Immobilier : La guerre en Iran menace aussi la relance du logement
Alors que la reprise commençait à se dessiner, la guerre en Iran renchérit les matériaux et fait craindre une hausse des taux d’intérêt.
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La guerre en Iran fait déjà bondir les prix des matériaux de construction et si des hausses de taux d’intérêt suivent, la reprise de la construction neuve risque de se gripper à nouveau, après déjà trois ans de crise. Dans l’ancien comme dans le neuf, les professionnels constatent déjà un ralentissement de l’activité, avec des projets reportés et un attentisme lié au contexte international.
Un secteur déjà fragilisé face à un choc immédiat
Tout le secteur du logement commence à s’en inquiéter. « Dès qu’il y a un conflit armé, les gens attendent. J’ai des promoteurs au téléphone qui me disent qu’ils ont l’impression que le véhicule est à l’arrêt », regrette Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI).
La guerre en Iran constitue « un facteur exogène extrêmement impactant pour la production de logements », a estimé mardi le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, lors d’un premier comité de suivi avec le secteur du plan « Relance logement » annoncé en janvier.
« Je ne sais pas ce que vont être les coûts de construction dans les mois qui viennent. On n’avait pas besoin de ça », s’est inquiétée Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat.
Sur le terrain, les agences immobilières observent déjà un coup de frein. « L’année 2026 a très bien démarré (…). Mais au mois de mars, le début du conflit (…), a entrainé de l’attentisme et un ralentissement de l’activité, avec une baisse des contacts et, d’ores et déjà, certains projets reportés ou suspendus », analyse Brice Cardi, président du réseau L’Adresse.
Des hausses de prix déjà constatées sur les matériaux
Concernant les prix des matériaux de construction, « l’impact est déjà là », a déclaré Vincent Jeanbrun lors d’un déplacement à Bondy.
La Fédération française du bâtiment (FFB) constate jusqu’à 35 % de hausse sur les membranes bitumineuses, utilisées pour l’étanchéité, et +20 % sur les produits plastiques comme le PVC et certains isolants (polystyrène).
Le syndicat des artisans du bâtiment, la Capeb, rapporte que 65 % de ses adhérents sondés ont reçu des avis ou courriers de leurs fournisseurs concernant des hausses des tarifs des matériaux.
Dans les agences, les effets se traduisent aussi sur le comportement des acheteurs et des vendeurs. « Côté acheteurs, le conflit crée un climat d’incertitude qui incite à la prudence : les projets sont reportés, les décisions sont plus longues (…). Côté vendeurs, on observe de l’attentisme (…). Le marché marque ainsi un ralentissement, sans être à l’arrêt », détaille Brice Cardi.
Le risque d’un blocage lié aux taux d’intérêt
Mais le pire pourrait venir de la hausse des taux d’intérêt, qui freinerait particuliers et bailleurs sociaux dans leurs projets immobiliers.
« Le regain de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, depuis fin février, fait peser un risque inflationniste susceptible de rebattre les cartes » du marché immobilier, prévenaient la semaine dernière dans une note les courtiers de Cafpi.
En février, le taux d’intérêt moyen des nouveaux crédits à l’habitat hors renégociations était de 3,23%, selon la Banque de France.
« La hausse des taux est inévitable » pour Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim), qui craint « un marché en souffrance » et pas uniquement dans le neuf. Lorsque les taux étaient montés en flèche en 2022, les ventes de logements anciens avaient décliné.
« Si la hausse des taux arrive, cela va chahuter les organismes HLM et l’accession à la propriété », renchérit Valérie Fournier, directrice générale du bailleur social 3F, qui construit 85 logements à Bondy, dont 58 destinés à l’achat pour des ménages modestes.
S’adapter pour absorber la crise et atteindre l’objectif de 2 millions de logements d’ici 2030
Une hausse des taux d’intérêt va nécessiter de « s’adapter » pour « absorber cette crise et atteindre notre objectif de deux millions de logements d’ici 2030 », a déclaré Vincent Jeanbrun, qui veut réunir le secteur bancaire sur le sujet.
Il veut aussi « travailler rapidement » sur un observatoire des prix des matériaux de construction, demandé de longue date par la FFB et le mouvement HLM, pour « voir si les hausses sont justifiées ou s’il y a des effets d’aubaine ».
Cette crise « est un choc qui va nous coûter à tous » a relevé, mardi devant les députés, le ministre de l’Economie Roland Lescure, qui veut s’assurer « que les coûts de ce choc » soient « équitablement partagés » et que les petites et moyennes entreprises, notamment du bâtiment, ne trinquent pas plus que d’autres.
En janvier, le Premier ministre Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun avaient fixé un objectif de créer 2 millions de logements d’ici 2030, soit 400.000 logements par an, dont 125.000 logements sociaux dès cette année.
Un soutien fiscal aux investisseurs particuliers, le dispositif Jeanbrun a été mis en place, ainsi qu’un soutien aux bailleurs sociaux, et le gouvernement a promis des mesures de simplification. Le ministre du Logement porte un dispositif d’« opération d’intérêt local » qui permettrait « d’écraser les procédures » pour réduire les délais de construction sur une zone définie par le maire et validée par le préfet.
