Thomas Bornot : « Cyril contre Goliath » et la collectionnite immobilière aigue de Pierre Cardin dans le Lubéron

Thomas Bornot, réalisateur du film « Cyril contre Goliath », nous parle de ce film-documentaire étonnant qui revient sur l’OPA immobilière réalisée par Pierre Cardin dans un village du Luberon.

Mon Podcast Immo s’intéresse aujourd’hui à une sorte de gigantesque OPA immobilière. Le film « Cyril contre Goliath » sort aujourd’hui au cinéma. Thomas Bornot, son réalisateur, a répondu aux questions d’Alexis Thiebaut.

Dans « Cyril contre Goliath », vous vous intéressez à un petit village médiéval de 400 habitants : Lacoste (Luberon). Un village vampirisé par un célèbre milliardaire français. Goliath, c’est qui ?

Goliath dans le film, c’est le couturier milliardaire Pierre Cardin. Il est arrivé dans le village dans les années 2000 et a il a commencé par racheter le château du Marquis de Sade, qui surplombe ce village. Mais il ne s’est pas arrêté là. Il a commencé après à acheter une maison, deux maison, dix, vingt… pour aujourd’hui posséder 47 maisons, une dizaine de commerces et 40 hectares de terres dans la vallée.

Il y a Goliath, mais il y a aussi Cyril… Cyril Montana, qui est parisien, originaire de ce village. Racontez-nous comment est né ce film ?

Alors, Cyril avait vu il y a cinq ans un film que j’avais fait pour la télévision (Love me Tinder, un film sur l’amour moderne). Il m’a contacté sur les réseaux sociaux pour me parler de son petit village avec l’idée de faire un film pour parler de la prédation de Pierre Cardin sur le village. En le rencontrant, je me suis dit « Tiens, ce type veut s’attaquer à la propriété privée ». J’étais vraiment naïf, en tout cas un peu candide. Mais son côté Donquichottesque m’a vraiment séduit et je me suis dit « J’ai vraiment envie de faire ce film, et j’aimerais que tu sois dedans ».

Vous partez donc dans ce village. Et là, vous découvrez un village très mignon, mais qui est une cité fantôme ?

En fait, en 20 ans, le cœur du village a vraiment été racheté par Pierre Cardin, ce qui fait que les villageois sont partis s’installer dans une petite banlieue. Il a commencé à racheter les commerces, les maisons et il a vidé le cœur du village. Aujourd’hui, quand on traverse le village, les gens se croisent plus, il n’y a plus de vie.

Il parait qu’il expose certains meubles dans les boutiques du village qu’il allume la nuit ?

Dans l’ancienne boulangerie, par exemple, on voit ses collections d’œuvres d’art qui sont exposées 24 heures sur 24 et éclairées au néon.

Il se sert de ce village comme un musée ?

Il y a une sorte de muséification. Les galeries sont remplies de ses objets, mais on ne peut pas y rentrer. C’est un peu ça rue… Dans le film, un personnage dit « Pour un peu, on marcherait dans sa cour ». Il y a quelque chose de cet ordre là.

Avez-vous compris pourquoi il agissait de la sorte? Quel était son intérêt ?

Quand il est arrivé au début, il y avait vraiment un plan. D’ailleurs, il en avait parlé dans les médias. Il voulait faire du village un Saint-Tropez de la culture. Donc il est arrivé avec des projets immobiliers. Il voulait faire des hôtels, des restaurants, des galeries d’art et un golf sur les 40 hectares de terres qu’il avait récupérés dans la vallée. Le problème, c’est que le projet de golf a été arrêté, parce que les agriculteurs du coin ont refusé qu’on transforme les terres agricoles en terre de gold, donc ils se sont opposés au projet. Et lui, du coup, il semble qu’il ait arrêté le projet d’hôtel, de galerie et tout le reste parce qu’il ne pouvait pas faire son golf. Je pense que ça l’a un peu stoppé net dans ses envies. Mais il continue d’acheter des maisons. Et aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il y a un vrai projet. Il y a vraiment un projet, par contre, c’est de priver le village de ses habitations. D’ailleurs il le dit dans : « Des gens collectionnent des timbres, moi, je collectionne des maisons ».

On a du mal à comprendre quel est l’intérêt de racheter petit à petit autant de maisons, si c’est pour rien en faire.

Je pense que ça fait partie d’un investissement immobilier. En plus il achète les maison trois, quatre fois le prix. Donc il a créé une bulle spéculative dans un petit village du Luberon où les prix n’étaient pas du tout comme ça. En plus, n’est pas des maisons avec des grands terrains. Ce n’est pas du tout des maisons qui ont vocation à pouvoir prendre une valeur. Mais lui rachète à trois, quatre fois le prix. Même la Mairie qui aurait voulu préempter pour faire des logements sociaux n’a plus les moyens de le faire, vu la bulle spéculative qu’il a créé. C’est quelque chose d’assez ubuesque de voir ces logements vides qui ne servent à rien et que lui même n’a pas envie de mettre en location parce que ça ne l’intéresse pas.

Vous avez pu le rencontrer ?

Il a refusé. On devait le rencontrer il y a cinq ans, mais il nous a planté cinq minutes avant le rendez-vous. Il a refusé après. On le voit dans le film, on va provoquer une rencontre avec lui et son héritier présumé et neveu Rodrigo. Donc, on a un peu forcé la rencontre. Mais il faut voir le film pour comprendre ce qui se passe.

Vous nous confirmez qu’il y a bien un héritier et que toutes ces maisons ne vont pas revenir à la ville ?

Il y a un héritier. C’est assez Rodrigo, son neveu. Je ne pense pas que Pierre Cardin fasse don de ses maisons au village. Ca serait vraiment une chouette attitude. En tout cas, nous, on pousse un peu là dessus. La mairie a envie de faire des choses et on est dans le triangle d’or du Lubéron, c’est à dire qu’il y a beaucoup de tourisme. Tous les villages alentour sont bien remplis. Il y a des commerces et des hôtels, donc il y a vraiment quelque chose à faire à Lacoste. C’est un peu dommage que Pierre Cardin ne laisse pas ce village croître comme les villages aux alentours.

Vous lui avez envoyé une copie du film?

On lui a pas envoyé de copies de films, non, mais il sort en salle aujourd’hui. En plus, il sort au Luminor Hotel de Ville, à côté de sa boutique, donc il est vraiment à deux pas. On l’invite à venir le voir.

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