions. Car sans garde-fous solides, le risque est connu : relancer l’offre sur le papier… sans accélérer la rénovation dans les faits.

Par MySweetImmo