Immobilier : La hausse des taux fait chuter les ventes de Nexity de 17%
Nexity voit ses réservations de logements neufs reculer de 17 %, et de 46 % au troisième trimestre. Face à la hausse des taux, le promoteur envisage une nouvelle réorganisation, sans exclure des suppressions de postes. Sa PDG, Véronique Bédague redoute une crise qui pourrait durer jusqu’après la présidentielle de 2027.
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Véronique Bédague, PDG de Nexity, n'exclut pas une nouvelle réorganisation face à la crise du logement neuf.
- Nexity a enregistré 5 394 réservations de logements neufs sur les neuf premiers mois de 2026, soit une baisse de 17 % sur un an.
- Les réservations de Nexity ont chuté de 46 % au troisième trimestre 2026, tous clients confondus, tandis que les ventes aux investisseurs institutionnels reculent de 59 % sur neuf mois.
- Les ventes de Nexity aux ménages qui achètent pour habiter ont baissé de 18 % sur neuf mois, dans un contexte de remontée des taux immobiliers.
- Le dispositif fiscal Jeanbrun a généré plus de 260 réservations chez Nexity entre janvier et septembre 2026.
- Nexity envisage une nouvelle réorganisation et n'exclut pas des suppressions de postes, alors que sa PDG estime que la crise du logement neuf pourrait durer jusqu'après la présidentielle de 2027.
Les réservations de logements neufs de Nexity ont chuté de 17 % sur les neuf premiers mois de 2026. La remontée des taux d’intérêt et les difficultés d’accès au crédit pèsent sur les acheteurs. Face à une crise qui pourrait durer jusqu’après la présidentielle de 2027, le promoteur envisage une nouvelle réorganisation, sans exclure des suppressions de postes.
La reprise du logement neuf s’éloigne encore. Nexity a publié, jeudi 22 octobre, des résultats commerciaux en net recul, dans un marché fragilisé par l’inflation et la hausse des taux d’intérêt. Les particuliers peinent à financer leurs achats, les grands investisseurs réduisent leurs acquisitions et les perspectives de reprise s’assombrissent. Pour Véronique Bédague, PDG du groupe, le marché pourrait rester au plus bas jusqu’après l’élection présidentielle de 2027. Deux ans après un plan social de 500 suppressions de postes, Nexity envisage donc une nouvelle cure d’économies.
Immobilier neuf : Les réservations de Nexity plongent de 46 % au troisième trimestre
Entre janvier et septembre 2026, Nexity a enregistré 5 394 réservations de logements, contre 6 536 un an plus tôt. Le recul atteint 17 % en volume et 19 % en valeur, à 1,15 milliard d’euros. Le troisième trimestre a été particulièrement difficile, avec seulement 1 536 réservations, soit 46 % de moins qu’à la même période de 2025.
Derrière cette baisse, les situations varient selon les acheteurs. Les réservations des particuliers diminuent de 10 % sur neuf mois, à 3 094 logements. Le recul est beaucoup plus marqué chez les investisseurs institutionnels, dont les achats s’effondrent de 59 %. Les bailleurs sociaux résistent mieux, avec une baisse limitée à 9 %.
Nexity invite toutefois à relativiser ces chiffres. Les ventes en bloc, réalisées auprès des investisseurs institutionnels et des bailleurs sociaux, se concentrent traditionnellement en fin d’année. En 2025, plus de la moitié avaient été signées au quatrième trimestre. Le groupe estime donc qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur l’ensemble de l’exercice.
Du côté des particuliers, la tendance est plus claire. Leurs réservations ont encore baissé de 12 % au troisième trimestre. Nexity souligne néanmoins que ses ventes au détail reculent moins fortement que celles du marché : 10 % sur neuf mois, contre 14 % pour l’ensemble du marché sur huit mois, selon le cabinet Adéquation cité par le promoteur.
Hausse des taux : Les primo-accédants en première ligne
Pour Véronique Bédague, la situation s’est nettement dégradée depuis l’été. « La guerre en Iran a de gros effets », explique-t-elle à l’AFP. La PDG de Nexity souligne que les primo-accédants ont vu leur plein d’essence augmenter de 30 %, tandis que l’inflation atteint 3 % sur un an et que le taux de la dette française à dix ans a dépassé 5 %.
Cette tension sur les taux longs renchérit progressivement le crédit immobilier. Selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA, qui constate une nouvelle dégradation du marché du financement, le taux moyen des prêts a atteint 3,40 % en septembre, contre 3,25 % en juin. Pour le cœur de cible des primo-accédants, Nexity relève un taux de 3,82 % sur 25 ans. Et la situation pourrait encore se compliquer : selon les prévisions d’experts rapportées par l’AFP, les taux immobiliers pourraient dépasser 4 % début 2027.
« Ce contexte pèse sur les projets immobiliers des Français », constate Véronique Bédague, qui observe également que « le nombre de refus de prêt augmente ».
Les résultats de Nexity en portent la trace. Les réservations des ménages qui achètent pour habiter ont reculé de 18 % sur neuf mois, à 1 629 logements, dont 1 429 pour les seuls primo-accédants. Avec des crédits plus chers et des prix du neuf qui restent élevés, certains acheteurs doivent revoir leurs ambitions à la baisse. D’autres préfèrent attendre.
