Prime carburant : Jusqu’à 1 000 € pour les salariés, ce que les agents immobiliers doivent savoir
Le plafond de la prime carburant passe de 600 à 1 000 euros. Salariés, mandataires, cumul avec les frais de visites : ce que ça change pour les pros de l’immobilier.
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- Le plafond de la prime carburant que les employeurs peuvent verser à leurs salariés va passer de 600 à 1 000 euros par an, selon l'annonce faite par Serge Papin, ministre des PME, le 22 septembre 2026.
- La prime carburant est facultative : aucune agence immobilière n'est obligée de la verser à ses négociateurs ou gestionnaires salariés.
- Les mandataires immobiliers indépendants ne peuvent pas recevoir la prime carburant, réservée aux salariés, mais peuvent demander l'aide de 100 euros aux grands rouleurs, prolongée jusqu'à la fin de 2026, s'ils remplissent ses conditions de revenus et de kilométrage.
- La prime carburant finance les trajets entre le domicile et le lieu de travail, et ne remplace pas le remboursement des déplacements professionnels, comme les visites de biens.
- La date d'entrée en vigueur du plafond de 1 000 euros de la prime carburant, et ses conditions fiscales précises, n'ont pas encore été publiées.
« Nous faisons ainsi de la prime carburant une aide concrète au pouvoir d’achat, actionnable par les entreprises au bénéfice de leurs salariés. » C’est en ces termes que Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, a présenté mardi à Bercy le relèvement du plafond de cette prime, lors d’une conférence de presse consacrée à l’amplification des aides face à la hausse du prix des carburants. Le contexte explique l’urgence : sous l’effet des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, le gazole s’affichait mardi à 2,41 euros le litre en moyenne en France, un record tandis que le SP98 atteignait 2,27 euros et le SP95-E10 2,17 euros. Pour les professionnels de l’immobilier, qui enchaînent visites et rendez-vous au volant, la facture s’alourdit chaque semaine.
Le dispositif n’est pas nouveau. Prévue par le code du travail, la prise en charge des frais de carburant permet à un employeur de rembourser une partie de ce que ses salariés dépensent pour venir travailler avec leur véhicule personnel, qu’il s’agisse d’essence, de gazole ou de la recharge d’une voiture électrique ou hybride rechargeable. Tout son intérêt tient à son régime, que le ministre a pris soin de rappeler : dans la limite du plafond, fixé à 600 euros par an et par salarié en 2026, la somme versée est défiscalisée et exonérée de charges salariales. Porter ce plafond à 1 000 euros revient donc à permettre aux entreprises d’en donner davantage à leurs équipes sans alourdir la facture sociale.
Concrètement, prenons un négociateur qui habite à 25 kilomètres de son agence et fait l’aller-retour en voiture 220 jours par an. Il parcourt quelque 11 000 kilomètres par an pour ses seuls trajets domicile-travail. Avec une consommation de 6,5 litres aux 100 kilomètres et un gazole à 2,41 euros, cela représente environ 1 700 euros de carburant par an. Une prime de 600 euros en couvrait à peine plus d’un tiers. À 1 000 euros, elle en prendrait en charge près de 60 %, sans cotisations ni impôt.
Les salariés oui, les mandataires immobiliers non
Pour les professionnels de l’immobilier, tout dépend pourtant du statut, et c’est là que la mesure trouve sa première limite. La formule du ministre le dit d’ailleurs clairement : la prime s’adresse aux entreprises « au bénéfice de leurs salariés ». Les négociateurs salariés, les gestionnaires locatifs ou les assistants d’agence peuvent en bénéficier, à condition que leur employeur décide de la mettre en place, et celui-ci doit alors l’accorder dans les mêmes conditions à tous les salariés qui y ont droit. Les salariés disposant d’un véhicule de fonction dont le carburant est déjà payé en sont en revanche exclus.
Les mandataires, eux, restent en dehors du dispositif. La plupart exercent sous le statut d’agent commercial indépendant : ils ne sont pas liés au réseau ou à l’agence par un contrat de travail, et ne peuvent donc pas recevoir la prime. Leurs frais de voiture relèvent de leur propre comptabilité. En micro-entreprise, ils sont couverts par l’abattement forfaitaire appliqué au chiffre d’affaires, et au régime de la déclaration contrôlée, ils sont déductibles au réel, notamment selon le barème kilométrique.
Une autre aide leur est en revanche ouverte. Annoncée le même jour par Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, la prolongation jusqu’à la fin de l’année de l’aide aux « grands rouleurs » s’accompagne d’un élargissement : 5,5 millions de personnes pourront désormais y prétendre, contre 3 millions jusque-là. Contrairement à la prime carburant, ce dispositif, mis en place le 22 avril, concerne aussi bien les salariés que les indépendants. Il s’adresse aux travailleurs qui parcourent plus de 15 kilomètres par trajet entre leur domicile et leur lieu de travail, ou plus de 8 000 kilomètres par an pour leur activité, avec un véhicule personnel thermique ou hybride non rechargeable, et sous conditions de revenus. Pour les bénéficiaires, l’aide de 100 euros « représentera l’équivalent de 40 centimes par litre de carburant pour deux mois en moyenne », a précisé la ministre. Les 1,2 million de personnes déjà inscrites n’auront aucune démarche à faire : « le versement sera automatique ». Pour les autres, « la plateforme en ligne sera accessible simplement et rapidement », a-t-elle promis, et permettra de « vérifier son éligibilité et demander l’aide » sur impots.gouv.fr. Un mandataire aux revenus modestes qui sillonne son secteur a donc tout intérêt à faire le test.
