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Airbnb/Ian Brossat: Entre incohérence et démesure ...

Airbnb/Ian Brossat: Entre incohérence et démesure des pouvoirs publics

Thibault Martin, fondateur de Smartrenting revient sur le rebondissement qui oppose Airbnb à la Mairie de Paris.

Avant-hier, Ian Brossat, adjoint au logement PCF, a suggéré de mettre en place un décret qui habiliterait la Mairie à sanctionner directement les plates-formes intermédiaires de location courte durée. Pourquoi vouloir mettre en place une réglementation aussi illogique alors que celle-ci est en totale contradiction avec le monde ultra mobile dans lequel nous vivons ?

Ian Brossat (PCF), le bon constat mais le mauvais combat

Adjoint au logement de la mairie de Paris, c’est un fervent opposant aux plateformes collaboratives de location courte-durée, a la volonté de réduire la durée de location des résidences principales. Avec cette volonté en complément de sanctions toujours plus importantes, la mairie de Paris tend à réaliser une véritable « chasse aux sorcières ».
Un travail en commun est plus que primordial dans un contexte de renouvellement de la loi logement (votée en Janvier prochain) d’une société en mutation. Les enjeux de l’hébergement sont désormais étroitement liés à ceux de la mobilité ; et une collaboration intelligente entre ses acteurs et députés semble essentielle.
Quand des plateformes telles qu’Airbnb tentent de mettre en place des moyens de contrôle, les politiciens à l’image de Ian Brossat, réclament des règles et sanctions toujours plus contraignantes. Cibler toujours les mêmes acteurs et rejeter leurs tentatives de collaboration est en totale incohérence avec les enjeux de notre société.

Le vrai combat : les 30 000 résidences secondaires louées en courte durée

Selon quels fondements économiques ou sociaux refuserait-on à un propriétaire/locataire la possibilité de jouir comme il se doit de sa résidence principale ?

Limiter la sous-location ou la location courte durée à 60 jours n’est pas la solution

En voulant limiter à 60 jours la sous-location ou la location courte durée d’une résidence principale, on augmenterait simplement le nombre de logements vacants des grandes villes (souvent en insuffisance de logements). En effet, si le logement n’est pas loué sur du court terme, il restera vide et ne sera, de toutes manières, pas loué par les parisiens (ou autres urbains). Par ailleurs, soulignons également qu’un français dispose d’en moyenne 150 jours de vacances par an (entre congés payés, RTT, weekends etc. …), le besoin en logement de tourisme est donc une réalité pour les français.
L’idéologie de certains acteurs publics de vouloir se positionner sur un tel alourdissement des règles et des sanctions est tout bonnement infondé et ne règlerait en rien la question du logement.
L’idéologie de certains acteurs publics de vouloir se positionner sur un tel alourdissement des règles et des sanctions est tout bonnement infondé et ne règlerait en rien la question du logement.

Le réel problème du logement repose sur le manque de mise en application des lois déjà existantes : il est interdit de louer en location courte durée une résidence secondaire. Or, aujourd’hui, bon nombre de propriétaires outrepassent cette loi. Et c’est en cela que l’offre de logement long terme dans les grandes villes est impactée (et non pas du fait de la location court terme de résidence principale) ! Le laxisme des pouvoirs publics a amené les propriétaires, appâtés par les avantages économiques, a enlever du marché leurs logements. Ils réduisent ainsi drastiquement la location longue durée pour les étudiants, jeunes actifs et jeunes ménages. Lors de l’émergence des plateformes de location saisonnière, les multi-propriétaires se sont désengagés de la location longue durée. C’est à ce moment-là que les pouvoirs publics auraient dû encadrer afin d’éviter les abus d’aujourd’hui. A Paris, plus de 30 000 appartements ont été enlevé du marché long terme pour la courte durée.

« Ne confondons pas tous les propriétaires en les logeant à la même enseigne ! »

Par ailleurs, revenons sur la définition de résidence principale qui n’est plus adaptée à la société dans laquelle nous vivons. Pour être considérer en résidence principale il faut pouvoir attester d’une présence d’au moins 8 mois dans un logement.
Cependant, à une époque où la mondialisation est omniprésente et les échanges culturels sont plus que bénéfiques, pourquoi la définition de résidence principale se rattache-elle encore à une durée ?

