Urbanisme : « Le végétal est devenu un actif immobilier », Thomas Boucher (Praxys)

Au micro d’Ariane Artinian dans Mon Podcast Immo, Thomas Boucher explique pourquoi la nature en ville devient un levier d’habitabilité, d’attractivité et de valeur pour les centres-villes.

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Face au dérèglement climatique, le paysage urbain change de logiciel. Désormais, au micro d’Ariane Artinian dans Mon Podcast Immo, Thomas Boucher décrypte une révolution. Le végétal est en effet devenu un actif immobilier pour les centres-villes.

Une place bétonnée. Un boulevard saturé de voitures. Un quartier sans ombre. Pour Thomas Boucher, ce visage de la ville appartient au passé. L’architecte paysagiste urbaniste a fondé l’agence Praxys en 2007. Il pose d’abord une conviction : « Ce n’est pas un décor, ce n’est pas un petit supplément d’âme vert. » Le végétal, désormais, est un actif immobilier. Il pèse en effet sur le prix des biens et la vitalité des centres-villes.

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Le végétal soigne, apaise et fait revenir les habitants

Thomas Boucher s’appuie d’abord sur les travaux de Cathy Willis, biologiste britannique. Elle a longtemps dirigé la partie scientifique de Kew Garden, à Londres. Dans son livre Naturel, elle prouve une chose : voir, sentir, entendre la nature agit concrètement sur la santé. « Vous voyez un arbre depuis votre chambre d’hôpital, vous récupérez trois fois plus vite », rappelle l’architecte. Même mécanique, ensuite, chez les enfants. « Les élèves sont beaucoup plus attentifs, beaucoup plus détendus, beaucoup plus concentrés », ajoute-t-il. À condition, bien sûr, de voir un peu de nature depuis leur classe. Par ailleurs, l’industrie du bien-être l’a compris depuis longtemps. Ainsi, l’odeur d’herbe coupée et le chant des oiseaux sont devenus la bande-son des salons de relaxation.

Granville, Sancerre… la méthode Praxys sur le terrain

À Granville, dans la Manche, Praxys redessine le cours Jonville. C’est l’artère principale, au pied de la mairie. D’abord, la rivière y a été enterrée sous le bitume. Ensuite, la voiture a tout pris. Le projet inverse la logique. « On va redonner sa juste place à la voiture, replanter, redonner de la place aux piétons », explique-t-il. Ainsi, terrasses, enfants et seniors retrouvent du confort à l’ombre. À Sancerre, dans le Cher, l’angle est différent. Praxys met en scène la faille géologique qui traverse le centre-ville. Elle sépare le calcaire du silex. C’est aussi ce qui fait la signature des vins du cru. « C’est cette question du terroir avec une vue magnifique sur la vallée de la Loire », souligne Thomas Boucher. Par ailleurs, le paysage devient récit. Et donc attractivité.

Un levier de valorisation pour les centres-villes

L’enjeu, on le devine, est immobilier. Un centre-ville confortable, ombragé, fait revenir les habitants. Il redonne aussi du souffle au commerce. « Ça fait vivre le commerce », résume Thomas Boucher. « Ça donne envie aux habitants de revenir habiter ici, aux commerçants d’avoir une vraie activité », ajoute-t-il. D’ailleurs, les espaces publics se pensent désormais comme évolutifs. « On peut imaginer plus de voitures en hiver et moins en été », illustre-t-il. « Puisqu’on aura plus de terrasses de café en été. » Ainsi, les commerces en bas des immeubles changent au fil des saisons. Par conséquent, le végétal n’est plus une affaire d’esthétique. C’est devenu un levier de valeur foncière et commerciale.

Un changement de paradigme comparable au 19ᵉ siècle

Pour Thomas Boucher, l’époque est charnière. « On est dans une période extrêmement excitante », lance-t-il. « On change de paradigme, comme au 19ᵉ siècle avec l’invention des grands parcs publics. » Il cite alors Buttes-Chaumont, Hyde Park, Central Park, Tiergarten. À l’époque, d’abord, des enjeux sanitaires avaient bouleversé la fabrique des villes. Aujourd’hui, c’est en revanche le climat qui pousse à réinventer la place du vivant. Pour lui, la nature en ville est essentielle. Elle est « une des conditions indispensables de l’habitabilité de la planète, des territoires et des villes au quotidien ». Et cela semble parti durer…

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Par Ariane Artinian