Canicule : « L’épreuve de trop pour nos immeubles », François-Xavier Léoni

La canicule met à l’épreuve des immeubles mal adaptés aux fortes chaleurs. François-Xavier Léoni, directeur de Bessé Immobilier & Construction, appelle à repenser le DPE, la rénovation et l’assurance des bâtiments.

François-Xavier Léoni, directeur de Bessé Immobilier & Construction

Nouveau

© Bessé Immobilier & Construction

François-Xavier Léoni, directeur de Bessé Immobilier & Construction

 0

Les épisodes caniculaires de cet été ne sont pas encore complètement terminés, plusieurs territoires restent sous vigilance. Ils ont suscité l’émotion et déclenché des élans de solidarité exceptionnels envers ses victimes. On pense d’abord aux personnes fragiles que la chaleur insupportable a affectées au plus haut point, mettant en péril leur santé, à celles qui n’y auront pas résisté et qui nous ont quittés, parmi nos aînés surtout. On pense ensuite aux ménages qui auront dû faire face à des incendies, conséquences directes de l’embrasement de l’atmosphère, souvent doublé de l’imprudence quand ce n’est pas de la malveillance.

Les destructions de milliers d’hectares de forêt dans le sud-ouest de la France, en Gironde et dans les Landes, mais aussi dans le Var, en Corse et ailleurs, ont causé des désastres personnels : des familles enjointes d’abandonner leur logement, qu’elles ont retrouvé détruit et à reconstruire. Il n’est que normal que l’attention et l’empathie se soient prioritairement porté sur les individus, sur les êtres vivants, humains, animaux et végétaux aussi : tout l’écosystème a été touché, et pour longtemps.

Newsletter MySweetimmo

La canicule révèle la fragilité de nos immeubles

Mais au-delà de ces vies, ce sont aussi nos immeubles qui ont souffert. Sans les placer dans la hiérarchie de l’humanité au même niveau, force est de constater qu’ils ont, eux aussi, une forme de « vie » propre, et que la vie sans eux est tout simplement impossible. Leurs matériaux, leurs structures, leurs assemblages évoluent avec l’usage et avec l’environnement. Nous avons collectivement fait l’erreur — réparable — de croire nos logements éternels, immuables, dispensés de tout entretien. Cette croyance est ancrée dans la manière même dont nous pensons l’immobilier : valeur refuge, actif solide et indestructible, promis à traverser les décennies sans changer. La réalité dément aujourd’hui ce postulat, et nous peinons encore à admettre que des soins, des travaux correctifs, s’imposent.

La canicule agit ici comme un révélateur, voire un réveil. La phrase du président Chirac au sommet de la Terre de Johannesburg, en 2002 — « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » — a été beaucoup citée cet été. Elle n’est plus une métaphore. Le péril, hier lointain, est désormais à nos portes ; le feu, longtemps éclipsé par d’autres manifestations du dérèglement climatique comme le froid extrême, nous menace directement. Il faut désormais compter avec le risque caniculaire aux côtés des périls déjà identifiés : recul du trait de côte, retrait-gonflement des sols argileux, inondations à répétition, incendies — et, plus largement, l’inhabitabilité pure et simple de certains biens.

Le confort d’été impose de repenser la rénovation

Toute notre grille de lecture des bâtiments doit être révisée, à commencer par le diagnostic de performance énergétique, capable de bien classer une véritable bouilloire thermique, et dont le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, réclame une refonte urgente. Les travaux de rénovation devront désormais viser le confort d’été — formule pudique pour dire qu’à défaut, le logement devra être abandonné —, avec la pose de volets et de stores, l’installation de pompes à chaleur réversibles, dont la TVA a été ramenée à 5,5%, ou encore des dispositifs de brassage d’air. Là encore, le ministre veut que sans délai la loi permette le vote en copropriété à une majorité abaissée de tels équipements.

L’assurabilité des bâtiments devient un enjeu majeur

En clair, le gouvernement a réagi. Comment aurait-il pu ne pas le faire quand un tiers de nos quelque 38 millions de logements est concerné ? Les spécialistes de l’assurance sont bien sûr des acteurs majeurs de ces évolutions et de cette prise de conscience. Leur travail consiste à évaluer les risques attachés à un bien immobilier pour le couvrir…ou ne pas le couvrir s’il n’est pas aléatoire. Or, si un événement climatique a pour conséquence un préjudice technique et un trouble inévitable dans l’immeuble, alors on n’est plus dans le possible mais dans le certain. Propriétaires et copropriétaires doivent, sans attendre, protéger leurs immeubles des risques climatiques, canicule comprise.

L’assurabilité même du patrimoine devient un enjeu ; et sans aller jusque-là, l’optimisation des primes d’assurance — multirisque comme dommage-ouvrage, qui doit désormais intégrer les évolutions susceptibles de compromettre la pérennité d’un ouvrage — devient un objectif partagé entre détenteurs de patrimoine et professionnels de l’assurance. Il faudra aussi resserrer les liens entre conseillers en assurance, syndics de copropriété, gestionnaires locatifs dans le résidentiel, et property managers dans l’immobilier tertiaire.

Les assurances de personnes et les couvertures santé intégreront, elles aussi, la qualité de l’habitat. Les élus s’en préoccupent déjà, pour des raisons de santé publique : alors que les épisodes de forte chaleur ne sont pas terminés, les autorités recensent 7 000 décès imputables à la canicule. À Lyon, le maire a décidé d’intégrer la performance contre la chaleur aux critères d’inspection de la décence des logements. Le ministre Jeanbrun poursuit le même objectif en voulant que le troisième programme de l’ANRU, inscrit dans son projet de loi, priorise la rénovation thermique des quartiers, des villes et des bâtiments les plus vulnérables à la chaleur.

La canicule n’aura eu qu’un mérite : celui de catalyser l’action publique et les initiatives individuelles pour transformer nos immeubles et nos maisons. En espérant, bien entendu, que les intentions soient suivies d’effets. Il s’agit désormais de les préparer à résister à des températures extrêmes, plus souvent élevées que basses, à faire preuve d’endurance — pour reprendre le nom du plan gouvernemental contre la canicule, le « plan résistance » — et à nous offrir, une vie plus sûre et plus agréable.

Par MySweetImmo