« Par exemple, quelle est la résidence principale d’un étudiant, en étude à Lyon 6 mois, en stage à Londres 4 mois et en vacances chez ses parents à Paris 2 mois ? »

Ce schéma-là se retrouve chez des milliers d’individus, pour lesquels le logement devient une véritable contrainte. En toute logique, la résidence principale d’une personne devrait être liée à sa vie sociale et économique et au lieu où elle vit de manière habituelle.
Aussi, cette obsolescence dans la définition juridique de résidence principale n’est pas un cas isolé : c’est l’ensemble des lois qui doivent être repensées en accord avec notre société nouvelle et ses enjeux modernes en termes de mobilité, d’hébergement collaboratif et de consommation de manière générale.

Les propositions sur la loi logement vont à l’encontre de la volonté de mobilité du Président

Les services tels qu’Airbnb répondent à un besoin que les acteurs plus classiques n’ont pas encore pris charge.

La société et les modes de consommation ont évolué et l’hébergement est directement impacté par ces changements structurels. D’une part, on ne peut mettre en avant la concurrence déloyale exercée par ces plateformes collaboratives envers les hôtels. En effet, le touriste moderne ne recherche plus le même service qu’il y a 30 ans et ses attentes ne se concentrent plus uniquement sur des hôtels.
Un appartement convivial, synonyme d’indépendance et de frais réduits est le graal tant convoité par les voyageurs. Les services tels qu’Airbnb répondent à un besoin que les acteurs plus classiques n’ont pas encore pris charge. Les étudiants et jeunes actifs sont de plus en plus attirés par ce type de consommation collaborative. Ce nouveau mode de vie doit être accompagné, encouragé mais en rien limité.
D’autre part, ne pas soutenir le tourisme « made in France » en limitant ce type de plateforme est invraisemblable. Notre pays fait partie des destinations phares ; comment se positionner dans un marché international sans s’adapter aux besoins ? Le nombre de chambres d’hôtel ne s’est que très peu accru sur les 20 dernières années, ne permettant donc pas de faire face à une demande touristique toujours plus croissante. Ces logements vacants sont un moyen intelligent d’accroître la capacité d’accueil (des touristes étrangers et français) des villes touristiques françaises.
Ces nouveaux touristes soutiennent d’autant plus les commerces de proximité et les activités culturelles des régions. Un voyageur ayant réalisé une économie sur son hébergement sera plus enclin à dépenser dans la culture, la gastronomie et les artisans locaux, si chers à notre économie nationale.
Les pouvoirs publics ont tout intérêt à encourager les personnes mobiles à louer leur appartement puisqu’ils récupèrent ainsi la taxe de séjour générée par les voyageurs et les revenus fonciers tirés des réservations sur les plateformes courte durée. Il serait donc une hérésie pour les pouvoirs publics de limiter la location de son logement, que l’on soit propriétaire ou locataire d’une résidence principale !

« La mobilité ne doit pas faire d’un logement une contrainte mais une opportunité »

Rappelons également que soutenir la mobilité est le combat que s’est donné le Président Emmanuel Macron : inciter les départs à l’étranger des étudiants, l’apprentissage des langues étrangères (chaque étudiant devra pouvoir parler au moins 2 langues européennes) ne sont que des exemples des promesses de ce quinquennat.

Tous les leviers doivent être envisagés pour faciliter cette mobilité. La France doit se placer en tant qu’avant-gardiste et non suivre certains pays européens qui ne font que des pas en arrières, inadaptés à la mobilité actuelle. Londres et Amsterdam qui limitent la durée de location courte durée à 90 et 60 jours cloisonnent leurs citoyens à leur environnement habituel et n’encouragent en rien la mobilité, les échanges et l’enrichissement culturels. Ne copions pas les erreurs de nos confrères et soyons proactifs sur la question de la mobilité et de l’hébergement. Stéphanie Do et Julien De Normandie, en charge du groupe de travail sur la loi logement, doivent prendre en compte l’ensemble du tableau en ayant une vue globale de la problématique de la mobilité.

 

 


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