RENT 2026 : « Le marché est en hibernation », Loïc Cantin (FNAIM)

900 000 ventes en 2026, un neuf « à l’agonie » et une présidentielle qui fige tout. Au micro d’Ariane Artinian pour Mon Podcast Immo, Loïc Cantin (FNAIM) dresse un bilan sans fard du marché immobilier.

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L'essentiel selon MySweetimmo
  • Selon Loïc Cantin, président de la FNAIM, le marché immobilier devrait terminer 2026 à 900 000 ou 920 000 transactions, soit un recul de 3 à 5 % par rapport à 2025.
  • Le président de la FNAIM, Loïc Cantin, prévoit un premier semestre 2027 très mauvais pour l’immobilier, en raison de l’attentisme lié à l’élection présidentielle de 2027.
  • Selon la FNAIM, le marché du logement neuf est « à l’agonie » et les investisseurs locatifs ont quasiment disparu des agences immobilières.
  • D’après Loïc Cantin (FNAIM), la crise immobilière a fait disparaître 3 000 cabinets et 15 000 emplois salariés chez les professionnels de l’immobilier.
  • Le décret imposant une formation initiale aux collaborateurs d’agents immobiliers devrait être publié fin 2026 ou début 2027, selon le président de la FNAIM.

Environ 900 000 ventes en 2026, un neuf « à l’agonie » et une présidentielle qui fige déjà les projets : le président de la FNAIM ne cache pas son inquiétude. Rencontré au salon RENT pour Mon Podcast Immo, Loïc Cantin dresse un bilan sans fard du marché immobilier, et prévient : « Le marché aujourd’hui, il est en hibernation, et il ne faut pas que cette hibernation dure trop longtemps. » Investisseurs, encadrement des loyers, agences, formation : il passe tout en revue, avec la verve qu’on lui connaît.

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Marché immobilier : 900 000 ventes et un neuf à l’agonie

Une fin d’année conforme aux prévisions

La FNAIM avait vu juste. « L’atterrissage à fin décembre sera conforme à notre prévision du mois de juin. On avait annoncé un recul du marché de 3 à 5 % par rapport à 2025, avec un atterrissage à 900 000, 920 000 transactions. Et nous allons y être », constate Loïc Cantin. En cause, selon lui, les hausses successives des taux de la BCE, les tensions internationales, la baisse du pouvoir d’achat et le renchérissement du crédit. Mais surtout une crise d’incertitude, nourrie par l’instabilité politique. Or l’immobilier supporte mal le brouillard : « Quand on se projette sur un investissement, il faut avoir une vision et être dans un système de sécurité. »

Le regret est palpable, car l’année avait bien commencé. « Le marché avait retrouvé des couleurs. On y croyait. Oui, on y croyait. »

Le neuf « à l’agonie », l’ancien dans l’attente

Si l’ancien souffre, le neuf, lui, est au plus mal. « Le marché du neuf aujourd’hui, je dis bien, est à l’agonie. Aujourd’hui, tout s’est arrêté », alerte le président de la FNAIM, qui redoute les effets de cette panne sur l’équilibre de toute l’offre de logements. Sur le marché de l’existant, c’est l’attentisme des vendeurs qui l’inquiète : beaucoup renoncent pour l’instant à mettre leur bien en vente. « On attend pour voir, et on attend une échéance prochaine. »

2027, une année suspendue à la présidentielle

Cette échéance, c’est l’élection présidentielle. « Nous sommes très inquiets sur la période préélectorale qui se présente devant nous », confie Loïc Cantin. Comme avant chaque scrutin, « les Français, sauf s’ils sont contraints à faire une acquisition, reportent leur projet à une échéance plus lointaine ». Logique, selon lui : « L’immobilier, c’est du long terme, c’est 15, 20, 25 ans, et ça demande d’être sécurisé. »

Son pronostic pour 2027 est donc en deux temps. « Le premier semestre sera très mauvais, mais le deuxième dépendra totalement de l’énergie de la feuille de route qu’imprimera le futur président ou la future présidente. » Pas question, prévient-il, de se contenter de « mesurettes » : « Il faut véritablement un cap, regagner la confiance, donner envie aux Français d’investir. »

Investisseurs, loyers, PTZ : la confiance à reconstruire

« Les gens n’ont plus confiance dans la pierre »

Les investisseurs ont quasiment déserté les agences, et Loïc Cantin y voit l’aboutissement d’une longue série de coups durs : l’impôt sur la fortune immobilière, des revenus fonciers plus taxés que les revenus financiers, puis les interdictions de louer les logements énergivores. Sur ce dernier point, il se félicite que le projet de loi Jeanbrun « rétropédale », la FNAIM ayant toujours jugé ce calendrier intenable.