Quant aux agences, rien ne les oblige à verser la prime carburant. Contrairement au remboursement de la moitié de l’abonnement de transports en commun, qui s’impose à tout employeur, la prise en charge des frais de carburant reste une faculté, et le relèvement du plafond n’en fait pas une obligation. Une agence peut l’instaurer par décision unilatérale, après consultation du comité social et économique lorsqu’il existe, ou par accord d’entreprise.
Les kilomètres de visites, une autre histoire
Pour un métier qui passe une bonne partie de ses journées sur la route, une précision s’impose : la prime carburant ne couvre que le trajet entre le domicile et l’agence. Les visites de biens, les rendez-vous d’estimation, les états des lieux ou les assemblées générales de copropriété sont des déplacements professionnels, qui relèvent du remboursement des frais professionnels, le plus souvent sous forme d’indemnités kilométriques. Les deux dispositifs ne se confondent pas et peuvent coexister : un négociateur salarié peut recevoir la prime pour ses trajets quotidiens et être remboursé par ailleurs de ses kilomètres de visites.
Le cumul est plus encadré avec le forfait mobilités durables, qui finance le vélo, le covoiturage ou l’autopartage. En 2026, les deux dispositifs partagent une même enveloppe d’exonération plafonnée à 600 euros. Reste à savoir si le futur plafond de 1 000 euros vaudra pour la seule prime carburant ou pour l’ensemble de cette enveloppe.
Une entrée en vigueur encore à préciser
C’est là que l’annonce demande encore à être complétée. Le gouvernement n’a communiqué ni la date d’entrée en vigueur du nouveau plafond, ni le texte qui le portera. Plusieurs points restent à trancher : l’application des 1 000 euros à l’exonération fiscale comme à l’exonération sociale, l’articulation avec le forfait mobilités durables, et la durée d’un dispositif dont le régime assoupli de 2026 était présenté comme temporaire. D’ici là, les agences qui envisagent de verser la prime ont intérêt à attendre la publication du texte avant de dépasser les 600 euros actuels. La part excédentaire serait sinon soumise aux cotisations et à l’impôt comme un complément de salaire.
Et aussi : Trésorerie, gazole, marges : les autres annonces pour les entreprises
La prime carburant n’est qu’une des mesures présentées mardi à Bercy. Serge Papin a également annoncé la prolongation jusqu’au 31 décembre des aides au gazole non routier accordées au BTP et à l’agriculture. Il a surtout rappelé que les entreprises fragilisées par la hausse des coûts, agences comprises, peuvent obtenir de l’aide sur leur trésorerie. « Faire front commun, c’est aussi mobiliser les services de l’État pour soutenir la trésorerie des entreprises par des reports de cotisations sociales ou des étalements de dettes fiscales si nécessaire », a souligné le ministre. Il invite les chefs d’entreprise à « saisir tôt ceux qui s’en occupent », notamment les conseillers économiques départementaux et les commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises, « dont les coordonnées sont en ligne ». Pour les besoins de trésorerie urgents, il a rappelé l’existence des « prêts flash » de Bpifrance.
Le ministre a enfin promis de garder un œil sur les prix à la pompe. « La surveillance des marges de transport et de distribution se poursuit, d’autant plus attentivement que les prix des produits raffinés ont augmenté, donc tout le monde doit jouer le jeu et j’y serai particulièrement vigilant », a-t-il prévenu. « À ce jour, on n’observe pas d’effet d’aubaine, mais si nous venions à constater des dérapages, on prendra très vite des mesures, notamment pour encadrer les marges, tout cela est prêt. » Du côté des ménages, Maud Bregeon a par ailleurs assuré que le chèque énergie, qui varie de 150 à 277 euros et a été versé en avril à 4,2 millions de foyers modestes, « sera bien maintenu dans le budget pour 2027 ».
Ce qu’il faut faire, selon votre situation
Vous dirigez une agence : rien ne presse, mais c’est le bon moment pour réfléchir. La prime peut devenir un argument de fidélisation, alors que les agences peinent à recruter des négociateurs. Si vous l’instaurez, elle devra bénéficier à tous vos salariés éligibles dans les mêmes conditions, après consultation du CSE s’il existe.
Vous êtes négociateur ou gestionnaire salarié : rien ne se déclenche automatiquement. C’est à votre employeur de décider, et la question mérite d’être posée. Vérifiez aussi que vos kilomètres de visites vous sont bien remboursés à part, sous forme d’indemnités kilométriques : ils n’ont rien à voir avec la prime.
Vous êtes mandataire indépendant : la prime carburant ne vous concerne pas, mais l’aide de 100 euros aux grands rouleurs peut vous être versée si vous faites plus de 15 kilomètres par trajet, ou plus de 8 000 kilomètres par an pour votre activité, avec un véhicule thermique ou hybride non rechargeable. Le simulateur en ligne sur impots.gouv.fr permet de vérifier votre éligibilité en quelques minutes.
