La finance peut-elle contribuer à la sortie de la crise ?

Didier Kling
© F.Daburon-CCI Paris Ile-de-France

Pour Didier Kling, Président de la Chambre Nationale des Conseils-Experts Financiers une stratégie nationale d’éducation financière est indispensable pour une économie plus responsable et plus résiliente.

Parce qu’elle relie les Hommes avec l’économie, la Finance a un rôle à jouer dans la relance de notre pays*. Sera t-elle la clé pour sortir de la crise ? Elle est en tout cas au cœur de tous les enjeux. En effet, contrairement à 2008/2009, la finance n’est pas à l’origine de la crise. Elle est même la solution. Si nous observons la situation provoquée par la crise pandémique nos professions ont un rôle central dans la remobilisation des actifs financiers. Tout d’abord, l’abondante épargne accumulée par les ménages. Elle sera essentielle pour relancer la consommation. D’autant plus que les entreprises se sont endettées massivement, de l’ordre de 12% entre février 2020 et février 2021 selon la Banque de France ; ce qui a pour conséquence de grever leur capacité à investir pour préparer l’avenir. Dans le même temps, la santé éclatante des places financières fait planer l’ombre d’une crise boursière sur la reprise mondiale, et les transformations profondes du secteur financier semblent ouvrir la porte vers le « monde d’après » : fintechs, cryptomonnaies, investissements verts…La liste des innovations est conséquente.

Relier et simplifier

La “planète finance” est donc à l’aube d’une ère nouvelle où les conseils-experts financiers sont les professionnels les plus amènes pour replacer la finance au service de l’économie réelle, c’est-à-dire, en direction de l’investissement, de la croissance et du développement. Par destination, ils sont le trait d’union entre leurs clients, chefs d’entreprises et particuliers pour réarmer l’économie productive. Experts en matière de conseils, ils dialoguent avec les pouvoirs publics et interagissent avec les établissements financiers, dans de nombreux domaines, tels la gestion de patrimoine, le financement des entreprises, l’immobilier, la fusac, le courtage en assurance et en crédit.

Ces acteurs de proximité, que l’on retrouve dans l’ensemble du territoire national sont donc tout à fait disposés à relever les challenges dont notre pays a besoin. Formés, encadrés, contrôlés, ils représentent le gage d’un travail en toute impartialité et en toute indépendance. Pour qu’ils puissent donner toute la mesure de leur expertise, cela suppose que le Législateur français (et européen) questionne le rapport que la finance entretient avec la réglementation. En effet, d’un côté, une tendance se fait jour en faveur de la désintermédiation. Les investisseurs non-professionnels, lassés des contraintes administratives préalables très nombreuses, traitent de plus en plus en direct avec les porteurs de projets. De l’autre, le pouvoir politique est prolixe s’agissant des textes qui régissent le financement de l’économie. Si la protection des épargnants est nécessaire, le moment exige que nous recherchions collectivement une stabilité réglementaire. Elle est la condition pour ne pas menacer la fluidité des activités économiques, garantir la fiabilité des investissements et éviter l’éparpillement ou la dormance volontaire des capitaux.

De plus, une stratégie nationale d’éducation financière est indispensable. Les Français ont un rôle à jouer dans la redirection des flux en faveur d’une économie plus responsable et résiliente. Cela suppose une évolution des connaissances des épargnants sur les questions relatives à leur budget et plus généralement aux placements financiers. Car l’idée qu’ils ont des produits à leur disposition est soit insuffisante, soit n’est pas en adéquation avec la réalité du marché.

Répondre autrement aux besoins

Enfin, il reste la question de l’image de la finance. Ce n’est pas un moindre sujet et dans la marche du monde, elle a souvent été considérée à tort, comme “l’ennemi invisible”, responsable des problèmes sociaux et environnementaux. Or, on le voit chez nos concitoyens, une réflexion plus profonde se dessine pour la mettre au service de nouvelles ambitions : réindustrialisation, relocalisation, émergence d’entreprises innovantes. Nous ne saurions vivre dans une société où les besoins sont satisfaits sans prendre en compte les défis majeurs qui nous attendent. Aussi, la finance sera l’une des composantes de la sortie de crise parce que ses acteurs, responsables, regardent avec lucidité, les innovations technologiques et sociales que demandent les bouleversements mondiaux et au premier rang, le changement climatique.

C’est cette finance qui sait se réinventer, qui nous permettra collectivement à la fois de mieux orienter l’épargne mais aussi de renouer avec cette aspiration d’une économie positive. Il s’agit donc de lire, à travers la crise, les signaux du temps présent, de s’en emparer et de les traduire en actions. La finance est prête, pour peu que cette volonté soit partagée collectivement.

  • C’est d’ailleurs en ce sens que le Cercle des Économistes a organisé une journée de réflexion le 18 mai avec les acteurs du secteur.
Didier KLING est Président de la Chambre Nationale des Conseils-Experts Financiers.
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