Reste un problème d’arithmétique. « On ne peut pas avoir d’un côté des taux d’intérêt qui montent et des taux de rendement sur l’immobilier qui ne bougent plus », résume-t-il, entre des loyers encadrés dans les zones tendues et des prix qui ne baissent pas. Résultat, « des taux de rendement aujourd’hui qui sont en deçà même des rendements financiers ». Et un diagnostic sans appel : « Ce qui manque dans ce pays, c’est une confiance de l’investisseur. Les gens n’ont plus confiance dans la pierre. » Il veut pourtant garder espoir, car « la pierre a résisté à toutes les crises économiques », et l’épargne des Français, qu’il évalue à 5 700 milliards d’euros, pourrait selon lui financer un « formidable mouvement de retour » vers l’offre locative.

Encadrement des loyers : « aucune solution de relais »

Le débat parlementaire sur la prolongation de l’encadrement des loyers le désole. « Si l’encadrement des loyers avait été véritablement efficace, on le saurait depuis douze ans qu’il est en fonction dans ce pays, on ne serait pas en crise d’une offre locative », tranche-t-il. À ses yeux, le plafonnement de la hausse du loyer au changement de locataire suffisait « amplement » à stabiliser les prix. Le vrai problème est ailleurs : « Il n’y a aucune solution de relais et de dynamisation du marché. C’est ce qui est inquiétant. » Le Pinel a disparu fin 2024, et le statut du bailleur privé, réservé au neuf, « n’a pas le succès escompté ».

Promesses électorales : le PTZ famille oui, le PTZ pour tous non

Le logement s’invite enfin dans la campagne, et Loïc Cantin s’en réjouit, tant le sujet angoisse les Français. Mais il cherche encore la vision d’ensemble : « Une France sociale ? Une France de locataires ? Une France de propriétaires ? Un équilibre entre tous ? » Certaines idées le font bondir, comme celle d’un prêt à taux zéro généralisé pour financer la rénovation énergétique, alors que l’État prend en charge les intérêts et que « la France emprunte à 5 % ». Des mesures « un petit peu aventuristes, qui ne reposent pas sur une analyse économique réelle », juge-t-il.

Le PTZ famille trouve en revanche grâce à ses yeux : « Très bonne disposition, enfin ! », une mesure utile « pour essayer de faire redresser la natalité ». À condition de ne pas en faire une recette universelle, car « généraliser le prêt à taux zéro, dans les périodes d’inflation et de tension sur les taux, ce n’est pas une stratégie ». Un débat qui reste ouvert : depuis notre entretien, le budget 2027 a été rejeté.

Agences immobilières : la crise n’est pas finie

3 000 cabinets disparus

Côté agences, l’hémorragie semble stoppée. « Aujourd’hui, l’érosion est quasiment terminée », assure Loïc Cantin, pour qui le nombre de liquidations s’est stabilisé. La FNAIM a perdu 1 000 adhérents, et la profession tout entière a payé un lourd tribut : « 15 000 emplois salariés qui ont disparu et 3 000 cabinets » depuis le début de la crise. Pas de quoi crier victoire : « Cette crise, elle n’est pas finie. Elle est encore devant nous. »

Formation : une bataille gagnée, la sanction en ligne de mire

Il a en revanche une bonne nouvelle à annoncer. Après que la FNAIM a obtenu du Conseil d’État qu’il enjoigne au Premier ministre de publier le décret sur la formation des collaborateurs d’agents immobiliers, le Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières (CNTGI) s’est accordé sur l’essentiel des propositions de la fédération. Le texte « va être publié très vraisemblablement fin de l’année, début de l’année prochaine. C’est le premier pas vers une moralisation ».

Le président de la FNAIM ne compte pas s’arrêter là. « Une profession qui se respecte repose sur deux pieds, la formation et la sanction. On a gagné la bataille de la formation, maintenant je vais engager la bataille de la sanction. » Avec un objectif plus large encore : redonner du lustre à un métier « mal identifié » et rassurer les consommateurs.

Ce qu’il faut retenir

Vous avez un projet immobilier ? N’attendez pas forcément l’après-présidentielle : si votre achat ou votre vente répond à un vrai besoin, un marché attentiste laisse de la place à ceux qui avancent, à condition de bien préparer son financement.

Vous êtes un pro de l’immobilier ? Le premier semestre 2027 s’annonce difficile : c’est le moment de consolider votre trésorerie, d’anticiper le décret formation pour vos collaborateurs et de garder le contact avec les vendeurs qui attendent.

Interview enregistrée au salon RENT, novembre 2026. Retrouvez tous les épisodes de Mon Podcast Immo sur MySweetImmo, ou écoutez celui-ci sur votre plateforme préférée.

Par Ariane Artinian