Entreprises en difficulté : L’immobilier résiste mais jusqu’à quand ?
Les défaillances d’entreprises progressent début 2026. Dans l’immobilier, la situation reste contrastée entre promotion en difficulté et agences en reprise. Ce qu’il faut retenir de l’étude du groupe Altares qui dévoile les chiffres pour le 1er trimestre 2026.
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La hausse des défaillances d’entreprises se confirme en ce début d’année 2026. selon le groupe Altares qui dévoile les chiffres des défaillances d’entreprises en France au 1er trimestre, avec près de 19 000 procédures ouvertes, le niveau atteint reste élevé et dépasse les standards d’avant-crise. Une situation qui pèse sur l’ensemble de l’économie… mais dont l’impact sur l’immobilier reste contrasté.
Une dégradation générale de l’économie
Au total, 18 986 entreprises ont fait défaut au premier trimestre 2026, soit une hausse de +6,4 % sur un an. Sur douze mois glissants, le seuil des 71 000 défaillances est franchi, un record.
La dynamique est tirée par la forte progression des redressements judiciaires (+13,6 %), signe d’une aggravation des difficultés financières.
L’impact social est également marqué : plus de 75 000 emplois sont menacés, un niveau inédit depuis 2009.
« Au cours de ce trimestre, plus de 300 chefs d’entreprise se sont présentés chaque jour ouvré devant le tribunal afin de demander l’ouverture d’une procédure de redressement ou de sauvegarde, ou, parfois à bout de ressources financières et morales, envisager une liquidation judiciaire. Les trois quarts d’entre eux dirigent de très petites entreprises, le plus souvent anciennes et donc riches d’expérience. Au-delà de la disparition de savoir-faire, ces défaillances entraînent de lourdes conséquences sociales : emplois directement supprimés ou fragilisés, mais aussi effets indirects sur les fournisseurs, les sous-traitants et plus largement sur l’écosystème économique local« , précise Thierry Millon, Directeur des études Altares.
Et il ajoute : « Sur les douze derniers mois, un nouveau record est atteint avec plus de 71 000 entreprises concernées par une procédure collective. Il s’agit majoritairement de cessations de paiement (redressements et liquidations judiciaires), alors que le recours préventif au tribunal demeure marginal, avec seulement 1 500 procédures de sauvegarde. Ce premier trimestre n’est donc guère propice au rétablissement de la confiance, ni à la relance de l’investissement et de la consommation. Des poches de résistance subsistent néanmoins, notamment dans le secteur de la construction, qui concentre, rappelons-le, une défaillance sur quatre. »
Immobilier : une amélioration en trompe-l’œil
Dans ce contexte, le secteur immobilier affiche une évolution mitigée. Au total, 914 défaillances ont été recensées, en hausse de +4 %. Mais derrière cette moyenne se cachent de fortes disparités.
La promotion immobilière reste particulièrement fragilisée, avec une envolée des défaillances (+51 %). Un signal qui confirme les difficultés persistantes du neuf, entre ralentissement des ventes et contraintes de financement.
À l’inverse, les agences immobilières amorcent une phase de normalisation. Leur nombre de défaillances recule nettement, passant de 310 début 2025 à 240 début 2026, soit une baisse de -23 %. Un retour progressif à un niveau plus soutenable après le pic observé en 2024.
Construction : un secteur plus résilient qu’attendu
Autre enseignement : la relative résistance de la construction. Globalement stable (+1,7 %), le secteur bénéficie d’un rebond du gros œuvre.
La maçonnerie notamment voit ses défaillances reculer, tout comme les travaux publics (-20 %). Une tendance qui contraste avec les difficultés persistantes du second œuvre, où les défaillances progressent de +8 %.
Cette divergence illustre un marché immobilier toujours sous tension, mais qui se réorganise selon les segments.
Des fragilités qui persistent dans l’écosystème
Au-delà de l’immobilier stricto sensu, l’ensemble de l’écosystème reste exposé. Les services aux entreprises, le commerce ou encore certaines activités liées au bâtiment enregistrent des hausses marquées de défaillances.
Les jeunes entreprises, notamment, apparaissent particulièrement vulnérables, avec une hausse de +14 % des défaillances pour celles créées depuis moins de trois ans.
En toile de fond, les très petites entreprises concentrent l’essentiel des difficultés, représentant près de 75 % des procédures.
« Alors qu’un nouveau seuil historique vient d’être franchi en ce début d’année, avec plus de 71 000 défaillances recensées, l’accompagnement des entreprises en difficulté apparaît comme une priorité forte. Dans ce contexte, l’État a lancé, en février dernier, la Charte de confiance visant à renforcer l’anticipation, l’accompagnement et la prévention des difficultés des entreprises. Cette initiative mérite d’être pleinement soutenue en direction des PME et des ETI. Toutefois, elle se heurte à une réalité structurelle sur le large périmètre des difficultés d’entreprises : 93 % des défaillances de ce trimestre concernent des très petites entreprises. Des structures pour lesquelles le temps long, pourtant indispensable à un retournement durable, constitue un luxe souvent inaccessible. Les micro-entrepreneurs et entrepreneurs individuels comptent pour moins de 14 % des cessations de paiement des TPE », poursuit Thierry Millon.
Et il conclut : « Ces petites entreprises sont principalement des sociétés commerciales, souvent faiblement capitalisées et dont le niveau de trésorerie est insuffisant pour affronter un environnement économique dégradé. Dans ces conditions, les retards de paiement des clients jouent un rôle d’accélérateur du risque. Or, dans un climat géopolitique instable, marqué par des perturbations des chaînes logistiques et donc l’allongement des délais de livraison et la hausse des coûts d’exploitation, rien ne laisse présager une amélioration rapide des comportements de paiement. »
Dans ce contexte incertain, l’immobilier confirme sa position de secteur à part : exposé aux tensions économiques, mais capable, par segments, de montrer des signes de résilience.
