Savez-vous qui étaient John Arthur et William Henry Tiffen ?

Découvrez qui étaient John Arthur et William Henry Tiffen, les pionniers des agences immobilières.

En 1818, John Arthur pose la pierre de la première agence immobilière à Paris. Elle connaîtra un immense succès durant les XIXe et XXe siècles. Après elle, plusieurs agences indépendantes et réseaux d’agences verront le jour ; ainsi que des syndicats de professionnels comme la FNAIM.

Du vin à l’immobilier

Les Britanniques, tout au moins les plus fortunés d’entre eux, aimaient de tous temps venir en villégiature en France, voire s’y installer. Les soubresauts de la révolution française, suivis du blocus continental décrété par Napoléon Ier, éloignèrent nos voisins quelques décennies durant, mais l’attrait des Anglais pour notre pays les incita à traverser à nouveau la Manche aussitôt le calme revenu, avec Louis XVIII et la Restauration.

Dès 1818, John Arthur, sujet de sa Majesté britannique, installé lui-même à Paris, fut le premier à tenter de répondre à cette demande pressante de ses compatriotes en leur proposant d’organiser et de faciliter leur séjour en France. A l’origine négociant en vins, John Arthur se fit aussi banquier, agent de change, loueur de voitures à chevaux au gré des besoins de sa clientèle. Il ne tarda pourtant pas à se reconvertir définitivement en agent immobilier, agent d’affaires comme on disait à l’époque, pour dénicher la résidence à acheter ou à louer. Et il tint, contrairement à tous les professionnels jusqu’alors, à avoir pignon sur rue, en ouvrant la première agence immobilière de l’histoire, rue de Castiglione.

John Arthur junior, fils du fondateur, prit en 1850 la succession de son père à la direction de l’affaire qui, entretemps, s’était acquis une réputation internationale.

L’avènement du crédit et du transport ferroviaire avait stimulé la croissance de l’agence John Arthur, qui se poursuivit jusqu’à la fin du Second Empire, avec des clients aussi prestigieux que la famille royale britannique ou le tsar de toutes les Russies. Alain Decaux, dans son ouvrage La Castiglione (Librairie Académique Perrin, 1953), résuma l’aura qui entourait cette agence immobilière : « Depuis la restauration jusqu’au début de la IIIe République, il n’est pas un Parisien qui n’ait connu John Arthur. Il est mêlé à toutes les visites de rois, d’empereurs, de princes héritiers. L’aristocratie européenne, sans oublier celle du Nouveau Monde, eut affaire à lui. »

Novatrice, l’agence publia en 1884, le premier journal d’annonces immobilières de Paris afin de répertorier les biens proposés à la vente et à la location, par arrondissements, catégories et prix. Le Grand journal officiel des locations et de la vente paraîtra jusqu’en 1924. De plus, s’ajoutent à la description des immeubles, la liste des voyageurs étrangers de passage à Paris, des chroniques sur des questions immobilières et autres informations mondaines. Cette publication lui permettra de se renforcer sur son marché qui commençait alors à devenir extrêmement concurrentiel.

Nouveau départ

Paradoxalement, les travaux titanesques du Baron Haussmann mirent à mal cette belle prospérité. La destruction de nombre de bâtiments dans tout Paris, finit par assécher le portefeuille de biens de John Arthur qui se trouva démuni face à ses clients exigeants. En 1892, un de ses associés, William Henry Tiffen, proposa alors à John Arthur de lui racheter ses parts et l’entreprise devint John Arthur & Tiffen, dénomination qui est toujours la sienne aujourd’hui.

Les destructions de la Seconde Guerre mondiale et la pénurie de logements qui s’ensuivit donnèrent à Charles Tiffen, fils de William Henry Tiffen, l’occasion de faire financer des opérations de reconstruction par des clients investisseurs. C’est ainsi que naquit la structure « Tiffen Promotion » qui prit en charge la construction d’une centaine d’immeubles à Paris et en Ile-de-France, ainsi que sur la Côte d’Azur, dont des ensembles de bureaux à la Défense ou la Cité Marine de Port-la-Galère, près de Cannes. Charles Tiffen prit aussi une part prépondérante à l’organisation de la profession de promoteur immobilier en devenant le premier président de la Fédération Nationale des Promoteurs Constructeurs.

Sans descendance, Charles Tiffen céda son groupe à la Générale Occidentale, de Jimmy Goldsmith, qui s’en sépara rapidement au profit de la Société Manera, dirigée par Francis Beuchard. En 2000, John Arthur & Tiffen mit un terme à son activité de promotion immobilière pour se recentrer sur son cœur de métier, la gestion locative et les activités de transaction.

Le plus vieux métier du monde, depuis l’antiquité…

Bien avant l’ouverture de la première agence, la profession d’agent immobilier ou d’administrateur de biens existait partout dans le monde. Elle était aussi vieille que la propriété immobilière. Ainsi, les scribes égyptiens percevaient des loyers pour le compte des pharaons ou d’autres propriétaires fonciers. A Babylone et en Perse, on a trouvé des traces de transactions immobilières. En France, la profession fut réglementée sous l’appellation de courtier ou de couratier, dès le moyen-âge. Au XVIIe siècle, des bureaux d’adresses permettaient de réaliser des opérations commerciales. Ces professionnels étaient devenus gens d’affaires, mués au siècle suivant en agents d’affaires, en devenant intermédiaires entre vendeurs et acquéreurs, propriétaires et locataires, de biens et de services.

… La réglementation fait loi

Le code de commerce donna une existence légale aux agents d’affaires en 1807, avant que la Chambre syndicale des agents immobiliers de France n’édicte les premières règles déontologiques en 1921. Mais il fallut attendre la loi Hoguet, en 1970, pour doter la profession d’un authentique cadre juridique. Le métier d’agent immobilier répond, depuis, à cette définition : toute personne, physique ou morale qui, d’une manière habituelle, et même à titre accessoire, se livre ou prête son concours aux opérations portant sur les biens d’autrui (transaction ou la location d’immeubles ou de fonds de commerce et la gestion immobilière). En outre, une carte professionnelle délivrée par la Chambre de commerce et d’industrie territoriale est obligatoire pour prouver l’identité et l’autorisation d’un professionnel à exercer ce métier. Après la constitution du réseau Orpi en 1966, la loi Hoguet facilita l’émergence des réseaux d’agences, tels que Foncia en 1972 ou Century 21 en 1987.

Auparavant, dès 1946, Marcel Arnould, lui-même agent d’affaires, soucieux de fédérer les intérêts de la profession, fonda la FNAIM, Fédération nationale des groupements professionnels d’agents et de mandataires en vente de fonds de commerce, devenue depuis, Fédération Nationale de l’Immobilier.

La FNAIM est aujourd’hui la principale fédération du secteur avec 21 chambres régionales et 64 chambres départementales. Elle pèse dans tous les débats concernant l’immobilier et la politique du logement. Le renom de la FNAIM offre à ses adhérents (réseaux d’agences immobilières et indépendants) une force de frappe et une visibilité accrues partout en France.

© /bazikpress/adobestock
Era France