Mandat exclusif : « Après la pige, aucun vendeur ne doit repartir avec un mandat simple », Florian Berthoud
Pour Florian Berthoud, fondateur de Kappn Agency, la fin du démarchage téléphonique sans accord rend chaque vendeur entrant trop précieux pour être partagé avec des concurrents : il doit devenir un mandat exclusif.
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Florian Berthoud, fondateur de Kappn Agency
Pendant des années, perdre un vendeur ne coûtait pas grand-chose. Le lendemain, d’autres annonces paraissaient, et le téléphone offrait une seconde chance. Depuis le 11 août, cette seconde chance n’existe plus. Une agence n’a plus le droit d’appeler un propriétaire qui ne lui a pas donné son accord.
Les vendeurs qui viennent d’eux-mêmes sont donc devenus rares. Chacun compte. Pourtant, beaucoup repartent encore de l’agence avec un mandat simple, et le même mandat signé chez deux confrères.
Un mandat simple, c’est un vendeur partagé avec ses concurrents
Trois mandats sur quatre sont des mandats simples, selon l’Autorité de la concurrence. Le bien apparaît alors sur les portails sous plusieurs enseignes, avec des prix et des photos différents. Le vendeur finit par ne plus savoir à qui parler. Pour l’agence, le calcul est vite fait. Elle partage un client qu’elle ne peut plus aller chercher, et s’épuise à le défendre.
L’exclusivité change la nature du travail : un prix tenu, une seule annonce, une seule voix face aux acquéreurs. Elle change aussi la relation. Une fois le mandat signé, le vendeur devient un client sous contrat, que l’agence peut appeler pour parler de son bien sans avoir à recueillir d’accord.
L’exclusivité ne se demande pas, elle s’échange
Beaucoup de négociateurs abordent l’exclusivité comme une faveur à obtenir, en fin de rendez-vous, presque en s’excusant. C’est l’inverse qui fonctionne.
L’exclusivité est un échange. Le vendeur renonce à multiplier les agences. En retour, l’agence s’engage par écrit : un prix argumenté, un plan de commercialisation daté, un point régulier sur les visites et les retours des acquéreurs. Plus ces engagements sont précis, plus la demande paraît juste. Un vendeur hésite à signer un chèque en blanc. Il signe plus volontiers un contrat dont il voit la contrepartie.
Dire la porte de sortie, c’est lever la dernière objection
La première crainte d’un vendeur, c’est d’être enfermé. Il faut y répondre franchement : passé trois mois, l’exclusivité peut être dénoncée, avec un préavis de quinze jours.
Le dire dès le premier échange change le ton de la discussion. On ne réclame plus une confiance aveugle. On propose une période d’essai, avec des engagements que le vendeur pourra vérifier.
Tenir parole, le vrai travail commence après la signature
Une exclusivité se perd rarement le jour de la signature. Elle se perd trois semaines plus tard, quand le vendeur n’a plus de nouvelles.
Les outils numériques, intelligence artificielle comprise, rendent ici un vrai service : ils aident l’agence à tenir chacun des engagements pris, à la date promise, sans rien oublier. Le négociateur garde ce qui fait signer et ce qui fait revenir : la parole donnée, la présence et le conseil.
Un vendeur entrant ne se partage plus
La fin de la pige a rendu chaque vendeur plus rare. Elle a aussi rendu le mandat simple plus coûteux qu’il n’y paraît.
Je suis convaincu que l’exclusivité va redevenir la norme dans les agences qui veulent durer. Non par principe, mais parce qu’un vendeur qu’on a eu tant de mal à faire venir ne se partage plus.