La perte de pouvoir d’achat immobilier est déjà mesurable. Selon La Centrale de Financement, un ménage disposant de 1 250 euros de mensualité pouvait emprunter 3 236 euros de moins en octobre qu’en septembre, sur une durée de 20 ans. Une somme qui peut suffire à déséquilibrer un plan de financement déjà serré.
Dispositif Jeanbrun : Un début d’effet sur les ventes aux investisseurs
Tous les acheteurs ne désertent pas pour autant le marché. Chez Nexity, les investisseurs particuliers continuent de réserver des logements, avec une légère progression de 1 % sur les neuf premiers mois de l’année. Leurs achats atteignent 1 465 logements et représentent désormais 27 % des réservations du groupe, contre 22 % un an auparavant.
Le promoteur commence notamment à bénéficier du dispositif fiscal Jeanbrun, mis en place au premier trimestre. Plus de 260 réservations ont été réalisées dans ce cadre depuis le début de l’année. Nexity évoque une « montée progressive en puissance » du dispositif.
Un début encourageant, mais qui contraste avec les remontées d’autres professionnels. Mi-octobre, une enquête menée par le réseau l’Adresse révélait que 98 % de ses agences avaient reçu peu ou pas de demandes concernant le dispositif Jeanbrun. Aucune ne déclarait encore avoir accompagné ou réalisé de vente dans ce cadre.
Chez Nexity, les investisseurs particuliers permettent donc d’amortir une partie du recul des ventes aux accédants. Leur retour reste cependant trop timide pour compenser la chute des acquisitions réalisées par les autres catégories d’acheteurs.
Nexity envisage une nouvelle réorganisation, avec des emplois potentiellement menacés
Le plus préoccupant pour le promoteur reste la durée de la crise. Véronique Bédague estime que le marché se trouve dans un point bas qui sera « un peu plus bas et plus long » qu’anticipé en 2025 et qui « va sûrement durer jusqu’après la présidentielle » de 2027.
Nexity se prépare donc à fonctionner durablement avec moins de ventes. Le groupe vient de lancer une nouvelle revue de ses activités hors promotion immobilière pour déterminer si certaines pourraient être cédées. Son organisation, son portefeuille de marques et ses frais généraux sont également réexaminés.
De nouvelles suppressions de postes ne sont pas exclues. L’objectif est de « dimensionner le groupe avec les volumes d’activités » constatés, explique Véronique Bédague à l’AFP. Aucun nouveau plan social n’a toutefois été annoncé.
La perspective est d’autant plus sensible que Nexity a déjà traversé une importante restructuration. En 2024, le groupe avait engagé un plan de sauvegarde de l’emploi portant sur 500 suppressions de postes, dont 227 licenciements, tout en cédant plusieurs activités pour faire face à la crise du secteur.
Pour sa PDG, « rechercher des économies est très important ». Au-delà de l’adaptation des effectifs et de l’organisation, la réduction des coûts doit aussi permettre au promoteur de proposer des logements à des prix plus compétitifs. Une nécessité alors que le pouvoir d’achat des acquéreurs continue de se dégrader.
Malgré la crise, Nexity maintient ses objectifs pour 2026
Le groupe ne renonce pas pour autant à ses ambitions financières. Malgré un chiffre d’affaires en baisse de 17 % sur les neuf premiers mois de l’année, à 1,61 milliard d’euros, Nexity confirme ses objectifs pour 2026, sous réserve que l’environnement économique ne se dégrade pas davantage.
Mais cette trajectoire ne suppose aucune reprise du marché. Le promoteur compte avant tout sur les transformations engagées depuis 2023, notamment un plan d’économies de 100 millions d’euros d’ici fin 2026 et une sélection plus rigoureuse de ses programmes.
Cette stratégie se traduit déjà dans son offre commerciale. À fin septembre, 92 % des logements proposés par Nexity se trouvent dans les zones tendues, où la demande est la plus forte. Le délai moyen d’écoulement reste inférieur à six mois et le groupe assure ne pas disposer de stock significatif de logements achevés invendus. Son carnet de commandes représente 3,5 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1,6 année d’activité.
Nexity cherche également à consolider ses financements. Des discussions ont été engagées avec ses banques pour prolonger une ligne de crédit de 625 millions d’euros, dont l’échéance est prévue en février 2028, ainsi que ses garanties financières d’achèvement.
Le promoteur poursuit en parallèle le développement de ses activités commerciales. Il a signé, le 17 octobre, un accord-cadre avec BPCE prévoyant notamment la création d’une entreprise commune pour distribuer des logements neufs et réhabilités. Le partenariat doit entrer en vigueur en décembre.
Ces initiatives permettront-elles de mieux traverser la crise ? Nexity compte sur ses économies, sa sélection de programmes et ses nouveaux partenariats pour préserver son activité. Mais tant que les taux resteront élevés et que les ménages auront du mal à emprunter, la reprise du logement neuf risque de se faire attendre. Avec, pour les promoteurs, la nécessité de continuer à réduire leurs coûts et à adapter leurs effectifs à un marché durablement ralenti.
