Immobilier de bureaux : Pourquoi les entreprises préfèrent renégocier leur bail plutôt que déménager

Renégocier son bail ou déménager ? Dans l’immobilier de bureaux, les entreprises mettent désormais les deux scénarios en concurrence avant de décider. Et selon Cushman & Wakefield, la renégociation des bureaux s’impose désormais comme une véritable alternative.

Bureaux : Renégocier son bail ou déménager ?

Nouveau

© adobestock

 0

Pendant longtemps, l’échéance d’un bail de bureaux rimait souvent avec recherche de nouveaux locaux. Ce réflexe est en train de changer. Les entreprises mettent désormais plus systématiquement en balance deux scénarios : déménager ou rester en renégociant leur bail.

Selon Cushman & Wakefield, le rapport de force s’est même nettement rééquilibré. Sur les opérations importantes observées par le conseil immobilier, renégociations et déménagements représenteraient désormais chacun environ 50 % des arbitrages.

Newsletter MySweetimmo

Renégocier son bail devient une vraie alternative au déménagement

Pourquoi rester plutôt que partir ? D’abord parce que le contexte économique incite les entreprises à examiner de plus près leurs engagements immobiliers. Mais aussi parce que les propriétaires ont intérêt à conserver leurs locataires dans un marché des bureaux devenu plus sélectif.

Franchises de loyer, participation aux travaux, réduction ou ajustement des surfaces, modification de certaines conditions du bail : plusieurs leviers peuvent rendre le maintien dans les locaux plus intéressant.

« Il y a encore quelques années, le déménagement constituait souvent le scénario privilégié. Aujourd’hui, les entreprises prennent davantage le temps d’évaluer l’ensemble des options. Le coût du financement, le niveau des investissements nécessaires et les nouvelles attentes en matière de flexibilité conduisent à comparer beaucoup plus finement les bénéfices d’un maintien dans les locaux existants et ceux d’un transfert vers un nouveau site », explique Aymeric Le Roux, MRICS, International Partner, Head of Offices Strategic Leasing, Flex Solutions, Occupiers Advisory & Transaction chez Cushman & Wakefield.

Le mouvement ne concernerait plus seulement les grands marchés de bureaux. Cushman & Wakefield observe également des renégociations dans les grandes métropoles régionales, sur des surfaces pouvant atteindre 3 000 à 5 000 m².

« Notre bureau de Marseille vient de traiter une mission de renégociation importante, ce qui était beaucoup plus rare auparavant. On commence à voir ce type d’opération dans les grandes métropoles régionales », ajoute Pauline Demetriades, Directrice du Conseil Utilisateurs chez Cushman & Wakefield.

Travaux, franchises, trésorerie : Le loyer ne suffit plus pour comparer

Le coût des travaux pèse lourd dans l’arbitrage. Selon les chiffres de Cushman & Wakefield, la hausse du prix des matières premières entraînerait des surcoûts de l’ordre de 10 à 20 % selon les postes.

Pour une entreprise qui déménage, la facture peut rapidement grimper. Toujours selon Cushman & Wakefield, aménager 1 000 m² peut représenter un investissement compris entre 800 000 euros et 1,5 million d’euros. À cette dépense peut s’ajouter la remise en état des bureaux quittés.

Dans ces conditions, comparer uniquement les loyers affichés donne une vision incomplète de l’équation économique. Une renégociation peut éviter certains investissements si les locaux répondent encore aux besoins de l’entreprise. À l’inverse, un déménagement peut rester pertinent si les effectifs évoluent, si les surfaces ne sont plus adaptées ou si l’entreprise transforme profondément son organisation du travail.

Le critère déterminant devient donc le coût global de chaque scénario et son effet immédiat sur la trésorerie.

« Quand on parle d’immobilier de bureaux, on parle beaucoup du loyer facial, celui qui est affiché. Mais pour les utilisateurs, ce qui compte réellement, c’est le coût économique global et surtout l’impact cash. Les franchises de loyer, les participations aux travaux, les mesures d’accompagnement ont aujourd’hui énormément de valeur, parce que les entreprises cherchent avant tout à préserver leur trésorerie », affirme Aymeric Le Roux.

Les entreprises négocient désormais des baux plus flexibles

La renégociation d’un bail de bureaux ne se résume donc plus à obtenir une baisse de loyer. Les discussions peuvent porter sur la durée d’engagement, les franchises, le financement des travaux ou les conditions de départ.

Cushman & Wakefield cite notamment les clauses d’indexation plafonnées, les mécanismes de restitution prévus dès la signature ou encore les forfaits de remise en état négociés à l’avance. L’objectif est notamment de mieux maîtriser les coûts susceptibles d’apparaître au moment de quitter les locaux.

« Il n’existe plus une seule manière de négocier. On peut agir sur les franchises, sur la durée du bail, sur les loyers, sur les travaux, sur les conditions de sortie ou encore sur les mécanismes de restitution. Deux opérations peuvent afficher exactement le même loyer facial, mais produire des résultats économiques très différents selon la structure de l’accord », commente Aymeric Le Roux.

Cette multiplication des paramètres change aussi la façon de préparer une échéance immobilière. Directions immobilières, directions financières, ressources humaines et directions générales sont amenées à comparer plusieurs hypothèses avant de trancher.

« Les projets immobiliers mobilisent aujourd’hui davantage d’acteurs qu’auparavant. Les directions financières apportent naturellement une attention renforcée aux enjeux économiques, tandis que les directions immobilières jouent un rôle essentiel pour construire les différents scénarios et identifier la meilleure stratégie. Chaque projet est un arbitrage entre performance financière, qualité des espaces et ambitions de l’entreprise », illustre Pauline Demetriades.

D’où l’importance d’anticiper. Attendre les derniers mois du bail réduit mécaniquement les options disponibles. Engager la réflexion suffisamment tôt permet au contraire de chiffrer un déménagement, d’évaluer le coût du maintien dans les locaux et de négocier avec le propriétaire avant que l’échéance ne dicte la décision.

Par MySweetImmo